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Archives du mois de 09 2010

Où en est le débat sur l’immigration en Europe

30 septembre 2010 - L’Express.fr - Catherine Gouëset

Avec la crise et la montée de l’extrême droite, la question de l’immigration et de l’intégration est plus où moins vive dans les différents pays européens.

En Allemagne

On compte un peu plus de 15 millions de personnes issues de l’immigration (sur les 82,1 millions d’habitants) ou de nationaux d’origine étrangère. Pourtant, malgré l’audience du pamphlet de Thilo Sarrazin ciblant les immigrés musulmans en août, l’audience des partis néonazis reste marginale et limitée à l’ex-RDA. Ce brûlot a néanmoins fait réagir le gouvernement qui a présenté un "programme d’intégration fédéral" début septembre. Le ministre de l’Intérieur a, en ce sens, proposé d’améliorer l’offre dans l’apprentissage de l’allemand pour les parents comme pour les enfants.
En 2007, Berlin avait déjà durci la législation sur les conditions d’entrée sur son territoire. Le texte fixait à 18 ans l’âge minimum pour rejoindre son conjoint, et la personne devait justifier d’une maitrise rudimentaire de l’allemand et de connaissances sur le pays avant de pouvoir accéder au territoire. Les cours d’intégration obligatoires avaient été renforcés.
En 2006, les autorités allemandes ont en revanche régularisé plusieurs milliers de demandeurs d’asile dont les dossiers avaient été rejetés mais qui ne pouvaient pas être expulsés pour diverses raisons. Ceux d’entre eux qui vivaient en Allemagne depuis au moins huit ans et qui pouvaient justifier d’un emploi ont obtenu un permis de résidence permanent.
De son côté, le ministère de l’Economie estime que le pays a besoin de travailleurs qualifiés, notamment 220 000 ingénieurs, biologistes et techniciens d’ici à 2014 pour faire face aux besoins croissants des entreprises.

En Italie

Depuis le vote, en 2009, du "paquet sécurité", le séjour illégal d’un citoyen non-ressortissant de l’Union européenne est devenu un délit puni d’une amende de 5000 à 10 000 euros, assortie d’une expulsion immédiate. Le séjour des clandestins dans les centres de rétention peut être prolongé jusqu’à six mois contre deux mois auparavant. Le projet a par ailleurs légalisé les rondes citoyennes voulues par le parti anti-immigrés de la Ligue du Nord, principal allié de Silvio Berlusconi. L’Italie compte 400 000 à 500 000 clandestins selon la communauté Sant’Egidio.
Parallèlement, depuis l’accord bilatéral sur la régulation des flux migratoires signé en août 2008 avec Tripoli, les immigrés interceptés en mer sont systématiquement refoulés vers les côtes libyennes. En revanche, le gouvernement a avalisé l’immigration des assistantes sans papiers qui prennent soin des personnes âgées. Faute d’une couverture sociale spécifique pour les personnes âgées non autonomes, les familles italiennes avaient en effet recours à des assistantes ukrainiennes, roumaines ou philippines.
Concernant les Roms, l’Italie, qui compte entre 120 000 et 140 000 Gitans sur son territoire, s’est engagée dans une campagne de démantèlement des camps illégaux similaire à celle de Paris. Silvio Berlusconi a d’ailleurs été le seul dirigeant européen à soutenir Nicolas Sarkozy au moment du contentieux avec la Commission européenne mi-septembre.

En Grande Bretagne

Pendant sa campagne électorale au printemps 2010, le Parti conservateur a promis de réduire le flux migratoire. Le premier ministre entend ramener le solde migratoire à "quelques dizaines de milliers de personnes", alors qu’il a, ces dernières années, systématiquement dépassé le seuil des 100 000, voire des 200 000. Il a néanmoins déclaré vouloir accélérer l’accès à la nationalité, ouverte à plus de 100 000 personnes par an.
Le patronat, qui dépend de la main d’oeuvre bon marché que représentent les immigrés qualifiés issus de pays extérieurs à l’Union européenne, craint lui, de pâtir du plafonnement provisoire mis en place en juin. Cette politique entraînera, selon lui, des délocalisations. Après l’élargissement de l’Union européenne en 2004, La Grande Bretagne, qui contrairement aux autres pays européens, a appliqué la liberté de séjour aux ressortissants communautaires, a connu une arrivée massive d’Européens de l’Est, en particulier de Polonais. Plus d’un million seraient entrés sur le territoire britannique. En 2009, des grèves sauvages contre l’emploi de main-d’oeuvre étrangère s’étaient multipliées.

En Espagne

Madrid a, pendant ses années d’euphorie économique, accueilli à bras ouverts la main-d’oeuvre étrangère. En un peu plus de dix ans, le pays est passé de 500 000 à 5 millions d’immigrés pour une population de 46 millions d’habitants. L’an dernier, le gouvernement a mis en place un plan de retour pour les immigrés. En échange du billet de retour payé et du versement des allocations chômage, les candidats renoncent à leur titre de séjour pour une durée de cinq ans. Sur les 120 000 personnes visées par Madrid, seuls quelques milliers ont répondu à l’appel, dont une grande majorité d’Équatoriens. En Autriche
En 2006, l’Autriche a décidé de maintenir ses restrictions aux ressortissants des 10 nouveaux pays membres de l’Union européenne jusqu’en 2009. L’accès à son marché du travail est soumis à l’obtention d’un permis.
Le gouvernement n’hésite pas à surfer sur la peur des étrangers. En 2009, des statistiques alarmantes sur les cambriolages ont été imputées à la perméabilité des frontières aux étrangers en provenance de l’Est et des Balkans. La ministre de l’Intérieur a justifié un projet d’amendement du droit d’asile par cette criminalité. Pourtant, le nombre de dossiers déposés est baisse depuis plusieurs années. En 2002, 40 000 demandes avaient été enregistrées, tandis qu’en 2008, moins de 13 000 personnes ont cherché refuge en Autriche. En revanche, comme en Italie, l’Autriche a décidé, en 2008, de régulariser les aides à domicile, souvent originaires d’Europe de l’Est.

En Suisse

L’immigration est un chiffon rouge que le parti de l’Union démocratique du centre (UDC, populiste), agite régulièrement. La Suisse compte 21,9% d’étrangers mais la raison de ce pourcentage élevé tient en partie à l’absence d’un droit du sol.
En 2006, plus des deux tiers des électeurs ont entériné une loi sur l’asile, qui facilite les expulsions d’étrangers. De nombreux autres durcissements en matière de traitement des étrangers et de droit d’asile ont été mis en place ces dernières années. Par ailleurs, en novembre 2009, les Suisses ont accepté à 57,5% une initiative de l’UDC pour interdire la construction de nouveaux minarets sur le sol suisse. Déjà en 2007, l’UDC avait déjà sorti une affiche controversée, représentant un mouton noir bouté hors du drapeau suisse par des moutons blancs avec le slogan "Pour plus de sécurité".

Portugal

En mai 2009, Lisbonne, traditionnel pourvoyeur de main-d’oeuvre, a annoncé une réduction de moitié de ses quotas d’immigration hors Union européenne. Le pays reste néanmoins, à la différence de ses voisins, relativement ouvert.
Le nombre d’étrangers a plus que doublé au cours des dix dernières années dans le contexte de l’essor du secteur du bâtiment. Cette accélération s’est accompagnée d’une forte diversification des pays d’origine. Alors que les immigrants provenaient autrefois essentiellement des anciennes colonies portugaises d’Afrique et du Brésil, une grande partie des immigrés de ces dix dernières années sont originaires d’Europe de l’Est et du Sud-est.

Grèce

Les travailleurs immigrés seraient environ un million, dont plus de la moitié en provenance d’Albanie, soit 10% de la population. _ L’augmentation de l’immigration s’est accrue à partir de 1990 et la chute des pays ex-socialistes des Balkans.
Fondée sur le droit du sang, la législation entrave l’insertion des étrangers. Pendant la campagne électorale de l’automne 2009, le Pasok a promis d’accorder la naturalisation aux émigrés de deuxième génération. Coïncidence ? Les dernières élections ont renforcé l’extrême droite du Rassemblement populaire orthodoxe (Laos), qui a désormais quinze députés. Sa campagne électorale avait porté sur la lutte contre les migrants qui "menacent l’homogénéité de la Grèce".

Irlande

Dublin a également durci la législation sur les permis de travail, à compter du 1er juin. Dans les années 90, le "tigre celtique" en pleine expansion était devenu une terre d’immigration (les étrangers ont représenté jusqu’à 10% de la population) après avoir vu des générations entières fuir la misère pour tenter leur chance en Angleterre ou aux Etats-Unis. Depuis deux ans, le solde migratoire s’est de nouveau inversé.

Danemark

En janvier 2010, après la tentative de meurtre contre l’auteur en 2005 d’une caricature de Mahomet, par un Somalien lié à des réseaux terroristes, l’extrême droite a exigé un durcissement de la politique vis-à-vis des étrangers. Le Parti du peuple danois, qui soutient, depuis 2001, le gouvernement minoritaire libéral-conservateur a exigé des mesures pour expulser les personnes soupçonnées de terrorisme. La ministre libérale de l’Immigration a annoncé qu’elle ferait en sorte de faciliter l’expulsion des islamistes soupçonnés de * et proposé que les étrangers qui ne veulent pas s’intégrer obtiennent plus difficilement un permis de séjour.

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L’ONU tire la sonnette d’alarme sur la situation des migrants clandestins

30 septembre 2010 - Centre de l’actualité de l’ONU

Le Groupe mondial sur la migration (GMG), qui rassemble plus de 14 agences internationales, dont 12 agences des Nations Unies, a exprimé jeudi sa profonde inquiétude sur le respect des droits de l’homme des migrants en situation irrégulière dans le monde entier. _ « Les migrants en situation irrégulière sont davantage exposés aux discriminations, à l’exclusion, à l’exploitation et l’abus à tous les niveaux du processus de migration. Ils sont souvent confrontés à la détention ou à de mauvais traitements, et dans certain cas ils sont réduits à l’esclavage, au viol ou même au meurtre », indique un communiqué de presse conjoint de ce groupe.

« Les migrants sont davantage confrontés au racisme et à la xénophobie, victimes d’employeurs sans scrupules et de prédateurs sexuels et ils peuvent facilement tomber aux mains de réseaux criminels et de contrebande. Rendus vulnérables par leur statut, ces hommes, ces femmes et enfants ont souvent peur ou ne sont pas en mesure de chercher une protection ou une aide auprès des autorités de leur pays d’origine, de transit ou de destination », explique le GMG.

Le Groupe mondial sur la migration (GMG) est une coalition de 14 agences internationales qui réunit notamment l’Organisation internationale du Travail (OIT), l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) ou encore la Banque mondiale.

L’objectif du Groupe est d’inciter l’application de toutes les normes et de tous les instruments internationaux et régionaux pertinents relatifs aux migrations afin de donner une impulsion cohérente aux politiques migratoires internationales.

Le GMG souligne que le statut de migrants irréguliers rend les enfants particulièrement vulnérables. Ils peuvent être rejetés de l’école et privés de leurs droits fondamentaux « alors que leurs parents travaillent et contribuent à l’économie des pays hôtes ». Les femmes sont exposées à l’exploitation sexuelle, aux violences basées sur le genre, à la transmission du VIH/Sida et à de multiples discriminations, précise le communiqué conjoint.

« Trop souvent, les Etats répondent à la migration irrégulière sous l’angle de la souveraineté, la sécurité aux frontières ou la mise en application de lois, souvent guidées par des luttes domestiques », indique le Groupe.

Les 14 agences internationales soulignent que la régulation des migrations et la sécurité des frontières ne sont pas incompatibles avec le respect des droits fondamentaux des hommes. Le Groupe rappelle aux Etats quelques uns des droits fondamentaux de toute personne, migrante irrégulière ou non :

Toute personne a le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité, d’être débarrassée des arrestations arbitraires ou de détention ; a le droit de rechercher et d’obtenir l’asile lors de persécutions, d’être débarrassée de toutes les formes de discriminations, basées sur le sexe, la race, le langage, la religion, la nationalité ou l’origine sociale. _ Toute personne a le droit d’être protégée contre les abus, l’exploitation, la servitude, la torture et a le droit à un jugement équitable, à la protection économique, social, culturelle y compris le droit à la santé, au logement, à l’éducation et à des conditions de travail justes.

Le Groupe appelle les Etats à examiner la situation des migrants en situation irrégulière afin de s’assurer qu’elles sont conformes aux standards internationaux en matière de respect des droits de l’homme.

Les agences appellent les Etats, la société civile, le secteur privé, les médias et les communautés hôtes à régler la demande du trafic et de l’exploitation, de travailler activement à la lutte contre la xénophobie, au racisme et à l’incitation à la discrimination dans les politiques nationales et les discours publics.

« La situation irrégulière des migrants ne doit pas les priver de leur humanité et de leurs droits », conclut le Groupe.

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Des expéditions punitives envers les migrants ?

30 septembre 2010 - Nord Littoral - A. TH.

« Ils étaient douze. Ils m’ont insulté et m’ont traité de "merde". Cinq d’entre eux m’ont frappé. » Mustapha a de la chance, si on en croit le récit qu’il fait de son agression. Il se protège mais ne riposte pas. Une attitude qui a peut-être calmé ses agresseurs. Il ne souffre que de quelques ecchymoses et d’une grosse plaie à la lèvre. Le jeune Somalien a reçu un coup de poing américain qui lui a littéralement fendu la chair.
La blessure aurait nécessité plusieurs points de suture mais Mustapha a consulté un médecin trop tardivement pour qu’il puisse être recousu. Les faits remonteraient à quelques jours. « C’était dans la nuit de samedi à dimanche, près d’une station service du parc Richelieu, raconte Mustapha. Il était environ deux heures du matin. J’étais seul. » Aucune blessure grave à déplorer Plusieurs autres Africains expliquent quant à eux s’être retrouvé face à une bande de « jeunes au crâne rasé ». Cette fois, les faits se seraient produits lundi, vers 18h30, au chemin d’Asfeld. Les Soudanais disent avoir été insultés et menacés par des jeunes tenant des barres de fer, des tessons de bouteille, des pierres, etc. L’altercation n’a pas fait de blessé.
Il y a trois semaines déjà, une troisième personne s’était présentée en larmes à des bénévoles qui viennent en aide aux migrants. Il avait reçu du gaz lacrymogène. Un « blanc qui n’est pas policier » l’aurait agressé.
Les fonctionnaires de la police aux frontières, à Coquelles, ont enregistré plusieurs dépositions de migrants, tous Africains - les Afghans ne semblent pas visés par ces agressions vraisemblablement à caractère raciste -. Le procureur de la République de Boulogne-sur-Mer a ouvert une enquête.
Les témoignages des migrants qui se disent victimes d’agressions convergent. Ils mettent en cause une bande de jeunes au look skinhead qui s’en prendraient, en soirée ou en pleine nuit, à des migrants isolés. Fort heureusement, aucun migrant n’a encore été grièvement blessé. Aucune victime n’a non plus tenté de riposter avec force.

La cible : les Africains isolés

Seuls quelques coups ont pour le moment été échangés. On se souvient cependant d’épisodes passés ô combien plus dramatiques : des Kurdes tirés comme des lapins du temps de Sangatte, des Africains victimes d’expéditions punitives au Virval, ou plus récemment l’agression sauvage de plusieurs Erythréens par trois Calaisiens. Kesete, l’une des victimes avait d’ailleurs perdu un oeil !

