GRANDE-SYNTHE 2021 : Réalités de Terrain.

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GRANDE-SYNTHE 2021 : Réalités de Terrain.

19 mai 2021 -

A Grande-Synthe, il n’y a pas eu de Plan Grand Froid cet hiver.

Nos deux sous préfets successifs tiennent le même discours : il y a des départs en bus avec offres de « mises à l’abri ».
Si nos amis restent dehors dans la boue, c’est qu’ils le veulent bien.

Ces départs ne sont pas obligatoires, même lors des évacuations, mais prendre leur tente est une façon bien plus subtile de les contraindre à quitter les lieux.

Cet épuisement aussi les pousse à prendre la mer vers la Grande-Bretagne.
M. Tourmente, le nouveau sous-préfet, nous l’a assuré : les lieux de « mise à l’abri » ne seront jamais à moins de 30 km de la côte.
Cela veut dire que, le temps de leur éloignement, ils perdent toute chance de passer en Angleterre et qu’ils reviennent le plus vite possible.

Ce n’est cependant pas encore un « 4 étoiles » :
-  Pas l’ombre d’une cabine de toilettes ou de douches.
-  Après une période de pluie, le sol de Grande-Synthe se transforme en une gigantesque mare bourbeuse.

Le 16 avril, le personnel municipal a déménagé les exilés, avec leur matériel, de l’autre côté de la D 601, au-delà de la Ferme des Jésuites.

Ce déplacement nous semblait inenvisageable il y a quelques semaines vers un lieu situé aussi sur une zone naturelle protégée.
Mais il est cohérent avec la politique d’invisibilisation initiée fin mars.

Le nouveau lieu de distribution est un petit parking sur lequel ont été répandus des cailloux, et placé l’unique point d’eau.
Très vite, il est apparu.
-  que cet endroit est exigu (donc insuffisant s’il y a plusieurs groupes qui interviennent en même temps).
-  que c’est un cul de sac donc sans possibilité d’évacuation rapide.

Il y a eu un flottement dans les consignes données aux agents de surveillance.
Le 28 mars, puis le 22 avril, la sécurité municipale avait informé les associations que la distribution était désormais interdite sur le lieu accordé par la mairie.

Les deux fois, le lendemain, le contrordre était arrivé.

Aucune conséquence grave, bien sûr, mais cela crée un climat de défiance des associations envers la municipalité, dont nous n’avons pas besoin !

Au premier mai, soudain, nous constatons une amélioration des conditions de survie sur les campements :
-  Les trois points d’eau annoncés sont arrivés.
M. le Maire nous avait pourtant déclaré que mettre un deuxième point d’eau, ce serait reconnaître l’existence d’un camp indigne.

-  Trois bornes pour charger les portables sont installées.
-  Il y a désormais trois bennes à ordures sur la grande prairie des Kurdes.
-  On nous promet un nouveau lieu de distribution spacieux, près des tentes, et facilement accessible depuis la route.

Nous saluons cette reconnaissance objective de l’indignité de la situation,
surtout compte tenu du ralentissement des expulsions depuis le déménagement. La dernière remontait au 12 avril, au Puythouck, et il n’y a eu depuis qu’une évacuation, le 7 mai, celle du camp des Vietnamiens.

Trois semaines de répit… Pourtant les autorités nous ont clairement dit que la politique d’expulsion demandée par le propriétaire (la municipalité) et décidée par la sous-préfecture allait continuer.

Et la sous-préfecture ? Où en est a distribution des repas par l’Etat annoncée à la mi-février ?
Bien sûr nous saluons cette décision : c’est ce que nous réclamons depuis des années.

Pourtant nous restons vigilants :

A deux reprises dans le passé, l’Etat a pris en charge les distributions du Calaisis (camp de Sangatte en 1999 et Centre Jules Ferry en janvier 2015). Lorsque l’Etat s’est retiré de ces attributions, cela s’est fait du jour au lendemain et nous avions perdu des bénévoles, les donateurs et même les locaux.

Monsieur le sous-préfet, au cours de la rencontre du 12 avril, montrait plutôt une préférence pour une distribution de nourriture sèche.

Mais avec les évacuations (la dernière le matin même) au cours desquelles tout le matériel est ramassé, il faudrait qu’il fasse distribuer aussi, avec les cartons de provisions, des gamelles et des réchauds.
Cela ne lui avait visiblement pas traversé l’esprit…

Le Secours Populaire avait été pressenti pour assurer cette distribution. Mais une association mandatée par l’Etat peut-elle accepter de distribuer dans ces conditions ?

Après étude du terrain il ne s’engage pas dans ce projet : « ce lieu semble et s’avère être "inapproprié" tant sur l’infrastructure en tant que telle, sur l’accessibilité, sur le voisinage des structures aux alentours et implantées (usine, exploitation agricole...). »

Depuis des années, nous avons le sentiment de vider la mer avec une petite cuillère.
Il est désolant de se dire que les pouvoirs publics ne font pas plus aujourd’hui qu’empoigner la leur, alors que le monde ne s’apaise pas à l’image de la Syrie, de l’Afghanistan et maintenant d’Israël et de la Palestine…