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Afghanistan : Dans les pas des expulsés

26 septembre 2010 - Envoyé spécial France 2 - Grégoire Deniau

A voir en cliquant ici, un reportage tout à fait édifiant :

Ils étaient venus clandestinement en Europe pour chercher la paix et du travail. L’occident, c’était le rêve, la liberté, la démocratie, loin du chaos afghan et de la guerre. Arrivés en France, certains de ces clandestins seront renvoyés dans leur pays. Des expulsions qui, à l’époque, vont susciter une certaine émotion. Une équipe d’Envoyé Spécial est retournée sur la trace de ces Afghans. Que sont-ils devenus à leur retour dans leur pays ? Le retour forcé de ces clandestins les a-t-il mis en danger ? Ahmad vivait à Kundunz, aujourd’hui il se cache et tente de survivre à Kaboul : « Ici je risque ma vie à chaque instant. » Mohamed est de retour dans la capitale afghane mais il n’a pas abandonné son désir d’occident. Nick a voulu retourner dans sa province (Paktia) au Sud Est de Kaboul, à la frontière du Pakistan, zone considérée comme le repère d’Al Qaïda dans la région. Il a disparu. Conflits claniques, vendetta, problèmes avec les Talibans, tout est compliqué, dangereux pour ceux qui ont goûté à l’occident.

Calais : l’association Salam indignée après l’interpellation de migrants à l’heure du repas

24 septembre 2010 - La Voix du Nord

Des accords de principe existent, entre la mairie, les forces de police et les associations locales pour laisser aux migrants un temps de répit à l’heure du déjeuner.

Deux fois cette semaine, des policiers (CRS) sont intervenus rue de Moscou pour interpeller des migrants au moment de la distribution des repas. L’association Salam est scandalisée.

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Le Secours catholique dénonce le harcèlement et se réjouit de quelques avancées

23 septembre 2010 - La Voix du Nord

« Halte à la chasse à l’homme ! » s’insurge Salam dans un communiqué de presse tombé hier. ...

L’association dénonce l’arrestation de quatre Soudanais à l’heure du repas mardi midi. Mercredi matin, squat Thélu, douze migrants ont été conduits à la police aux frontières, « nouvelle preuve de harcèlement », crie un bénévole. Le Secours catholique n’en pense pas moins : « On réclame le respect des individus ! » Lors d’une conférence de presse donnée hier midi dans ses nouveaux locaux situés à la sortie de Calais, en direction des Attaques, Véronique Devise, présidente départementale du Secours catholique, estime qu’il est anormal que « ces personnes ne puissent dormir tranquillement, récupérer de leur nuit. Ils vivent dans des abris de fortune et on les chasse sans cesse. Ça ne fait que les éparpiller. » Et Pierre Levené, secrétaire général, de déplorer la dispersion dans la ville des différents lieux d’accueil (repas, douches...) : « Ces personnes sont obligées de marcher pour survivre ».
Tout n’est pas noir dans le constat dressé par les responsables de l’association qui jugent indispensable leur présence dans la cinquième ville la plus pauvre de France. « Après des mois de discussions, des refus de permis de construire... la mairie a mis des douches à notre disposition et prend en charge les frais (240 douches par semaine) », résume Véronique Devise. « Les demandes d’asile peuvent se faire à Calais et nous avons notre local d’accueil de jour opérationnel. » La pression policière revient sur la table lorsqu’il est question de « juger » l’action entreprise il y a un an par Éric Besson. « Les conditions sont telles sur Calais que les femmes restent à Norrent Fontes », rappelle la présidente départementale. « L’aire de repos de l’autoroute a été fermée et ces femmes restent coincées sur place. Lorsqu’elles arrivent à Calais, elles sont harcelées. »

Moins de bagarres ?

Trop de policiers, trop de contrôles, de harcèlement... C’est ce que dénoncent les associations dans leur ensemble. De leur côté, les autorités constatent une baisse de la « tension » entre migrants à Calais. Coups de couteau, batailles rangées à la barre de fer, bagarres quai de la Moselle, agressions mortelles, ont pour l’instant disparu à Calais.
Et le travail des bénévoles dans cette tourmente ? Pour Pierre Levené, secrétaire général du Secours catholique, « l’État se repose sur ces bénévoles qui gardent le moral et sont toujours présents ». Plus de 1 500 dans le Pas-de-Calais dont 10 % se relaient à Calais. Comme le dit l’un d’eux : « Dès que l’on vient en aide à une de ces personnes, on est regonflé. Ce n’est pas difficile de devenir bénévole : quand on vient, on voit, on revient... » •

Le Secours catholique a également tenu à rappeler que leurs bénévoles oeuvraient pour les migrants, mais également pour les Calaisiens. La permanence et le local situé route de Saint-Omer est toujours en activité.

Natacha Bouchart, maire de Calais : « Une amélioration au quotidien »

23 septembre 2010 - La Voix du Nord - Propos recueille par Laurent Renault

Depuis lundi, Natacha Bouchart, maire de Calais, enchaîne les interviews. Le sujet ? Le premier anniversaire du démantèlement de la jungle. ...

- Il y a bien longtemps que vous n’aviez pas été sollicitée de la sorte...
« Tout juste un an. La ville n’a plus fait parler d’elle depuis le démantèlement, sauf pour Romain Barras, le champion d’Europe de décathlon. Autant dire que ce retour à la normale est appréciable. »

- N’est-ce qu’une question d’image ?
« Certainement pas. Mais cela prouve qu’il y a eu une amélioration au niveau humanitaire, une amélioration au quotidien. En 2009, nous en étions à une quinzaine de plaintes par semaine de riverains exaspérés, une situation devenue ingérable, du danger permanent pour ces personnes... Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. C’est calme. Les Calaisiens ont gagné en sérénité. »

- Combien de temps se maintiendra cette situation ?
« Le démantèlement, je n’y croyais pas trop au départ. Quand j’ai vu comment l’opération a été préparée, bien pensée, j’ai su que l’on se dirigeait vers une réussite. Il nous faut maintenant être vigilants au quotidien. Les services de l’État travaillent tous les jours sur le sujet afin d’éviter qu’un nouveau squat ne prenne de l’ampleur, que l’on perde le contrôle de la situation. Actuellement, nous pouvons gérer les migrants présents de manière tout à fait décente. »

- C’est-à-dire ?
« Nous avons accompagné le démantèlement de différentes mesures : installation de douches, une aire de repas digne de ce nom, un bâtiment livré au Secours catholique pour accueillir les personnes vulnérables... C’est en travaillant avec les associations, lors de conseils des migrants, que nous avons pu aboutir à ce résultat. »

- Cette idée de démantèlement a été assez mal perçue...
« Peut-être au début. Mais elle a été accompagnée d’un point de vue humanitaire et on ne pourra pas le reprocher. Lors du précédent conseil des migrants, chaque association a reçu 500 euros afin d’assurer une distribution d’eau car on craignait la canicule. Nous prendrons de nouvelles décisions ensemble pour le plan grand froid... Nous agissons à l’année pour ces personnes. Le fait qu’elles soient moins nombreuses profite aussi aux bénévoles de ces associations qui peuvent retrouver du temps pour eux. La situation actuelle me fait dire que Calais peut être pris en exemple. »

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Il y a un an, la fermeture de la « jungle » à Calais

23 septembre 2010 - La Voix du Nord - Pierre-Laurent Flamen

Mardi 22 septembre 2009, 276 migrants sont expulsés manu militari de la « jungle » de Calais. Éric Besson, le ministre de l’Immigration, est sur place. Tout comme une nuée de journalistes. Un an après, qu’est-ce qui a changé ?

« La loi de la jungle est terminée. » Éric Besson a le sens de la formule. Et le chic pour attirer les caméras. Cette phrase lapidaire, le ministre l’a sortie il y a un an, alors qu’un demi-millier de policiers a contribué à expulser 276 Afghans du terrain vague où ils trouvaient refuge.
Environ 365 jours plus tard, au point repas de la rue de Moscou à Calais... Aujourd’hui, c’est riz au curry, thé, pain, fromage, bananes et briquettes de lait. Une petite centaine d’Érythréens, de Soudanais, d’Irakiens, d’Afghans et d’Iraniens se régalent de l’ordinaire distribué par les bénévoles de la Belle étoile. Rien à voir avec les cohortes de migrants présentes il y a un an sur le tout proche quai de la Moselle.

De 1 200 à 250

Parce que les migrants sont moins nombreux. Les associations estiment qu’ils étaient 1 200 en 2009 à Calais contre 250 aujourd’hui. Comment expliquer cette chute ? La fréquence des contrôles de police est la raison généralement avancée par le tissu associatif. « Il y a moins de migrants, mais il y a toujours autant de compagnies de CRS, assène Jean-Pierre Leclercq, de l’association Salam. Les migrants sont chassés de leurs camps. Ils sont éparpillés. Ils sont dans une situation de vie de plus en plus précaire. » Mathieu Quinette, coordinateur de la mission Migrants Littoral pour Médecins du monde, affine le trait : « Les populations qui se déplacent sont plus difficiles à atteindre par les humanitaires (...) À la limite, ça fait le jeu des passeurs. » Cette dissémination des migrants est confirmée par Véronique Robert, représentante par intérim du Haut Commissariat aux réfugiés en France : « C’est assez compliqué à retracer un parcours migratoire. On pense que la présence des migrants s’est étendue le long de la côte au lieu de se concentrer sur Calais ville. On imagine que certains passent maintenant en Belgique. » La Belgique et son littoral, Danneel Klaas, journaliste à Het Laatste Nieuws, connaît : « Le procureur du parquet de Bruges dit qu’il est trop tôt pour donner des chiffres. À Ostende particulièrement, les migrants sont un problème. Le procureur dit que le nombre d’interpellations de migrants est supérieur à ce que c’était il y a cinq ans parce que les contrôles sont plus poussés. » Possible.

« La France ne nous répond pas »

De toute façon, les migrants ne sont pas tous partis en Belgique. Mathieu Quinette : « Beaucoup de migrants vont vers la Belgique et la Hollande. Il semblerait que les migrants afghans ont adopté la stratégie de se diriger vers les pays scandinaves. » En Belgique, en Scandinavie ou à Calais, leurs rêves sont restés les mêmes. Arya, un Iranien de 20 ans, jette un oeil aux ferrys à quai derrière lui : « Je veux aller en Angleterre. La France ne nous répond pas. » Et dès que la présence policière se fera plus discrète, il y a fort à parier que les migrants reviendront. Comme ils l’avaient déjà fait après la fermeture de Sangatte en 2002. C’est peut-être ça aussi, la loi de la jungle.

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Migrants : « Il n’y a pas que Calais », disent les militants dunkerquois

23 septembre 2010 - La Voix du Nord

Une trentaine de bénévoles des associations du « collectif du 4 septembre » ont déployé des banderoles et des tentes, tôt hier matin, devant la sous-préfecture. ...

Ils ont marqué, à leur manière, le premier anniversaire du démantèlement de la jungle de Calais, « en rappelant que le Dunkerquois est en train de connaître les mêmes problèmes ». Ils dénoncent une « chasse à l’homme » contre les migrants, une semaine après la destruction du camp de Loon-Plage, où vivaient des mineurs.

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Moins de migrants à Calais. Mais ailleurs ? (La Voix du Nord)

23 septembre 2010 - Arrêt sur images - Gilles Klein

"Mardi 22 septembre 2009, 276 migrants sont expulsés manu militari de la « jungle » de Calais. Éric Besson, le ministre de l’Immigration, est sur place. Tout comme une nuée de journalistes" se souvient la Voix du Nord.

"« La loi de la jungle est terminée. » Éric Besson a le sens de la formule. Et le chic pour attirer les caméras. Cette phrase lapidaire, le ministre l’a sortie il y a un an, alors qu’un demi-millier de policiers a contribué à expulser 276 Afghans du terrain vague où ils trouvaient refuge. Environ 365 jours plus tard, au point repas de la rue de Moscou à Calais... Aujourd’hui, c’est riz au curry, thé, pain, fromage, bananes et briquettes de lait. Une petite centaine d’Érythréens, de Soudanais, d’Irakiens, d’Afghans et d’Iraniens se régalent de l’ordinaire distribué par les bénévoles de la Belle étoile. Rien à voir avec les cohortes de migrants présentes il y a un an sur le tout proche quai de la Moselle. (...) les migrants sont moins nombreux. Les associations estiment qu’ils étaient 1 200 en 2009 à Calais contre 250 aujourd’hui. Comment expliquer cette chute ? La fréquence des contrôles de police est la raison généralement avancée par le tissu associatif. « Il y a moins de migrants, mais il y a toujours autant de compagnies de CRS, assène Jean-Pierre Leclercq, de l’association Salam. »

"Cette dissémination des migrants est confirmée par Véronique Robert, représentante par intérim du Haut Commissariat aux réfugiés en France : « On imagine que certains passent maintenant en Belgique. » La Belgique et son littoral, Danneel Klaas, journaliste à Het Laatste Nieuws, connaît : « Le procureur du parquet de Bruges dit qu’il est trop tôt pour donner des chiffres. À Ostende particulièrement, les migrants sont un problème. »" Mathieu Quinette, coordinateur de la mission Migrants Littoral pour Médecins du monde « Beaucoup de migrants vont vers la Belgique et la Hollande. Il semblerait que les migrants afghans ont adopté la stratégie de se diriger vers les pays scandinaves. »" ajoute la Voix du Nord

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A Calais, les migrants se sentent toujours traqués

22 septembre 2010 - Le Monde - Michaël Zadkowski

Un an après le démantèlement très médiatisé du vaste campement clandestin qui s’était formé à l’est de Calais, que sont devenus les migrants qui traversent l’Europe dans le but de gagner l’Angleterre et pour qui Calais représente la dernière porte à franchir ? "Le climat est apaisé", assure la maire UMP de la ville. "C’est de pire en pire", rétorquent les associations.

Le nombre de clandestins en provenance d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Asie a indéniablement diminué. "Si on s’en tient aux chiffres et à la volonté politique de faire le ménage, la destruction de la ’jungle’ est un succès", note un humanitaire local, qui n’a pas souhaité, comme la plupart de nos interlocuteurs, révéler son identité. Les associations, à l’image de Médecins du Monde, estiment que le nombre de migrants dans la région est passé de plus de mille à environ deux cents. La voie de chemin de fer et les usines menant à l’ancienne "jungle" sont devenues un terrain vague parmi d’autres.

"Avant, il y a avait des files d’étrangers en permanence, avec leurs affaires dans des sacs et dans des caddies. Et c’était pareil dans le centre-ville", constate un habitant. Aujourd’hui, on croise tout au plus des groupes de deux, trois ou cinq personnes qui squattent en journée les bancs, les parcs, les berges du canal ou les abords de la gare, et se rassemblent seulement pour les distributions de repas par des associations.

LES PASSEURS TOUJOURS PRÉSENTS

Calais en a-t-il fini avec ses vagues d’étrangers en attente de traverser la frontière pour passer en Angleterre ? Le problème de fond ne semble pas réglé. "C’est un phénomène à résoudre au niveau de l’Europe et de l’espace Schengen", entonnent en chœur les associations et la maire, Natacha Bouchart. Et si le nombre de clandestins recensés à Calais est en baisse, c’est aussi en raison de la recrudescence des arrestations et des reconduites à la frontière.

En revanche, les motivations n’ont pas changé pour les exilés clandestins, fuyant les guerres ou des conditions de vie difficiles, tel Karar, arrivé d’Erythrée. "La France, l’Europe, c’est bien, c’est parfait", explique-t-il dans un anglais hésitant, assis sur un renfoncement bétonné du quai de la Moselle. "J’aimerais partir au Canada, pour travailler facilement et faire venir ma famille. Mais pour cela, il faut que j’aie de la chance et de l’argent pour les passeurs", ajoute-t-il, prudemment.

"Je vais partir dans quelques jours à Dunkerque et à Hazebrouck, où c’est plus facile", explique Karar. L’Erythréen suit la longue procession des migrants arrivant par dizaines chaque semaine, dans une ville devenue une simple étape. La plupart s’en vont peu après tenter leur chance dans un autre port français, voire poussent jusqu’en Belgique ou en Hollande.

La traversée de la frontière reste un des principaux problèmes pour les clandestins. A Calais, la mafia des passeurs reste "présente et armée", aux dires des locaux, mais ses réseaux ont souffert du démantèlement de la "jungle". Ils sont bien moins développés qu’il y a un an, tout en restant suffisamment importants pour décourager les candidats solitaires.

"UNE VIE D’ENFER"

Pour ceux qui restent et persévèrent, "c’est une vie d’enfer", pointe un militant du réseau anarchiste No Borders. "Il y a toujours eu du harcèlement policier. Mais après [le démantèlement de] la ’jungle’, le nombre de migrants s’est mis à diminuer d’un coup, tandis que les bataillons de flics sont restés les mêmes. La disproportion est énorme. Résultat, la répression et les arrestations se font de manière plus systématique."

Démonstration au squat Thelu de la rue Descartes, aussi appelé "African house", situé en face de la cité de la Dentelle. Alors qu’approche l’anniversaire de la destruction de la "jungle" et que se murmure l’hypothèse d’une visite d’Eric Besson pour l’occasion – le ministre a indiqué qu’il se rendrait sur place en octobre – la quarantaine de Soudanais qui ont pris l’habitude de s’y rassembler sont visités de plus en plus fréquemment par les autorités.

_ "Avant, il y a avait des files d’étrangers en permanence, avec leurs affaires dans des sacs et dans des caddies. Et c’était pareil dans le centre-ville", constate un habitant. Aujourd’hui, on croise tout au plus des groupes de deux, trois ou cinq personnes qui squattent en journée les bancs, les parcs, les berges du canal ou les abords de la gare, et se rassemblent seulement pour les distributions de repas par des associations.

Mardi matin, 21 septembre, la police de l’air et des frontières a fait une descente. Des Somaliens se sont déplacés, une centaine de mètres plus loin, sur les quais. "Je suis arrivé il y a un mois. Les habitants sont gentils, ils nous donnent des vêtements, de la nourriture, remarque Fabrice. Mais je ne comprends pas ce qui se passe avec votre police. En Hollande, en Italie, on n’a pas eu tout ça. On n’a pas eu les coups de matraque et les gaz lacrymogènes." Aux pieds de Fabrice, une attelle et des béquilles : il s’est foulé la cheville, une nuit, en tentant d’échapper aux policiers.

"Je veux absolument éviter le phénomène de concentration et de ’foyer d’aspiration’, qui a conduit à des situations ingérables comme celles de la ’jungle’", explique la maire UMP, Natacha Bouchart. "Il y a une tolérance pour les squats de cinq ou dix migrants maximum. Mais dès que le volume est plus important, nous intervenons", assure celle qui a succédé à trente-sept ans de mandature communiste. Pour Mme Bouchart, la volonté "de changer l’image de Calais et de faire revenir les entreprises" passe avant tout par la "gestion la moins mauvaise possible" des étrangers.

SITUATION INSOLUBLE

Natacha Bouchart assure que toutes les interventions des autorités se passent "dans de bonnes conditions" et avance que la fermeté "salutaire" s’accompagne d’une vraie solidarité. Tous les deux mois se tient désormais un conseil des migrants avec les associations, tandis que des douches ont été construites, ainsi qu’un local sécurisé pour la distribution des repas, rue de Moscou.

C’est pourtant dans ces locaux entourés de grillages, près des bâtiments en brique et du phare de Calais, que les CRS sont venus arrêter quatre personnes au moment de la distribution du petit-déjeuner, mardi matin, brisant la trêve habituellement en vigueur lors des heures de repas.

"Ils ont voulu rendre invisibles les étrangers, ils prétendent que tout va bien. Mais c’est faux, résume Philippe, un Calaisien d’une soixantaine d’année. La situation est insoluble ici : les étrangers viendront toujours, la police les chassera toujours, tandis que les habitants leur donneront l’aide qu’ils peuvent. Cela fait plus de dix ans qu’ils sont là. Sur le terrain, rien n’est fini."

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A Calais, l’aide aux migrants continue malgré la pression policière

22 septembre 2010 - Le Monde - Photos de Michaël Zadkowski

Portfolio sur les activités de SALAM à voir en cliquant ici.

L’UE défend les migrants en France

21 septembre 2010 - Le Figaro

Le Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg, réclame à la France "des améliorations" pour "respecter les droits des migrants", dans une lettre au ministre de l’Immigration Eric Besson rendue publique aujourd’hui.

Cette lettre, datée du 3 août, intervient alors que la France est l’objet de sévères critiques internationales pour le démantèlement de camps de Roms et le renvoi de centaines d’entre eux vers la Roumanie et la Bulgarie.

"Des améliorations sont nécessaires, non seulement en matière d’accueil des migrants et d’asile, mais surtout de rétention et de retour", affirme M. Hammarberg. Ce courrier suit sa visite le 19 mai à Calais (nord) où le gouvernement avait détruit en septembre 2009 le principal campement d’étrangers en situation irrégulière en France.

Même s’il note "des efforts" et l’intention "de faire perdurer la tradition française d’accueil", le Commissaire souligne que les demandeurs d’asile continuent "à être hébergés dans des conditions indignes ou précaires". Il pointe aussi "l’insuffisance du nombre de places" dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada).

Dans sa réponse, datée du 16 septembre, Eric Besson rappelle que "la France est devenue en 2009 le premier pays d’accueil des demandeurs d’asile en Europe et le deuxième au monde après les Etats-Unis". Il souligne que 1.000 nouvelles places de Cada ont été ouvertes au 1er juillet, pour près de 21.500 au total.

Thomas Hammarberg regrette aussi la "détermination quantitative du nombre d’étrangers devant être reconduits au cours d’une année" qui "augmente chaque année" et les risques d’abus qui en découlent. Il rappelle notamment les arrestations en préfecture et le retour forcé d’une famille avec un enfant atteint de multiples handicaps vers le Kosovo.

Eric Besson convient qu’un objectif de 28.000 reconduites à la frontière a été fixé pour 2010, et que 14.670 personnes ont été "éloignées" au premier semestre. Mais il affirme que les interpellations d’immigrants illégaux s’effectuent "dans le respect de la loi et de la déontologie" et qu’elles sont "étroitement contrôlées" par la justice.

M. Hammarberg souhaite également que soient trouvées des alternatives à la rétention, surtout pour les familles avec enfants. "La place d’un enfant n’est pas en rétention", affirme-t-il.

M. Besson note que les mesures alternatives ne sont pas une obligation, ajoutant que sur 28.000 éloignements en 2009, "seules 150 familles ont été concernées".
"L’accueil des familles avec enfants se fait dans des centres adaptés", certifie Eric Besson qui évoque aussi l’assignation à résidence. Mais cela "ne saurait cependant constituer une règle" en raison des risques d’échec des procédures d’éloignement.

La rapidité excessive du traitement des demandes d’asile, le projet de loi concernant l’intervention des juges administratifs et judiciaires au regard du placement d’un étranger en rétention, ainsi que "la pression" subie par les migrants à Calais, sont aussi pointés du doigt par M. Hammarberg.

Enfin, le Commissaire fait part de ses craintes liées au délit d’aide à l’entrée, un point sur lequel Eric Besson assure qu’un projet de loi actuellement en discussion procurera "une immunité renforcée" aux personnes apportant une aide humanitaire aux étrangers.

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Droits des migrants : le Conseil de l’Europe écrit à Eric Besson

21 septembre 2010 - Libération - AFP

Le Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg, réclame à la France « des améliorations » pour « respecter les droits des migrants », dans une lettre au ministre de l’Immigration Eric Besson rendue publique mardi.

Cette lettre, datée du 3 août, intervient alors que la France est l’objet de sévères critiques internationales pour le démantèlement de camps de Roms et le renvoi de centaines d’entre eux vers la Roumanie et la Bulgarie.

« Des améliorations sont nécessaires, non seulement en matière d’accueil des migrants et d’asile, mais surtout de rétention et de retour », affirme Thomas Hammarberg. Ce courrier suit sa visite le 19 mai à Calais (nord) où le gouvernement avait détruit en septembre 2009 le principal campement d’étrangers en situation irrégulière en France.

Même s’il note « des efforts » et l’intention « de faire perdurer la tradition française d’accueil », le commissaire souligne que les demandeurs d’asile continuent « à être hébergés dans des conditions indignes ou précaires ». Il pointe aussi « l’insuffisance du nombre de places » dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada).

Risques d’abus

Dans sa réponse datée du 16 septembre, Eric Besson écrit que « la France est devenue en 2009 le premier pays d’accueil des demandeurs d’asile en Europe et le deuxième au monde après les Etats-Unis ». Il souligne que 1.000 nouvelles places de Cada ont été ouvertes au 1er juillet, pour près de 21.500 au total.

Thomas Hammarberg regrette aussi la « détermination quantitative du nombre d’étrangers devant être reconduits au cours d’une année » qui « augmente chaque année » et les risques d’abus qui en découlent.

Eric Besson convient qu’un objectif de 28.000 reconduites à la frontière a été fixé pour 2010, et que 14.670 personnes ont été « éloignées » au premier semestre. Mais il affirme que les interpellations d’immigrants illégaux s’effectuent « dans le respect de la loi et de la déontologie » et qu’elles sont « étroitement contrôlées » par la justice.

Familles avec enfants

Thomas Hammarberg souhaite également que soient trouvées des alternatives à la rétention, surtout pour les familles avec enfants : « La place d’un enfant n’est pas en rétention. »

De son côté, Eric Besson note que les mesures alternatives ne sont pas une obligation, ajoutant que sur 28.000 éloignements en 2009, « seules 150 familles ont été concernées », et que « l’accueil des familles avec enfants se fait dans des centres adaptés ».

La rapidité excessive du traitement des demandes d’asile, le projet de loi concernant l’intervention des juges administratifs et judiciaires au regard du placement d’un étranger en rétention, ainsi que « la pression » subie par les migrants à Calais, sont aussi pointés par Hammarberg.

Enfin, le Commissaire fait part de ses craintes liées au délit d’aide à l’entrée. Un point sur lequel Eric Besson assure qu’un projet de loi actuellement en discussion procurera « une immunité renforcée » aux personnes apportant une aide humanitaire aux étrangers.

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Retour à Calais, un an après le démantèlement médiatique de la

21 septembre 2010 - L’Humanité

Dans les rues de Calais, les migrants ont disparu. Volatilisés. C’est à peine si l’on croise, parfois, deux ou trois Soudanais. Eric Besson aurait donc réussi. Le 22 septembre 2009, le ministre de l’Immigration détruisait la « jungle » de Calais, principal campement des Afghans à la périphérie de la ville. Il fallait, assurait alors le ministre de l’Immigration, « casser le principal outil de travail des filières clandestines dans la région ». Casser, détruire, démanteler… Ainsi, la politique de l’anéantissement serait gagnante.

La réalité est beaucoup plus sordide. Les migrants sont toujours là, mais réduits à l’invisibilité. Traqués par la police, ils sont des ombres qui se terrent dans des squats et des campements encore plus précaires.

De fait, leur nombre a baissé. En juillet 2009, les associations calaisiennes comptabilisaient environ 1 200 migrants ; aujourd’hui ils seraient moins de 300. Évidemment, ces hommes et ces femmes n’ont pas disparu comme par enchantement, on les retrouve ailleurs, selon le principe des vases communicants. Certains sont partis tenter leur chance en Belgique ou en Suède, réputées plus accueillantes. D’autres se sont réfugiés à Paris (lire ci-contre). Enfin, ils seraient nombreux à avoir simplement quitté Calais pour ses alentours, s’installant dans des camps précaires le long du littoral de la Manche, de Dunkerque à Cherbourg, où l’un de leur campement a récemment été incendié. En tout, environ 500 migrants vivraient dans la région. « Leur nombre a effectivement diminué, mais ce n’est pas dû à l’intervention d’Eric Besson, modère Francis Gest, du collectif d’associations C’Sur. La politique de contrôle aux portes de l’Europe, très efficace, empêche les migrants de passer les frontières. Forcément, ça se répercute ici. »

Emmuré vivant

Autre moyen de dissuasion très efficace : la pression policière. Car si le nombre de migrants a baissé, le nombre de CRS, lui, est resté stable. Une compagnie et demie, soit 80 hommes, est en faction dans la ville. « Le harcèlement policier est quotidien, soupire Vincent De Coninck, responsable local du Secours catholique. Il y a une vraie volonté de leur rendre la vie impossible, quelqu’en soit le coût humain. Cet été, un nouveau cap a été franchi avec des interpellations sur les lieux de distribution des repas. Et pendant le ramadan, ils intervenaient dans les squats à 20h45, juste au moment de la rupture du jeûne. Résultat, les migrants, embarqués en centre de rétention, ne mangeaient pas pendant plusieurs jours. »

Burlesques ou dramatiques, les anecdotes sur les abus policiers fleurissent.
Récemment, une sortie scolaire dans la citadelle a viré au théâtre de Guignol lorsque les collégiens se sont retrouvés au milieu d’une course poursuite entre migrants et CRS, les premiers se jetant dans les douves pour échapper aux seconds. Autre histoire qui a fait le tour de la ville : la semaine dernière, les forces de l’ordre ont muré un squat, oubliant un migrant à l’intérieur. L’homme a passé 24 heures emmuré vivant, avant que les associations réussissent à faire intervenir les forces de l’ordre. « Vous connaissez une ville où il existe une telle présence policière ? lance Francis Gest, de C’Sur. C’est invivable. La police tourne dans la ville, les repère, puis démantèle, casse, gaze, mure. Ils sont systématiquement délogés et les squats fermés. Leur vie ici est impossible. »

Squat des Africains

Avec une telle surveillance, les migrants se font le plus discret possible, tentant de préserver un tant soit peu leurs campements éphémères. Actuellement, sur Calais et sa périphérie, une quinzaine de camps et squats auraient ainsi vu le jour. Mariam Guerey, énergique salariée du Secours catholique, qui organise des maraudes pour « apporter un peu de chaleur aux migrants », les connaît quasiment tous. Certains sont en plein cœur de la ville. Ainsi, les Africains squattent une immense usine désaffectée. Au milieu des anciennes machines, Soudanais et Erythréens se réchauffent auprès d’un maigre feu. Du verre brisé et des morceaux de bois jonchent le sol, les fenêtres sont toutes cassées. Certaines par la police assurent les migrants. Sur le mur, l’un d’eux a écrit, d’une belle écriture arabe calligraphiée : « Notre vie avec la police ressemble à celle de la souris avec le chat ». En dessous, une petite souris côtoie un matou aux dents particulièrement pointues.

Le matin même, le chat a bien travaillé : une descente à 7h30 s’est soldée par une trentaine d’arrestations. Hachim est passé entre les mailles du filet en se faisant tout petit dans sa cachette : le haut d’une grande armoire, au fin fond de l’usine. Hachim a un beau visage d’adulte pas tout a fait sorti de l’enfance : il a 18 ans, a fui l’Erythrée dans la corne de l’Afrique, traversé la Libye, la Méditerranée, la Grèce puis l’Italie avant de se retrouver coincé dans l’entonnoir calaisien. Il aimerait rejoindre les Pays-Bas et passe ses nuits à se glisser sous des camions.

Autre refuge prisé des migrants : les squares et jardin. Au parc Richelieu, à côté de la pelouse bien entretenue et des platebandes fleuries, les Afghans tuent le temps sur les bancs. Parmi eux : Kadir. Comme tous les ados du monde, ce jeune afghan à la main lourde sur la laque : ses cheveux gominés se dressent en crête au sommet de sa tête. Kadir a quitté son pays alors qu’il avait à peine quatorze ans, a traversé seul l’Europe pour se retrouver à Calais où il vivote depuis deux ans. Le 22 septembre 2009, Kadir était dans la « jungle » au moment de son démantèlement. Il a été arrêté - comme 275 autres Afghans, dont une moitié de mineurs – placé dans un foyer de Carvin, à 120 kilomètres de Calais. Il y passe un mois, « avec les fous » dit il, avant de revenir. Depuis, il dort dehors. Où ? « Dans la jungle » répond-il comme une évidence.

Nouvelle jungle

Dans la zone dunaire qui jouxte l’hoverport, une nouvelle « jungle » a en effet vu le jour. Rien à voir avec l’ancien campement pachtou et ses baraques sommaires faites de bâches en plastique et de palettes de bois. Ici, pas de construction, à peine quelques affaires cachées au milieu des broussailles. Les migrants se rassemblent par petits groupes. « Pas plus de quatre ou cinq sinon ils savent qu’ils vont être repérés » explique Charles Frammezelle, bénévole connu sous le nom de Moustache. Derrière un bosquet, il montre un blouson, un savon, une bouilloire, autant de signes de la vie fragile qui s’est installée ici.

Mineur et demandeur d’asile, Kadir devrait doublement être logé par l’État français. Dans des structures adéquates et non pas dans des centres pour jeunes délinquants comme l’ont été les mineurs arrêtés lors de l’opération de septembre 2009 souligne Mélanie de l’association de soutien aux migrants Salam : « Beaucoup nous ont raconté qu’ils avaient été maltraités par les policiers, avant d’être emmenés dans des centres qui n’étaient pas adaptés. C’est dommage car c’était peut être le bon moment pour que certains puissent rester en France ». Contrairement aux affirmations d’Eric Besson, pour qui ces migrants n’ont qu’un seul souhait, passer en Angleterre, nombreux sont ceux qui ont déposé une demande d’asile en France. Depuis l’installation d’un bureau de traitement des demandes d’asile à la sous-préfecture de Calais en mai 2009, pas moins de 480 migrants y ont déposés un dossier. Mais ils ne sont que la moitié à avoir obtenu une autorisation provisoire de séjour, les autres tombant sous le coup de la procédure de Dublin II qui renvoie les réfugiés dans le premier pays de l’Europe ayant pris leurs empreintes, la Grèce dans leur immense majorité, où le taux de reconnaissance du statut de réfugié est de 0,04%...

Un ange dans le purgatoire

La création de ce bureau à Calais fait parti des quelques progrès apportés aux migrants depuis l’année dernière. Ainsi, la municipalité UMP a mis en place un point de distribution des repas, des douches, des toilettes chimiques. Le Secours catholique s’est vu attribué un préfabriqué tout beau, tout neuf et tout… caché ! Car ces nouveaux locaux se trouvent en périphérie de la ville, à près d’une heure de marche du centre. Et tout est à l’avenant : les douches se situent à un bout de la ville, le point de distribution des repas à un autre. Certes, les migrants peuvent désormais manger à l’abri, mais dans un lieu excentré et bien à l’abri des regards. Et voilà comment, sur un coup de baguette magique, les migrants deviennent invisibles… « C’est une stratégie de la mairie, regrette Vincent de Coninck, du Secours catholique. Nous éparpiller et nous épuiser. Nous sommes dans un système de navette permanent qui nous demande beaucoup de temps et d’énergie. »

Au volant de sa camionnette blanche, Myriam confirme, qui passe un temps fou à conduire les migrants aux douches, à l’alphabétisation, aux repas… « C’est pas très écolo » ironise t-elle, avant de freiner brusquement. Elle a aperçu sur le trottoir Léa, seule migrante actuellement présente à Calais. Léa a 17 ans et le sourire d’un ange au milieu de ce purgatoire. Avec sa douce voix et dans un anglais parfait, elle raconte son odyssée : arrivée à Calais il y a quatre jours, elle a fui l’Erythrée où sa religion, le protestantisme, est strictement interdite. Pour l’avoir pratiquée, son père est retenu dans les geôles du pouvoir, sa mère a fui au Soudan, sa sœur en Angleterre. Léa veut tenter le « passage » pour la rejoindre. Quand on lui demande si elle n’a pas peur d’essayer une traversée aussi dangereuse, elle répond avec son beau sourire : « Si, mais que pouvons-nous faire d’autre ? »

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A Calais, le démantèlement du camp n’a pas tari le flot de réfugiés

21 septembre 2010 - La Croix - Florence Quille

Voilà un an, le campement de Calais était détruit. Environ 500 réfugiés continuent d’errer dans la région, dans l’espoir de passer en Grande-Bretagne. Parmi eux, une centaine de mineurs livrés à eux-mêmes

A l’écart du village de Loon-Plage, quelques baraquements ont fait leur apparition sur un terrain vague appartenant à la communauté urbaine de Dunkerque. Des palettes au sol, une bâche de plastique noir en guise de toit et, un peu plus loin dans l’herbe, les traces d’un feu. Un camp de fortune s’est installé là, au creux des dunes. À l’abri des regards, mais pas des inspections policières. Les forces de l’ordre viennent régulièrement « visiter » les lieux.

Une dizaine de jeunes Afghans ont trouvé refuge ici. Tous sont mineurs et ont fui leur pays pour échapper aux talibans. Le plus jeune a à peine 15 ans. Arrivé à Bari, en Italie, après un périple de plusieurs semaines, il s’est sauvé du foyer de mineurs où il avait été placé pour reprendre la route. Destination Calais, la porte d’entrée pour l’Angleterre.

Chaque nuit, il tente sa chance avec ses copains d’infortune, essayant de se faufiler sous la bâche d’un camion. En attendant, le petit groupe survit grâce aux associations caritatives présentes sur le terrain : Médecins du monde assure le ravitaillement en eau potable et en médicaments, Salam la distribution quotidienne de vivres. Un peu plus loin, au pied de la voie ferrée, les baraquements sont déserts. Les Kurdes réfugiés dans ce camp ont été arrêtés hier par la police, nous explique l’un des jeunes Afghans, qui ignore où ils ont été emmenés.

Moins nombreux mais leur situation est plus précaire

Depuis le démantèlement de la « jungle » de Calais, décidé par le ministre de l’immigration Éric Besson voilà tout juste un an, le problème des migrants reste entier. Certes leur nombre a baissé, en raison des arrestations répétées et des reconduites à la frontière : ils sont aujourd’hui un peu moins de 500, essentiellement originaires d’Afghanistan et du Soudan, au lieu d’un millier avant septembre 2009.

Mais leur situation est plus précaire que jamais. Indésirables à Calais, ils se sont rendus « invisibles » pour échapper aux rafles et se sont éparpillés tout le long du littoral et même à l’intérieur des terres, à Steenvoorde ou Norrent-Fontes.

« Éric Besson a atteint son objectif, il a réduit le nombre de migrants, mais à quel prix ?, s’indigne Matthieu Quinette, coordinateur de Médecins du monde pour le littoral. Aujourd’hui, les migrants n’ont même plus d’abri pour se protéger du danger et des intempéries. Dispersés dans des camps sauvages le long de la côte, ils sont moins accessibles aux associations humanitaires et encore plus à la merci des passeurs. »

Livrés à eux-mêmes, les migrants survivent grâce à la solidarité de la population et des bénévoles qui se relaient jour après jour pour assurer la distribution de repas (250 repas chauds servis quotidiennement), les douches, le vestiaire et les soins médicaux. Depuis sept ans, les associations sont fidèles au poste mais les héros sont fatigués et l’usure guette.

Seule éclaircie : l’arrivée d’un représentant du HCR

« L’État s’est totalement désengagé, s’insurge Mélanie, de l’association Salam. Aujourd’hui, ce sont les associations qui doivent prendre le relais dans des conditions très difficiles. La police détruit régulièrement le matériel humanitaire que nous distribuons : tentes et couvertures sont passées au gaz lacrymogène et rendus inutilisables. Des arrestations ont lieu lors des distributions de repas. Ce harcèlement continuel rend notre engagement très éprouvant. »

Seule éclaircie dans ce tableau très sombre : l’arrivée à Calais d’un représentant du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) en juin 2009. « Alors que beaucoup de migrants ont fui leur pays pour violation des droits de l’homme, très peu d’entre eux déposaient une demande d’asile politique, faute d’être informés sur la procédure, explique Mathilde Tiberghien, administratrice de l’antenne calaisienne du HCR. Par notre présence sur place, nous pouvons les aider et les accompagner dans leurs démarches, en lien avec France Terre d’asile. »

Depuis l’installation du HCR, 500 demandes d’asile ont ainsi été déposées à la sous-préfecture de Calais. Mais la procédure s’avère très longue : en un an, dix dossiers seulement ont abouti. Et elle n’est pas sans risques pour les réfugiés. Car le demandeur d’asile ne peut pas choisir son pays d’accueil.

Il doit faire sa demande dans le premier pays européen traversé. Pour les Afghans, il s’agit le plus souvent de la Grèce, pays réputé pour ses pratiques expéditives vis-à-vis des migrants et rappelé plusieurs fois à l’ordre par Bruxelles à ce sujet. Nombre de migrants hésitent donc à sortir de la clandestinité pour se signaler auprès du HCR.

Et puis demander l’asile en France, c’est renoncer à leur rêve… Ils ont parcouru tout ce chemin, dans des conditions souvent épouvantables, pour passer en Angleterre et commencer une nouvelle vie. Ils ne veulent pas se voir stopper si près du but.

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Habib l’Afghan, six ans d’attente et d’espoir

21 septembre 2010 - La Croix

En décembre 2009, nous publiions pour la première fois le journal d’Habib, l’un des expulsés de Calais. Aujourd’hui, cet homme de 27 ans vit toujours là, dans la plus grande précarité

« Le squat où je vivais a été évacué. Depuis juillet, je dors sous une petite tente. » En cette fin septembre, la voix d’Habib est fatiguée. Cela fait deux nuits qu’il ne dort presque pas. « Avant-hier et hier, la pluie était glaciale. La nuit, le vent secouait les parois en plastique de ma tente. Impossible de fermer l’œil », dit-il, un peu ragaillardi par le retour du soleil. Au quotidien, Habib flirte avec la déprime. Car sa demande de droit d’asile n’a pas avancé d’un pouce depuis six mois.

Ce Tadjik de 27 ans issu de la vallée du Panshir, le fief de feu le commandant Massoud, est arrivé à Calais après un périple tourmenté il y a six ans. Il espérait alors passer rapidement en Angleterre. Échec total. A l’issue de nombreuses péripéties, il a peu à peu renoncé à l’eldorado britannique et décidé de s’installer en France.

Habib a alors entamé un véritable parcours du combattant pour se faire régulariser. En septembre 2009, quelques jours après l’évacuation des Afghans pachtouns installés près du port de Calais, Habib a été expulsé d’un autre campement plus petit installé de l’autre côté de l’autoroute, peuplé, lui, d’Afghans tadjiks et hazaras.

Débouté de sa demande d’asile

Au sortir d’un hiver difficile, ponctué par les vagues de froid, les chutes de neige, la maladie, les descentes de police et un séjour de quelques semaines à Paris, Habib a été débouté de sa demande d’asile par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Avec l’aide de Jacky Veraeghen du Secours catholique, il a déposé un recours fin février 2010. Au printemps dernier, il espérait être convoqué à Montreuil (Seine-Saint-Denis) avant l’été, devant la Cour nationale du droit d’asile, pour plaider son dossier.

Mais l’automne est arrivé et le rendez-vous espéré n’a pas eu lieu. Seul fait positif : Habib a trouvé une avocate. Il est venu la voir à Paris, accompagné d’un interprète – car il pense que sa difficulté à s’exprimer en français n’est peut-être pas étrangère à l’échec de sa première demande. « Le rendez-vous s’est bien passé, l’avocate trouve que son dossier est bon, semble-t-il », avance prudemment Jacky Veraeghen.

Habib doit revoir prochainement son défenseur. Il garde espoir, malgré tout. En attendant, il tue le temps comme il peut. Faute de papiers, il n’a pas le droit de travailler. Ses journées s’écoulent donc dans la morne répétition de rendez-vous toujours identiques : visite le matin au Secours catholique pour boire un café, fumer une cigarette, bavarder quelques minutes avec Jacky Veraeghen avec lequel, au fil des ans, une sorte d’amitié s’est installée.

Au fil des ans, Habib a lié des connaissances

Vers 13 heures, repas distribué par l’association La belle étoile. Puis Habib retrouve d’autres migrants dans le parc Saint Pierre, près de la gare. À plusieurs, on tue plus facilement le temps. « Il y a surtout des Africains, pas plus d’une dizaine d’Afghans », assure-t-il. En fin d’après-midi, second repas. Cette fois, c’est l’association Salam qui nourrit les migrants. Retour, ensuite, à la solitude de sa tente.

Heureusement, au fil des ans, Habib a lié des connaissances. « À Calais, je connais tout le monde », fanfaronne-t-il parfois. Tout le monde ? En réalité, les associations, leurs permanents, leurs bénévoles… À l’occasion, il n’hésite d’ailleurs pas à leur donner un coup de main. L’autre jour, quand le Secours catholique a déménagé son local pour s’installer à la lisière de la ville, tout au bout de la rue Saint-Omer, Habib était de la partie.

Il n’a pas rechigné devant la masse imposante de cartons à charger et à décharger. Trop content de se rendre utile, d’avoir quelque chose à faire. De partager un peu de chaleur humaine. « Tous les quinze jours, je vais aussi donner un coup de main pour le vestiaire (distribution gratuite de vêtements aux migrants), dans une église », raconte-t-il encore. Bénévolement, toujours.

Ce qui fait peur à Habib, c’est la police bien sûr, omniprésente. Et également le temps qui passe. Sa vie qui n’avance pas. Dans quelques mois, il aura 28 ans. Et il n’a ni métier, ni travail, ni logement, ni femme, ni enfant… Et plus de nouvelles des siens, restés au pays, depuis qu’il a dû changer de numéro de portable à l’été. Rien que d’en parler, sa voix se serre. « C’est dur, tout ça… » Il y a aussi l’hiver qui approche. A-t-il de quoi se couvrir ? « Oui, ça va, j’ai un bon duvet. Et quand il fait trop froid, je viens me blottir contre la porte de l’Église toute proche. »

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La "jungle" de Loon-Plage, presque déserte, a été mise à bas par les pelleteuses, hier matin

17 septembre 2010 - La Voix du Nord - Estelle Jolivet

Sur les petites routes entre Loon-Plage et le port Ouest, hier matin, le soleil se lève ...

à peine et des silhouettes tentent de se cacher derrière les buissons qui parsèment les champs. Peut-être des chasseurs, nombreux dans la zone à cette période. Plus probablement des migrants, « chassés » de leurs abris de fortune par le bruit des pelleteuses, tôt hier matin.

Les cabanes en palettes ont été mises à terre. Comme en juin 2009. Comme en novembre 2009. Cette destruction ressemble aux précédentes, énième offensive des services de l’État dans la guerre d’usure lancée contre les migrants pour éviter qu’ils ne reviennent s’installer durablement, cet hiver, à proximité du terminal ferry. « Il s’agit de raisons de sécurité et de régularité : occupation irrégulière d’un terrain portuaire, par des personnes en situation irrégulière », justifie le sous-préfet, Jérôme Gutton.

La différence, c’est que ces derniers jours, ils n’étaient qu’une dizaine dans le camp loonois, contre une cinquantaine avant l’été. Sept ressortissants afghans « seulement » ont été interpellés, hier matin. « C’est déjà trop », opine le sous-préfet. « On n’a jamais eu aussi peu de monde sur le site », témoigne un officier de police.

Dans le Dunkerquois, le nombre de migrants serait passé de plus de 150 à 80 en quelques semaines. Passages réussis vers l’Angleterre ? Attractivité des ports belges ? Les explications sont hasardeuses. Le sous-préfet, lui, reste plus réservé : « Ce dont je suis sûr, c’est que leur nombre n’augmente pas dans l’arrondissement. » L’épisode d’hier matin a en tout cas permis au représentant de l’État de rappeler sa position quant aux « jungles » du Dunkerquois. « Sur chacun des sites, je mesure chaque jour la dureté, les tensions qui peuvent régner entre migrants et passeurs. Un certain nombre de filières font du profit en détournant les intentions généreuses des associations, a-t-il rappelé. Ces camps seront, à tout moment, à la merci d’un démantèlement ».

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Camp de migrants : à peine reconstruit, à peine redétruit

17 septembre 2010 - La Voix du Nord

Quelques heures après les derniers coups de pelleteuse sur le camp de migrants de Loon-Plage, démantelé mercredi matin, les associations (Médecins du monde, Terre d’Errance) sont revenues sur les lieux pour acheminer des palettes et des couvertures en vue de reconstruire les abris. Peine perdue : hier matin, tout a de nouveau été détruit par les services de l’État.

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"Des pratiques absurdes" selon les associations

16 septembre 2010 - La Voix du Nord

Le démantèlement du campement de Loon-Plage, hier matin, a provoqué de vives réactions ...

du côté des associations qui, unanimes, dénoncent l’opération.

Mathieu Calmette, coordinateur pour Médecins du Monde (MDM) sur le littoral, estime que la destruction du camp « ne réglera pas le problème de la migration, mais ne fera que le déplacer et le rendre invisible. Moins les migrants accèdent à l’aide humanitaire, plus ils sont à la merci des passeurs ».

Les Verts du Dunkerquois rappellent qu’après l’enlèvement de la citerne d’eau potable installée à Loon-Plage en juillet par MDM, la destruction de la jungle « aggrave encore plus les conditions de vie plus que précaires des migrants présents dans ce secteur (...). Au lieu d’assumer clairement leurs responsabilités en contribuant au conseil des migrants sur le Dunkerquois, réclamé par les associations d’entraide et les collectivités locales, les représentants de l’État préfèrent faire une politique de contre-feu attisant encore plus l’incendie. » Le « collectif du 4 septembre », créé pour lutter contre la xénophobie et la politique sécuritaire, notamment à l’égard de Roms, et qui regroupe 31 associations, syndicats et partis politiques à Dunkerque, « élève une vive protestation contre des pratiques absurdes qui plongent dans le plus grand dénuement des êtres humains particulièrement fragiles et vulnérables ». Il invite « les citoyens épris de démocratie à rejoindre les groupements qui viennent en aide à ces personnes, victimes d’une intolérance et d’une violence inqualifiables ».

François Braure, bénévole à Terre d’Errance Flandre littorale, regrette que « l’État ne traite pas les choses au cas par cas ».

Dimanche dernier, il avait passé la journée à nettoyer et à désinfecter les cabanes du camp, en prévision de l’hiver.

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Loon-Plage : les services de l’Etat procèdent à la destruction de la « jungle »

15 septembre 2010 - La Voix du Nord

Tôt ce matin, les pelleteuses sont entrées en action sur le camp de migrants de Loon-Plage, situé dans le port ouest de Dunkerque, à quelques centaines de mètres du terminal ferry.

Moins de dix personnes - des ressortissants afghans - vivaient là, dans des abris de fortune. Le nombre de migrants aurait considérablement baissé dans les "jungles" du Dunkerquois depuis le début de l’été, selon les services de police, passant de plus de 150 à environ 80.

Cette opération intervient à une semaine exactement du premier anniversaire de la destruction de la « jungle » de Calais, le 22 septembre 2009. A Loon-Plage, où les abris sont régulièrement mis à sac pour éviter une installation durable des migrants, la dernière destruction remontait à novembre 2009.

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Incendie du campement afghan de Cherbourg : plusieurs auteurs

14 septembre 2010 - Ouest France

Selon les éléments recueillis par les enquêteurs de la police nationale et de la Police de l’air et des frontières, l’incendie criminel du camp de réfugiés afghans, commis dimanche vers 17 h 30 à Cherbourg, serait l’œuvre de plusieurs personnes. La simultanéité des départs d’incendie, qui ont détruit 13 des 17 abris, rend impossible un acte solitaire.

Plusieurs feux n’ayant pas pris, les enquêteurs pensent pouvoir recueillir des indices leur permettant d’avancer dans leur enquête. Ils vont également procéder à l’audition de tous les Afghans du camp à partir de demain matin, ce qui ne serait pas simple : la plupart ne parlant que pachtoune ou farsi.

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80.000 naturalisés au cours des huit premiers mois

14 septembre 2010 - Libération - AFP

En dehors de ses dénégations concernant la circulaire visant les Roms, Eric Besson a également présenté, lundi, le bilan de son activité au cours des huit premiers mois 2010. D’où il ressort que la France a davantage naturalisé, accueilli plus d’étudiants étrangers, reconduit davantage de « volontaires », surtout en Roumanie, et expulsé à peu près autant de sans-papiers.

La France a accordé la nationalité à 80.175 étrangers durant les huit premiers mois de l’année 2010, soit une croissance de 16,8% par rapport à la même période en 2009, a annoncé le ministre de l’Immigration au cours d’une conférence de presse.

« Ces résultats placent la France en tête des pays européens pour l’acquisition de la nationalité », a commenté le ministre qui veut faire signer aux étrangers naturalisés une « charte des droits et devoirs du citoyen » les engageant à être « fidèles aux valeurs de la France, à respecter ses symboles, à servir notre pays et contribuer à son rayonnement ».

30,9% d’autorisations de séjour pour les étudiants étrangers

Parallèlement, la France a délivré 122.246 autorisations de long séjour, soit une croissance de 9,7% qui s’explique principalement par une augmentation de 30,9% du nombre d’étudiants étrangers dans le pays.

L’immigration familiale a augmenté de 5,9% et l’immigration de travail de 1,8%. Eric Besson entend créer dans un projet de loi présenté le 27 septembre devant l’Assemblée nationale une « carte bleue européenne » pour les étrangers hautement qualifiés.

S’agissant du court séjour, 1.228.459 visas ont été délivrés, soit une hausse de 8,9%.

Selon le ministre, qui s’est fixé un objectif de 28.000 reconduites aux frontières en 2010, 19.042 ont été réalisés, soit une légère de baisse de 2,2 par rapport à la même période de l’année précédente. Sur toute l’année 2009, Eric Besson avait comptabilisé 29.288 expulsions, dépassant l’objectif de 27.000 assigné par le président Nicolas Sarkozy. « Au rythme actuel, l’objectif de 28.000 éloignements d’étrangers en situation irrégulière sera atteint » en 2010, a tenu à rassurer l’ex-socialiste, ce lundi.

Davantage de « retours volontaires »

Parmi ces quelque 19.000 reconduites, 6020 étaient des retours dits « volontaires ». Le ministère recensait 5250 sur la même période en 2009, soit une augmentation de 14,7%. « Les retours volontaires en direction de la Roumanie sont les plus nombreux. Les prochains vols affrétés à destination de Bucarest partiront les 14, 16 et 30 septembre prochains », a précisé le ministre. Depuis fin juillet, la France a accéléré les reconduites volontaires ou contraintes de ressortissants roumains et bulgares.

128 filières d’immigration clandestine ont été démantelées et près de 4000 trafiquants de migrants interpellés.

Pour lutter contre l’immigration irrégulière, les policiers français ont aussi empêché l’embarquement depuis le pays d’origine de 11.579 personnes, munis de faux papiers ou de visas falsifiés.

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Les demandeurs d’asile visés par le ministre de l’immigration

14 septembre 2010 - Libération

Hier, lors de sa conférence de presse, Eric Besson a déclaré que la France demeurait « la patrie de la liberté et des droits de l’homme » en étant le pays « le plus généreux en Europe et le deuxième au monde » en matière de droit d’asile. Mais il a aussi dénoncé « ceux qui y voient une porte ouverte à l’immigration irrégulière ». Evoquant une « crise nationale de l’asile », il a noté que les demandes avaient augmenté de plus de 43 % en deux ans, et de « 12,5 % depuis le début de l’année » entraînant, a dit le ministre de l’Immigration, « la saturation de nos capacités d’accueil ». Eric Besson veut renforcer au niveau européen la lutte contre les filières qui, selon lui, serait à l’origine de cette explosion des demandes d’asile. De leur côté, des élus locaux demandent à l’Etat d’assurer la prise en charge des demandeurs d’asile, comme le prévoit la loi. Au lendemain de l’incendie d’un campement de réfugiés afghans, le député-maire de Cherbourg, Bernard Cazeneuve (PS), a déploré qu’« en dépit de nombreux courriers depuis 2003, année de la fermeture de Sangatte », l’hébergement de ces demandeurs d’asile n’est pas assuré.

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« La Nation, c’est un traitement digne et égal pour tous »

14 septembre 2010 - Libération

Libération, SOS Racisme et La Règle du jeu lancent un appel contre l’extension des possibilités de déchéance de la nationalité française.

« En proposant d’étendre les possibilités de déchéance de la nationalité française à de nouvelles catégories de citoyens, Nicolas Sarkozy a franchi, avec le discours de Grenoble, un cap dangereux.

En effet, pour la première fois au plus haut de niveau de l’Etat, il aura été publiquement affirmé qu’il existe des « Français de souche » et des « Français de papier », comme le clame le Front National depuis sa création et au risque de crédibiliser ce dernier. Allant jusqu’à remettre en cause le droit du sol, le Président de la République voudrait en outre que les jeunes « d’origine étrangère » ne deviennent plus automatiquement français à leur majorité s’ils ont été délinquants !

Sous le faux prétexte d’assurer la sécurité des Français, le pouvoir tend en fait à imposer une idée aussi simple que malhonnête : les problèmes de notre société seraient le fait des étrangers et des Français d’origine étrangère.

De tels propos, relayés et amplifiés jusqu’à la nausée par nombre de responsables politiques poursuivent une lente mais sure dérive illustrée aussi bien par le débat sur l’identité nationale que par l’ignoble stigmatisation dont les Roms et les Gens du voyages sont depuis quelques semaines les victimes.

Ces propos constituent une atteinte intolérable aux principes constitutifs de la Nation.

Pour nous, la Nation, ce n’est pas la recherche frénétique de la mise au ban de citoyens. C’est tout au contraire l’affirmation de la légitimité de tous à participer en pleine égalité aux choix publics.

Pour nous, la Nation, ce n’est pas l’utilisation des étrangers comme boucs émissaires afin de masquer le marasme économique et social de notre pays.

C’est tout au contraire l’attachement à un traitement digne et égal de tous.

Malheureusement, cette atteinte aux valeurs d’égalité et de dignité s’apprête aujourd’hui à trouver une concrétisation à travers le projet de loi Besson relatif à l’immigration et la batterie d’amendements d’ores et déjà annoncés pour durcir un texte qui tournait déjà le dos aux principes humanistes les plus élémentaires.

Face à cette offensive, nous prononçons un triple « non » :

Non à l’extension des possibilités de déchéance de nationalité !

Non à la stigmatisation des Roms et des Gens du voyages !

Non au recul des droits des étrangers contenu dans le projet de loi Besson ! »

Cliquez ici pour signer la pétition

Un camp de réfugiés détruit par le feu à Cherbourg

13 septembre 2010 - Ouest France - Thierry Dubillot

Une quinzaine de cabanes sont parties en fumée hier, sur un terrain vague. Elles abritaient des Afghans et des Iraniens qui espèrent passer en Angleterre.

Hier, vers 17 h 30, une lourde fumée noire s’élève au-dessus de Cherbourg. Sur un terrain vague, avenue de Bremerhaven, des habitations rudimentaires, couvertes de bâches plastiques noires sont en feu. Une quinzaine au total. Habituellement, elles abritent les réfugiés afghans ou iraniens, qui ont fui leur pays et espèrent passer en Angleterre.

En cette fin d’été, ils sont une quarantaine sur le site. Les pompiers arrivent très vite. Une quinzaine d’hommes et deux fourgons pompes. Alors que des petites cartouches de gaz explosent, il ne leur faut pas plus d’une demi-heure pour éteindre les flammes. Mais il ne reste plus que deux ou trois « bungalows » intacts. Au moins quinze de ces habitations de fortune sont calcinées.

Lieu de culte

Il n’y a pas de blessés. Peu à peu les réfugiés, des hommes de 20 à 30 ans, arrivent sur les lieux et découvrent le désastre. La police, le procureur de la République procèdent aux premières constatations. Il n’y a pas de doute sur la thèse criminelle.

« C’est scandaleux. Dans le contexte actuel d’expulsion des Roms, quelques esprits faibles pourraient être tentés. » Daniel Jouanne, adjoint au maire, tempère aussitôt : « Il faut attendre ce que va dire l’enquête. »

Les bénévoles de l’association « Itinérances » qui aident ces réfugiés depuis plusieurs années sont là aussi. L’urgence, c’est le relogement. « Ils ont perdu le peu qu’ils avaient. Mais le pire, c’est leur lieu de culte. Le Coran a brûlé. »

On s’attend à ce que cet incendie relance une polémique autour de ces installations illégales. Le maire de Cherbourg a aussitôt prévenu le préfet. « Bien sûr, nous avons des solutions de logement », reprend son adjoint. « L’auberge de jeunesse par exemple. Mais après tout, ces gens sont sous la responsabilité de l’État. Cela fait des années depuis la fermeture de Sangatte, que nous alertons les autorités à ce sujet. Et rien n’est fait. »

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En Europe, des procédures très variables pour les demandeurs d’asile

13 septembre 2010 - Le Monde - Jean-Baptiste Chastand

En 2009, aucun des Afghans ayant déposé une demande d’asile à Chypre n’a réussi à l’obtenir, contre 100 % de ceux qui ont tenté leur chance en République tchèque. C’est en partant de ce constat que l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA, en anglais) a décidé de dresser un comparatif des procédures d’asile dans les pays européens. La FRA a interrogé 877 demandeurs d’asile représentant 65 nationalités dans les 27 Etats membres de l’UE.

Plus que sur les différences de règles juridiques, les experts de l’Agence se sont concentrés sur l’accompagnement des demandeurs d’asile en publiant deux rapports distincts : l’un sur les moyens de faire appel d’une décision de refus, l’autre sur le respect du devoir d’information.

Selon ce comparatif, la France dispose d’un système d’information sur les droits des demandeurs d’asile qui pourrait être amélioré. Si le dépliant d’information réalisé par l’Etat est jugé "utile", il est considéré comme peu accessible. "Seulement quelques-uns des demandeurs d’asile ont reçu le dépliant d’information en préfecture. Par ailleurs, le dépliant n’est disponible qu’en cinq langues différentes, quand l’Allemagne ou le Danemark en proposent plus de vingt", observent les auteurs du rapport.

L’agence européenne met en avant le rôle particulièrement efficace des organisations non gouvernementales (ONG). "Les demandeurs d’asile font totalement confiance aux travailleurs sociaux", selon le rapport, qui affirme que les demandeurs d’asile interrogés ont systématiquement pu recourir à de tels conseils en recevant leur lettre de refus. L’Agence regrette toutefois qu’une liste d’avocats ne soit pas sytématiquement remise aux demandeurs d’asile. Plusieurs des personnes interrogées affirment par ailleurs avoir dû remplir leur demande d’appel sans l’assistance d’un avocat. Certains rencontrant même leur avocat pour la première fois le jour de leur audition en appel.

Le rapport attribue un satisfecit à la France pour son délai d’appel, qui reste un des plus longs, avec trente jours, contre seulement deux dans certains pays. L’autre intérêt du rapport réside dans le constat de grande diversité de traitements des demandeurs d’asile en fonction des pays européens où ils déposent leur demande. La Grèce, pays qui affiche un taux de refus parmi les plus élevés, est aussi celui qui compte parmi les plus critiqués pour ses procédures d’accompagnement.

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Un campement de réfugiés afghans ravagé par un incendie

13 septembre 2010 - Le Monde avec AFP

Un campement de réfugiés afghans a été incendié de façon "visiblement volontaire" dimanche en fin d’après-midi à Cherbourg, sans faire de victime, a indiqué, lundi 13 septembre, le parquet. Le procureur Eric Bouillard a précisé qu’il y avait eu "plusieurs départs de feu, qui [ont] détruit neuf tentes sur treize sur un terrain communal relativement isolé des hauteurs de Cherbourg".

Le campement, "toléré", abritait une trentaine de réfugiés, "essentiellement des Afghans", qui étaient absents au moment des faits. Ils ont été provisoirement relogés dans des hôtels de Cherbourg par l’Etat. Une enquête en flagrance a été ouverte.

"Nous sommes extrêmement choqués et surpris par ce qui s’est passé, car on n’avait auparavant jamais ressenti d’hostilité envers les réfugiés à Cherbourg", a déclaré un porte-parole de l’association humanitaire Itinérance, Pascal Besuelle. "On ne peut que faire le lien avec le climat délétère qui règne dans le pays de stigmatisation de groupes ethniques et de chasse au Roms. Peut-être que cela a contribué à armer le bras de déséquilibrés", a-t-il ajouté. "Au campement de Cherbourg, 21 des 34 réfugiés avaient obtenu le statut de demandeur d’asile avec autorisation provisoire de séjour, mais n’étaient pas hébergés", a déploré M. Besuelle.

Des départs de feu volontaires avaient déjà été observés ces derniers mois à proximité de campements dans le secteur de Cherbourg, à la montagne du Roule, a relevé le procureur, précisant qu’aucun lien avec ce nouvel incident ne pouvait cependant être établi à ce stade. La Manche abrite de nombreux campements de réfugiés en attente d’un passage en Grande-Bretagne.

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La triple offensive d’Eric Besson

13 septembre 2010 - Libération - Catherine Coroller

Le ministre a présenté hier les principales mesures de son projet de loi sur l’immigration.

La machine législative est lancée. Eric Besson, ministre de l’Immigration, a rendu public hier l’amendement gouvernemental sur la déchéance de la nationalité pour les Français meurtriers de policiers et gendarmes, naturalisés depuis moins de dix ans. Cette disposition sera incluse dans le projet de loi relatif à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité qu’Eric Besson présentera au Parlement, à partir du 27 septembre, et déjà dénoncé par les associations de défense des droits de l’homme.

L’extension des possibilités de déchéance de nationalité

Aujourd’hui, l’article 25 du code civil prévoit que « l’individu qui a acquis la qualité de Français peut, par décret pris après avis conforme du Conseil d’Etat, être déchu de la nationalité française, sauf si la déchéance a pour résultat de le rendre apatride ». Les motifs de dénaturalisation sont « l’atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation », le terrorisme, et les actes « préjudiciables aux intérêts de la France ».C’est le gouvernement Juppé, par la loi du 22 juillet 1996, qui avait inclus le motif de terrorisme. Le Conseil constitutionnel avait jugé cette disposition légale. Tout en posant le principe selon lequel « au regard du droit de la nationalité, les personnes ayant acquis la nationalité française et celles auxquelles la nationalité française a été attribuée à leur naissance sont dans la même situation », il avait jugé que cet amendement « au regard de l’objectif recherché par le législateur, soit le renforcement de la lutte contre le terrorisme », n’était pas « contraire au principe d’égalité ».

Aujourd’hui, un fonctionnaire ou un élu peut également perdre sa nationalité s’il est convaincu de concussion (malversation), corruption et trafic d’influence ou espionnage. La loi Guigou de 1998 a maintenu ces possibilités, tout en stipulant que la déchéance ne peut être prononcée si elle rend un individu apatride. Seuls les binationaux sont concernés. D’après le ministère de l’Immigration, il n’y en a pas eu depuis 2006. Et pas plus d’une trentaine depuis le début de la décennie.

la Stigmatisation des Roms et des gens du voyage

La polémique a démarré lorsque Nicolas Sarkozy a annoncé le 21 juillet la convocation, la semaine suivante, d’une réunion « sur les problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms ». Dans cette déclaration, le Président promettait « les expulsions de tous les campements en situation irrégulière ». Ont suivi les démantèlements de camps et des expulsions de ressortissants roumains et bulgares, les Roms n’étant pas les seuls visés. Depuis, la controverse n’a pas cessé. Fin août, le Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale (Cerd) accusait la France de pratiquer les renvois « collectifs » de ressortissants roumains et bulgares. Or, le droit européen n’autorise que les expulsions « individuelles ». « Ce ne sont pas des reconduites collectives, mais des reconduites individuelles », a répondu Besson. La France a également été accusée de faire pression sur les Roms pour qu’ils acceptent de rentrer chez eux « volontairement », en échange d’un petit pécule : 300 euros par adulte, 100 par enfant. Plus de 8 300 Roms ont été renvoyés entre le 1er janvier et la fin août. D’après Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, « 88 camps ont été démantelés ».

le Recul des droits des étrangers

Besson l’avait annoncé : son projet de loi comprendra des amendements sanctionnant « l’abus du droit au court séjour ». En théorie, les ressortissants de l’UE peuvent séjourner trois mois dans tous les Etats sans formalité. Mais le ministre de l’Immigration accuse les Roms de « faire une noria pour échapper à la législation sur les courts séjours ». En clair, de multiplier les allers et retours entre leur pays et la France. Un autre amendement, a-t-il annoncé hier, permettra la reconduite dans leur pays d’origine de ceux « qui représentent une charge déraisonnable pour notre système d’assistance sociale ». Un troisième amendement visera les « auteurs d’actes répétés de vols ou de mendicité agressive ».

Ce texte, le deuxième depuis l’élection de Sarkozy, réduit aussi les droits des étrangers en situation irrégulière : à l’avenir, une personne placée en centre de rétention devra attendre cinq jours, au lieu de quarante-huit heures aujourd’hui, avant de comparaître devant le juge des libertés et de la détention, dont le rôle est essentiel puisqu’il se prononce sur la légalité des conditions d’interpellation. Pendant ces cinq jours, le juge administratif aura le temps de statuer sur la légalité de la mesure d’expulsion, voire de la mettre à exécution.

Les associations s’insurgent contre ce qu’ils qualifient de « bannissement » des sans-papiers expulsés : ceux-ci peuvent se voir interdire de déposer une demande de visa pour entrer, légalement cette fois, dans l’espace Schengen, pendant deux à cinq ans. Autre point litigieux : Besson propose la création de zones d’attente virtuelles, comme celles existant dans les aéroports. Cet artifice permettrait de considérer que ces personnes, bien que se trouvant en France, n’y ont pas encore mis les pieds. Or les règles de protection des étrangers cueillis à la descente de l’avion sont moins strictes que celles s’appliquant aux personnes interpellées sur le territoire national.

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Sans-papiers : Besson durcit le ton

13 septembre 2010 - Métro

Le ministre a présenté ce lundi son projet de loi sur l’immigration. Un texte qui va au-delà des exigences européennes et qui suscite la colère des associations.

Pour la quatrième fois en sept ans, un projet de loi va modifier le sort des étrangers en France. Son auteur, Eric Besson, a précisé ce lundi que le texte, étudié par les députés à partir du 28 septembre, oriente la lutte contre l’immigration illégale vers une plus grande "fermeté". Doux euphémisme, dénoncent les associations de soutien aux immigrés, comme en atteste la multiplication des démantèlements des camps de Roms.

Le projet prévoit notamment la transposition en droit français de trois directives européennes. L’une, appelée "carte bleue", est un outil de promotion de l’immigration des travailleurs étrangers les plus qualifiés. La directive "sanctions" vise à punir plus sévèrement les employeurs d’étrangers sans titre de séjour. C’est la directive "retour", rebaptisée "directive de la honte" par les associations, qui concentre les critiques. Elle prévoit de coupler une expulsion du territoire français à un bannissement de tout le territoire européen d’une durée maximale de cinq ans. Si la France est tenue de transposer cette mesure, rien ne la contraint en revanche à allonger la durée du maintien en rétention des étrangers en situation irrégulière, fixée par l’UE à 18 mois maximum.

Pourtant, de 32 jours au maximum actuellement, ce délai devrait passer à 45 jours. Et l’étranger placé en centre de rétention passera devant le juge administratif, chargé de statuer sur la légalité de la mesure d’éloignement, avant de s’entretenir avec le juge des libertés et de la détention, chargé de contrôler que ses droits sont bien respectés. Censée rendre "l’action administrative plus cohérente" selon le gouvernement, cette mesure serait en réalité un moyen de "rendre vaine l’action du juge au profit de l’administratif", estime Violaine Carrère, du Gisti (groupe d’information et de soutien aux immigrés). Pour le collectif Uni/e/s contre une immigration jetable, dont le Gisti fait partie, le "gouvernement, sous couvert d’une simple transposition des directives, aggrave sa politique d’hostilité aux étrangers".

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Plusieurs députés veulent faire payer les soins aux sans-papiers

11 septembre 2010 - Nord Littoral - A. TH.

Jusqu’à présent toute personne présente sur le territoire national pouvait avoir accès aux soins médicaux. En réformant l’aide médicale d’État (AME), plusieurs députés souhaitent faire payer ces soins aux étrangers sans-papiers.

Le durcissement de la politique se poursuit à l’égard des populations immigrées et plus généralement des laissés-pour-compte. Plusieurs parlementaires de droite envisagent une réforme de l’aide médicale d’État. Cette AME permet la prise en charge des soins des étrangers sans papiers et sans ressources à condition qu’ils justifient d’au moins trois mois de présence en France (lire page ci-contre). C’est l’un des paradoxes de la mesure : faire payer des personnes qui sont sans aucune ressource. François Fillon et plusieurs parlementaires n’envisagent pas - pour le moment - la suppression pure et simple de l’AME mais la participation financière des bénéficiaires. Fixée dans un premier temps à 15 euros par Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, cette contribution forfaitaire a été élevée à 30 euros par François Fillon, Premier ministre. Celle-ci serait à régler au moment de l’ouverture des droits et de son renouvellement sous la forme d’un timbre fiscal spécialement édité car les caisses primaires d’assurance maladie ne peuvent percevoir d’espèces. Cela pourrait rapporter six millions d’euros.

La médecine générale pour les plus pauvres

En 2009, l’AME a coûté 546 millions d’euros. Son budget a augmenté de 15% en un an. « Les dépenses de l’AME ont augmenté quatre fois plus vite que les dépenses du régime général ou de la CMU, ce n’est pas normal », s’offusque, dans le "Journal du dimanche"*, le député Thierry Mariani (UMP) qui remet cette réforme à l’ordre du jour. Au contraire le Dr Martine Devries, de Médecins du monde, donne une explication à cette augmentation : « Les déboutés du droit d’asile sont de plus en plus nombreux. Leur nombre a augmenté de 20%. Tant que leur demande est étudiée par une préfecture, ils bénéficient de la CMU. Dès lors qu’ils sont déboutés, ils n’y ont plus droit et sont éligibles à l’AME. »

Selon un rapport officiel : « L’AME est justifiée »

Le député du Vaucluse argumente : « Les Français ou les étrangers en situation régulière se voient appliquer un forfait hospitalier, pas les clandestins ! Les fraudes à l’AME sont nombreuses car il n’y a pas de contrôles. Comme il n’y a pas de fichier centralisé, un étranger peut déposer simultanément quatre demandes. Je pense qu’il faut que le parlement se saisisse de cette question rapidement. » Les associations humanitaires et les ministres de la Santé successifs se sont toujours opposés à de trop grandes restrictions sur ce sujet. « C’est une affaire de santé publique, explique un fonctionnaire du ministère de la Santé, les étrangers hésitent déjà à se faire soigner. En voulant traquer des fraudes marginales, on risque de mettre en danger notre système sanitaire. » Médecins du monde considère en effet que près de 80% des sans-papiers négligent leur santé. Fort heureusement, Calais dispose d’une permanence d’accès aux soins de santé. Cette Pass permet à tous les exclus de la sécurité sociale (migrants ou sans-abri) d’être soignés gratuitement.
Le député Claude Goasguen chargé par le groupe UMP d’un rapport sur le coût de l’immigration et par l’Assemblée nationale d’une étude sur l’AME et la couverture maladie universelle (CMU) a prévenu cet été François Fillon qu’il ne laisserait pas « supprimer des niches fiscales qui touchent les aides à domicile si l’on ne surveille pas mieux l’AME ». Le parlementaire ne craint pas le paradoxe. Un rapport de l’Inspection générale des finances et de l’Inspection générale des affaires sociales intitulé "Rapport sur la gestion de l’aide médicale d’État" de mai 2007 affirmait que « le dispositif de l’AME a été sous-budgétisé depuis sa création, créant une dette annuelle de l’État envers l’assurance maladie ». Depuis les retards n’ont de cesse de se cumuler. Ce rapport relève également que « l’AME ne constitue pas une source d’abus majeure et s’avère justifiée au regard de la santé publique. L’État doit donner davantage de moyens L’AME couvre des dépenses justifiées et doit être améliorée ».

« Une malhonnêteté rare »

Cette proposition pourrait être débattue lors du projet de loi de finances, c’est-à-dire sans attendre les conclusions d’une mission d’évaluation menée par l’Inspection générale des affaires sociales et par l’Inspection générale des finances demandée par Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, et François Barouin, ministre du Budget. « Ce qui est tout de même d’une malhonnêteté rare », raille le Dr Martine Devries.

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Une association hollandaise distribue des repas à Calais

10 septembre 2010 - Nord Littoral - Annie Voeung

L’association hollandaise Rampenplan a distribué hier des soupes gratuitement place d’Armes, à l’appel des no-borders. Le but : partager un repas avec non seulement les migrants mais aussi avec n’importe quel Calaisien ou touriste.

Une soupe à base de poivrons, d’oignons et de pâtissons. Voilà ce que l’association hollandaise Rampenplan a distribuée gratuitement hier après-midi sur la voie publique, place d’Armes, à l’appel des no-borders. Plusieurs dizaines d’entre eux étaient sur place, pour la plupart de jeunes anglophones ainsi que quelques migrants africains. _ Cette distribution a lieu le lendemain des évacuations des squats par la Paf et la police rue Descartes et rue de Riga.
Mais Camille, bénévole des Rampenplan affirme que lui et les autres membres sont là depuis lundi.
« On ne prépare pas seulement à manger pour les migrants, mais aussi pour tous les Calaisiens et les touristes qui souhaitent partager notre repas. On ne sert que des légumes bio. Le but, c’est que les gens mangent sainement », explique Camille, cuisinier bénévole. Il raconte que l’association existe depuis vingt-sept ans. "Rampenplan" signifie "évacuation d’urgence". Ce terme est employé lors des évacuations de centrales nucléaires.
« On a servi des repas pendant des manifestations antinucléaires. Pendant les manifestations, les militants ont faim. C’est important de leur servir à manger », poursuit Camille. Les membres de Rampenplan, venus au nombre de sept, vont servir des repas tous les jours, au déjeuner et au dîner jusqu’à dimanche, à Calais. Mais le bénévole n’a pas souhaité divulguer les lieux. Pour l’instant, l’association n’a pas d’autorisation de distribution de repas sur les lieux publics. Hier après-midi, deux policiers sont allés questionner quelques membres des no-borders. « On s’est arrêté car on a vu un rassemblement sur la voie publique », affirme l’un d’eux.
Du côté de la mairie, Natacha Bouchart affirme ne pas avoir été mise au courant de cette distribution. « Ce sont des étrangers qui perturbent la tranquillité des habitants. Si cela se reproduit, je vais solliciter les services de l’État et prendre des mesures. Il y a des associations qui distribuent déjà des repas. Pour avoir l’autorisation de le faire, il faut adresser une demande à la mairie. Et jusqu’à présent, je n’ai jamais refusé », affirme le maire.

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Embarquement pour la jungle de Calais avec Philippe Eurin comme « passeur »

10 septembre 2010 - La Voix du Nord - J.-H. Mabille de P.

De 2007 à 2009, Philippe Eurin, chargé de la communication du groupe Hopale, s’est rendu, chaque fois qu’il a pu, dans la « Jungle » de Calais, jusqu’à son démantèlement le 22 septembre 2009. Il en a tiré un petit livre plein de fraternité et de réflexions utiles pour l’avenir et avec quelques portraits d’hommes et de femmes inoubliables.
Il est allé régulièrement à Calais pendant plus de deux ans, avec un ami photographe, Jérôme Equer, avec lequel il avait réalisé, il y a plusieurs années, un superbe livre, « Traumas », sur les accidentés brisés des hôpitaux de Berck. Philippe Eurin, effaré, a vu à l’oeuvre la poignée de bénévoles submergés chaque jour par le flot des migrants, comme châteaux de sable par la marée montante. Mais chaque jour renaissants.
« À la fin de chaque journée, j’étais épuisé de voir. Mais en même temps, plein de bonheur. Cette humanité, cette fraternité, ça me réconfortait, ça me redonnait plein de forces, on ne peut pas imaginer. » Il a pris des notes même si devant tant de visages fugitifs, de misères et de peurs, écrire un livre lui apparaissait totalement incongru. « Je me déculpabilisais en apportant toujours des vêtements... » Finalement, il a voulu témoigner, même si les mots étaient bien trop petits pour contenir ce qu’il avait vu. « Ça rentrait encore moins dans les phrases ! » Un épuisant travail d’écriture : « Maintenant je ne m’embêterai plus avec des histoires et des phrases. J’écrirai des poèmes, ce sera bien plus facile ! »Philippe Eurin nous rend le coeur tout brûlant au contact de ces Afghans, Érythréens, Irakiens, de 14 ou 15 ans, qui lui offrent le thé, cinq cents toujours en mouvement, harcelés par les uniformes, à attendre chaque jour leur ration de nourriture ou des baskets non trouées de la main d’une poignée de Calaisiens. Les noms de Sangatte ou de Calais sont connus maintenant universellement. « Quelle image magnifique, ils donnent de Calais ! Ce sont des résistants, comme pendant la guerre, de vrais héros. Ils rentreront dans l’histoire. Pas maintenant. Mais ils auront leur statue comme celle des Bourgeois de Calais ! » Aujourd’hui, la « Jungle » n’est plus. Mais les migrants sont toujours là, aussi nombreux, éparpillés dans la ville et sur toute la côte, guettant les camions vers l’Angleterre, aidés par des Calaisiens coupables du « délit d’entraide ».

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Des évacuations de squats improvisées pour bien préparer la venue d’Éric Besson ?

9 septembre 2010 - Nord Littoral - F. D. et V. P

Hier, deux squats de Calais, occupés par des migrants et des militants no-borders ont été évacués par les forces de l’ordre.

C’est vers 7 h 30, hier matin, que les premiers véhicules de forces de l’ordre se sont déployés du côté de la rue Descartes. Dans la foulée, on annonçait, à la Police aux frontières (PAF) qu’il ne s’agissait que « d’une opération de police classique », comme il y en a désormais au quotidien à Calais. La PAF n’a pas voulu communiquer de manière plus explicite sur le sujet. En tout cas, à la matinée, dix-neuf personnes, dont onze migrants, ont été placées en garde à vue. Les no-borders étaient sur place pour manifester leur colère vis-à-vis de la politique ultra-sécuritaire, voire « fasciste », menée vis-à-vis des migrants de Calais.

Des personnes placées en garde à vue

Une deuxième opération similaire a eu lieu, à l’heure du déjeuner, rue de Riga à Calais-nord cette fois. Il s’agissait d’évacuer un logement désaffecté appartenant à l’OPH de Calais. Cette fois-ci, cinq migrants, d’origine soudanaise, ont été arrêtés. La police de Calais est arrivée vers 11h30. L’opération a duré plus de deux heures. Là aussi, des militants de No border et d’autres associations calaisiennes soutenant la cause des migrants étaient présents.
Joint hier après-midi, l’OPH confirmait cette opération. « Ce bâtiment était occupé par quelques no-borders qui avaient défoncé la porte le matin même et s’y étaient installés. C’est un logement qui était inhabité depuis un mois. » Du côté du bailleur, on rajoute que ce bâtiment « n’était équipé ni de chauffage central, ni d’arrivée d’eau ». Les services de l’OPH devraient d’ailleurs trouver prochainement une solution pour ce bâtiment, qui pourrait être détruit. Ces deux opérations, qui ont mobilisé des hommes de la PAF de Coquelles, ont eu lieu quatorze jours avant le premier anniversaire du démantèlement de la Jungle, qui s’était déroulé le 22 septembre 2009 en présence du ministre de l’immigration Éric Besson. Un ministre dont la visite à Calais est annoncée prochainement à Calais. Le 22 septembre prochain très certainement. Une date anniversaire symbolique.

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« Sarkozy est aussi un immigré ! »

8 septembre 2010 - Le Journal des Flandres - Claire Hohweyer

Les airs de guitare manouche à la Django Reinhardt résonnaient comme pour rappeler que cet illustre musicien, aujourd’hui adulé, est pourtant né dans une roulotte en Belgique.

Ce 4 septembre, sur la place Jean-Bart à Dunkerque, il n’y avait pas de roulotte, mais bien l’ancienne caravane d’une famille rom, le père, la mère et leurs 7 enfants, soutenue par Thérèse-Marie depuis 4 ans.

« Une ineptie ! »

Avant la polémique, cette famille rom, qui vivait route de Furnes à Coudekerque-Branche, a vécu la démolition de leur camp de fortune à l’instar d’autres phratries, aujourd’hui éparpillées sur le Dunkerquois. Depuis, sous l’impulsion du Ministère de l’intérieur et du président Sarkozy, les camps de Roms sont rayés de la carte et leurs populations "raccompagnées" dans leur pays d’origine. Une indignation pour Christine, venue de Cassel, membre du Mrap : « c’est une politique sécuritaire inutile ! Je ne comprends pas qu’on les mette dehors alors qu’il y a eu beaucoup d’immigrés en France. D’origine hongroise, Nicolas Sarkozy lui-même en fait partie ! ». Le Carrefour des solidarités, le Mrap, Emmaüs* qui soutiennent également la famille, étaient également présents pour, comme dans toute la France ce jour-là, marquer leur colère face à « la xénophobie et à la politique du pilori », annonçait le tract distribué. Afin d’affirmer encore plus ce « déni d’humanité » comme certains l’appellent, une pétition était présentée à tous ceux qui voulaient bien la signer. Parmi eux, des élus de gauche, dont Michel Delebarre, « il s’agit là d’un problème séculaire. Les Roms sont européens, certains sont Français et ont un style de vie connu de tout le monde. On flatte le mauvais côté d’un certain nombre de nos concitoyens. De la part d’un gouvernement, je ne crois pas que ce soit en flattant ces mauvais réflexes qu’on fait avancer un pays. » Pour beaucoup des personnes présentes, « parler des Roms permet au gouvernement d’éviter de parler des vrais problèmes », relayait Jean Sename, président de la Ligue des droits de l’Homme. *Etaient représentés aussi les Unions Locales CFDT, CGT, CLX, Dunkerque-Gaza, Egalité républicaine, Europe écologie/les Verts, France-Palestine-solidarité, Groupe non-violent Louis Lecoin, LDH, Médecins du monde, Modem littoral, NPA, PCF ? PS, Réseau éducation sans frontières, Salam Nord-Pas-de-Calais, SGEN-CFDT, SNES-FSU, SNESUP-FSU, Terre d’errance littoral.

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Attaques contre l’Aide Médicale d’État : opposition des associations

6 septembre 2010 - CISS, FNARS, ODSE, UNIOPSS

Le durcissement de la politique se poursuit à l’égard des populations immigrées, avec pour nouveau cheval de bataille la volonté du gouvernement et de certains parlementaires de faire payer 30 euros pour bénéficier de l’Aide médicale Etat (AME), voire d’en limiter les soins couverts aux seules urgences. Or l’Aide médicale est vitale. Créée sous la 3ème République pour les plus pauvres, qu’ils soient français, étrangers, sans-papier, l’Aide médicale est tombée en désuétude depuis la réforme CMU, sauf pour les étrangers privés de ressources et démunis de titre de séjour qui restent exclus de la couverture maladie universelle.

Loin de l’équité, cette mesure particulièrement injuste constitue un recul majeur de la politique de santé, à rebours des principes fondateurs de l’aide sociale. De plus, cette proposition risque d’être débattue lors du projet de loi de finances, donc sans attendre les conclusions d’une mission d’évaluation des Inspections générales des Affaires sociales et des Finances dernièrement annoncée par la ministre de la Santé.

La FNARS, l’ODSE, l’UNIOPSS et le CISS réitèrent leur opposition à cette proposition, déjà dénoncée dans une lettre ouverte à Madame Roselyne Bachelot-Narquin le 29 juillet dernier et restée sans réponse à ce jour.
Cette mesure est en effet :

  • Dangereuse en termes de santé publique : cette mesure ne fera qu’augmenter la difficulté d’accès aux soins de personnes fortement précarisées. Créer un obstacle financier pour l’accès aux soins de personnes en situation de survie (moins de 634 euros par mois), c’est retarder la prise en charge médicale donc contribuer à mettre à terre l’ensemble des politiques de prévention. Réserver les soins aux seules urgences est une aberration en terme de santé publique.
  • Economiquement catastrophique : cette mesure, si elle fera probablement diminuer artificiellement le nombre de bénéficiaires dans un premier temps, se soldera en gouffre financier quand les personnes entreront tardivement à l’hôpital à des stades avancés de leur pathologie. Loin de rapporter de l’argent dans les caisses de l’Etat, cette contribution est un piège à retardement pour les finances publiques
  • Socialement injuste et discriminatoire : contrairement à ce que certains voudraient faire croire, les bénéficiaires de l’AME ne se trouvent en aucune manière dans une situation plus favorable que les assurés sociaux. A conditions de ressources équivalentes, les assurés sociaux peuvent bénéficier gratuitement de la complémentaire‑CMU qui leur garantit une prise en charge des soins supérieure à celle attachée à l’AME. Par ailleurs, une participation de 30 euros par adulte est loin d’être négligeable pour les personnes concernées. Il s’agit d’un obstacle réel qui s’ajoute à l’ensemble des impôts et contributions de toute nature déjà versés par ces populations à la collectivité.

Nos organisations demandent l’abandon de ce projet de réforme. Cette mesure n’a pas d’autre but que de stigmatiser encore un peu plus les étrangers et aura pour conséquences la précarisation grandissante des personnes visées et le délitement du lien social. Il s’agit pour le gouvernement d’une question de cohérence : il avait en effet justifié l’instauration des franchises médicales dans la mesure où elles épargnaient les plus fragiles et les plus pauvres, à savoir les bénéficiaires de la complémentaire-CMU et de l’AME. Est-ce à dire que l’exigence de santé publique et de justice sociale est désormais dépendante du statut administratif de chacun ?

3 septembre 2010

Organisations signataires :

  • CISS (Collectif interassociatif sur la santé)
  • FNARS (Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale)
  • ODSE (Observatoire du droit à la santé des étrangers)
  • UNIOPSS (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux)

Rassemblement citoyen à Bailleul

5 septembre 2010 - FTS - Claire Cleenewerck

Flandre Terre Solidaire a relayé sur Bailleul l’appel à un rassemblement citoyen. Hier, plus d’une centaine de personnes de tous horizons s’est rassemblée devant l’hôtel de ville de 11 h 30 à 12 h 30.
Pour une ville de 15000 habitants, ce n’est pas si mal, une très petite partie seulement se serait déplacée sur Lille, Tourcoing ou Dunkerque.
Les presses locales étaient présentes et relateront cet événement dans les prochains jours.
Nous avons pris le parti de lire intégralement la Déclaration des droits de l’Homme de 1948 devant une assemblée très attentive. Les lecteurs, surtout des représentants politiques ou d’association, sont venus spontanément se relayer au micro pour cette lecture. Celle-ci fut chaleureusement applaudie. Entre les piliers de l’hôtel de ville avait été fixée une banderole avec les mots de "liberté, égalité, fraternité", valeurs de notre république. Une autre banderole avec le texte "ensemble pour les droits de l’Homme" était plantée à l’entrée de la grand-place.
Le temps qui restait a été laissé à une tribune libre, intervenait qui voulait. Notre maire-conseiller général a fait un discours très émouvante en soulevant en particulier la gestion de l’accueil des Roms et des gens du voyage. La conseillère régionale a également pris la parole en s’appuyant sur la Déclaration des droits de l’Homme pour un monde plus en paix.
Nous ne regrettons pas cette initiative qui donnera un coup de projecteur localement sur les protestations face aux discriminations.

Menacés dans leur pays, pourchassés dans le nôtre, les demandeurs d’asile

4 septembre 2010 - Médiapart - Martine et Jean-Claude Vernier

La main reste suspendue au dessus du clavier au moment de relater les avanies incroyables que doivent supporter des demandeurs d’asile un peu partout en France, en dehors de tout respect des engagements internationaux. Squat-prison à Gonesse, chasse à l’homme à Nice. Des regroupements de citoyens tentent tant bien que mal d’amortir les chocs.

Nous avons déjà exposé en juillet et en août la précarité imposée aux demandeurs d’asile, pourtant dûment enregistrés comme tels par les préfectures. La récurrence de situations scandaleuses nous conduit à reparler des calvaires endurés par un grand nombre d’entre eux.

Il leur faut attendre de longs mois pour obtenir la réponse de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) à leur demande de protection. A partir du moment où il les reconnaît comme demandeurs d’asile (ce qui est une première bataille), l’Etat doit leur procurer toit et nourriture, en vertu des conventions internationales signées par la France.

La galère niçoise a continué tout le mois d’août.

"Nous vous rappelons que le traitement réservé, le 11 août dernier, aux effets personnels des demandeurs d’asile (vol et destruction par des personnes en uniforme) a fait l’objet d’une plainte déposée auprès du Procureur de la République. (…)

Rappelons que ces jeunes, issus de la corne de l’Afrique et du Caucase, ayant fui les sévices et les dictatures, et ayant déposé une demande d’asile en France, après avoir passé l’hiver dehors puis au PECOS avec le soutien de citoyen-nes et d’associations, ont été hébergés quelque temps par la préfecture (contrainte par la Justice et en choisissant la solution la plus onéreuse !).

Depuis plusieurs semaines, de nouveau jetés à la rue malgré les règlements en vigueur,

Ils dorment sur la parking de Paillon, mangent et se lavent grâce aux associations.

Soutenus tant bien que mal par un tout petit nombre de citoyen-nes (autres êtres humains, leurs semblables…).

Ce ne sont ni des délinquants ni des profiteurs.

Ce sont des victimes de dictatures que notre pays a souvent soutenues ;

Ce sont des victimes d’une politique xénophobe de division ;

Ce sont des victimes d’une ambiance locale de mépris."

Le collectif de soutien aux demandeurs d’asile (Association pour la Démocratie à Nice, CIMADE, Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement-Terre Solidaire, COVIAM, Don Quichotte de Nice, Habitat&Citoyenneté, NPA, Pastorale catholique des Migrants, Secours Catholique, Vie&Partages... liste non limitative) et des citoyen-ne-s engagé-e-s à titre personnel veillent sur leurs abris et leurs maigres bagages, pourchassés qu’ils sont de parking en esplanade, car des opérations de "nettoyage" sont régulièrement organisées.

Fin août, une délégation de ces mouvements est reçue à la préfecture des Alpes Maritimes.

"On a donc été reçus. (…) Il a fallu entendre des "perles" du genre :

- "mais, ils ne sont que quatre ou dix maximum ces demandeurs d’asile" (rappelons qu’ils sont 89)

- "avec 320€ par mois et en se regroupant à quatre dans une chambre, ils doivent pouvoir se débrouiller"

- "on les a hébergés à l’hôtel parce qu’il y avait urgence climatique" (Cet hiver, ce sont les associations et les citoyens qui ont pris soin de nos amis)

- "on a mission de lutter contre les campements illicites" (cela veut dire, les amis, qu’il faut créer un campement...licite, non ?) (...)

- on a même entendu l’un de nos interlocuteurs considérer que les familles sous EURODAC avaient vocation à rejoindre la Pologne sans délai et que rien n’obligeait à leur hébergement en attendant leur départ (et pourtant, elles ont gagné au Tribunal Administratif le droit élémentaire de se maintenir dans les hôtels jusqu’à leur départ. La justice est pour certain une inutile garniture de la République)

Il n’est si bonne compagnie qui ne se quitte. Alors, pardon pour cette personnalisation, mais j’en ai eu assez, je me suis levé et je suis parti en faisant l’économie des civilités. (...)

On humilie en France des demandeurs d’asile et nous on reste avec eux. Plus que jamais ! Nous explorons des pistes de mise à l’abri..."

30 août. A l’autre bout du pays, Le Parisien relate la découverte à Gonesse (Val d’Oise) par deux associations d’aide aux migrants d’une soixantaine de demandeurs d’asile squattant depuis plus d’un mois un immeuble désaffecté. "Nous vivons sous la surveillance constante de vigiles et de leurs chiens, nous avons peur de sortir pour nous ravitailler, raconte un réfugié."

Comment se fait-il que l’on rencontre un peu partout en France ces situations hallucinantes et indignes, qui sont dénoncées depuis des mois ? Cette situation était prévisible, sinon programmée.

La procédure de demande d’asile comporte trois étapes, étudiées en détail dans un rapport de La Cimade de janvier 2010, Voyage au centre de l’asile : le dépôt de la demande, son examen par l’OFPRA (22% d’accord de protection en 2009 après élimination des demandes jugées infondées dès leur réception) et un éventuel appel auprès de la Cour Nationale du Droit d’Asile (environ 26% de succès en 2009), Elle se déroule sur une durée de un à deux ans, période longue pendant laquelle l’Etat doit donner au demandeur les moyens de vivre correctement, l’autorisation provisoire de séjour ne valant pas autorisation de travailler.

La réponse institutionnelle à cette obligation, ce sont les Centres d’Accueil pour Demandeurs d’Asile (CADA), gérés par des associations sous contrat avec l’Etat. Le nombre de places en CADA étant généralement insuffisant, les demandeurs non logés reçoivent une Allocation Temporaire d’Attente (ATA) d’environ 316 € par mois, versée par les Pôles Emploi (pas encore résidents et déjà chômeurs... c’est toute une philosophie). Avec une telle ressource, si l’on ne peut pas se faire héberger par des connaissances pour dormir sous un toit, il reste la rue ou le squat.

Le début des années 2000 a vu une crise d’hébergement grave, due à une augmentation importante des demandes. Toujours selon La Cimade, "les demandes d’asile ont connu une augmentation continue de 1999 à 2003 puis les premières demandes ont commencé à baisser mais l’augmentation du nombre de réexamens a maintenu à la hausse le nombre total de demandes. Les premières demandes ont chuté de près de 50% entre 2005 et 2007 avant de répartir à la hausse." Tandis que le nombre de demandeurs d’asile passait de 30 000 en 2007 à 39 000 en 2009, la capacité d’accueil en CADA est passée de 20 700 places en 2007 à 21 400 en 2009 - sur l’ensemble du territoire métropolitain (mais aucune en Guyane, où survivent 900 demandeurs d’asile, ni à Mayotte).

Une note de mai 2010 décrit un dispositif d’accueil au bord de l’explosion. Au manque chronique de places d’accueil s’ajoutent les effets de la réforme de mai 2009, "qui oblige les demandeurs d’asile à déposer leur demande à la préfecture de région et non plus à la sous-préfecture la plus proche de leur lieu de « résidence » provisoire… Conséquence : un dispositif d’accueil déstabilisé et des demandeurs d’asile livrés à eux-mêmes."

En bon français : peut-être que la France va accepter de vous prendre sous sa généreuse protection mais, en attendant, demerden sie sich ! ou, pour les latinistes, demerdate fratres !. Les associations et les citoyens de bonne volonté, aussi motivés et inventifs soient-ils, ne peuvent pas, à eux seuls, combler la béance de cet abandon.

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Irakiens : La HCR rappelle l’UE à l’ordre

3 septembre 2010 - Le Journal du Dimanche

Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a demandé vendredi aux gouvernements européens de cesser d’expulser des Irakiens et a dénoncé la troisième série de rapatriements forcés menée par ces pays depuis le mois d’avril. Un vol charter avec à son bord une soixantaine d’Irakiens vivant en Grande-Bretagne, au Danemark, en Norvège et en Suède a atterri mercredi à l’aéroport de Bagdad. "Nous invitons fermement les gouvernements européens à accorder protection aux Irakiens jusqu’à ce que la situation dans leurs régions d’origine permette des rapatriements volontaires, en toute sécurité", a ainsi conseillé Adrian Edwards, porte-parole du HCR.

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Des expulsions choquantes en Europe

3 septembre 2010 - Afrique Actu - Jean-Pierre Ndongo

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) a exprimé vendredi son inquiétude face aux expulsions d’Irakiens de plusieurs pays d’Europe de l’Ouest.

« Le 1er septembre un avion charter avec à son bord 61 personnes dont la plupart sont des Irakiens qui ont résidé en Suède, en Norvège, au Danemark et au Royaume-Uni a atterri à l’aéroport de Bagdad », a déclaré vendredi un porte-parole du HCR, Adrian Edwards, lors d’une conférence de presse à Genève, en Suisse.

Les directives du HCR concernant les Iraquiens est « de demander aux gouvernements de ne pas renvoyer de force les personnes originaires des provinces de Bagdad, Diyala, Kirkouk, Ninive et Salah Al-din », a ajouté Adrian Edward en soulignant que les demandeurs d’asile iraquiens de ces cinq provinces devaient bénéficier de la protection de la Convention relative au statut des réfugiés de 1951 où d’une autre forme de protection.

Le HCR considère que l’insécurité et les risques qui caractérisent ces zones sont « des raisons valides pour accorder une protection internationale ».

« Nous exhortons fermement les gouvernements européens à fournir aux Iraquiens une protection jusqu’à ce que la situation sécuritaire de ces zones leur permettent de rentrer volontairement et en toute sécurité. L’Iraq vit un moment critique de sa transition, nous encourageons également tous les efforts pour développer dans le pays les conditions favorables aux retours volontaires et durables », a précisé le porte-parole du HCR.

Les violences actuelles dans le pays ont provoqué des déplacements massifs de populations. Plus de 1,5 million de personnes sont toujours déplacées dans le pays et des centaines de milliers d’autres ont trouvé refuge dans les pays voisins, principalement en Syrie et en Jordanie.

« Nous sommes très préoccupés par le signal envoyé par les pays d’Europe de l’Ouest aux pays voisins en expulsant les Iraquiens », a conclu Adrian Edwards.

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Les cinq associations présentes dans les centres de rétention administrative dénoncent unanimement le projet de loi sur l’immigration

3 septembre 2010 - La Cimade

Le 2 septembre 2010, les associations présentes dans les centres de rétention administrative, ASSFAM, La Cimade, Forum Réfugiés, France Terre d’Asile et l’Ordre de Malte France, ont été reçues à la demande du ministre de l’immigration, Eric Besson, afin d’échanger sur le projet de loi relatif à l’immigration.

Les associations ont préalablement indiqué qu’elles regrettaient de ne pas avoir été associées à un véritable débat dès l’élaboration du projet de loi.

Elles constatent que l’esprit de la réforme qui leur est présentée durcit les dispositions applicables en matière de privation de liberté des étrangers et par conséquent affectent sérieusement leurs droits fondamentaux.

Elles dénoncent l’usage de la transposition de directives européennes comme prétexte d’une énième modification de la loi. Nombre de dispositions présentées vont en effet bien au-delà des textes européens et sont bien peu inspirées par un esprit républicain.

Elles s’inquiètent du pouvoir qui sera accordé à l’administration dans l’application de la politique de l’immigration, notamment au détriment du pouvoir de contrôle du juge judiciaire qui est une exigence de l’Etat de droit.

Les associations constatent que la volonté affichée de simplification par le projet de loi masque en réalité une complication de la législation française en matière de droit des étrangers.

Les associations signataires dénoncent plus précisément :

  • La privation de liberté d’un étranger et sa rétention pendant cinq jours sans présentation au juge judiciaire garant des libertés individuelles.
  • La réduction du pouvoir du juge judiciaire qui ne pourra plus tirer les conséquences légales de certaines irrégularités.
  • L’allongement inutile à 45 jours de la durée de la rétention, qui entraînera des souffrances supplémentaires pour les personnes concernées.
  • Un nouveau régime des mesures d’éloignement qui porte atteinte au droit des étrangers à une défense équitable.
  • La création d’un bannissement administratif sans aucune protection pour certaines catégories de personnes.
  • La création de zones d’attente « mobiles », véritable régime d’exception préjudiciable pour les étrangers.
  • Les entraves supplémentaires mises à l’exercice du droit d’asile.

Les associations jugent sévèrement cette réforme qui aggravera considérablement la situation des étrangers en rétention et qui pourra conduire à la multiplication de gestes désespérés et à une dégradation du climat dans les centres.

Les associations unies dénoncent la précarisation juridique et sociale des étrangers contenue dans ce projet de loi et dans les multiples amendements annoncés.

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Nommé à Nice, Gérard Gavory, sous-préfet de Calais, revient sur les dossiers sensibles du Calaisis

3 septembre 2010 - La Voix du Nord - P. Martinache

Nommé secrétaire général de la préfecture des Alpes-Maritimes, Gérard Gavory quitte définitivement son poste de sous-préfet de l’arrondissement de Calais...

et son bureau de l’Esplanade Jacques-Vendroux qu’il occupait depuis 2007.

À Nice, où il est entré en fonction le 16 août dernier, Gérard Gavory a déjà pris la mesure du travail et des dossiers qui l’attendent, en qualité de secrétaire général, mais aussi de sous-préfet de l’arrondissement de Nice, poste qu’il conserve dans le cadre de ses attributions.

Pour le sous-préfet de Calais, cette nomination dans un département sensible, est une promotion récompensant ses succès dans la gestion des dossiers délicats auxquels l’actualité l’a exposé ces dernières années.

La nature de ces dossiers ? « Évidemment la politique migratoire et le démantèlement de la jungle » commente Gérard Gavory. Ce dossier, on s’en souvient, a d’ailleurs justifié sept déplacements d’Eric Besson, ministre de l’Intérieur, à Calais... « Le ministre a souhaité que l’on donne un coup d’arrêt à la migration sur Calais. Le dispositif de lutte contre les passeurs a été renforcé.

L’étanchéité de la frontière a elle-même été renforcée, ce qui passe par une meilleure coopération et une meilleure coordination avec les Britanniques. Il faut se souvenir que la jungle était devenue un problème d’ordre public avec une situation insupportable pour les entreprises périphériques et les personnes qui s’y trouvaient. J’observe aujourd’hui que la pression migratoire a fortement diminué avec une présence maximale de 200 à 250 migrants sur le Calais contre 1 200 l’an dernier ».

« Menace réelle »

Gérard Gavory évoque aussi « le volet humanitaire » de ce dossier compliqué, en insistant sur le rôle de médiateur qu’il a pu jouer auprès notamment des associations d’aide aux migrants. Gérard Gavory ne cache pas que la pression médiatique entourant ce sujet l’a souvent surpris. À ce sujet, s’est greffé celui des No Borders, en juin 2009, avec une présence policière spectaculaire à Calais. Gérard Gavory estime que « la menace était réelle et avait été appréciée au plus haut niveau de l’Etat » S’agissant de gestion de crise, Gérard Gavory évoque aussi l’incendie du tunnel sous la Manche, en septembre 2008, et le suivi qu’il a supposé dans le cadre du comité de sécurité et comité de sûreté dont le sous-préfet de Calais est membre.

« Une fois par mois, des rencontres avec les Britanniques ont permis de discuter des renforcements des contrôles à l’embarquement, des modifications des conditions d’intervention des services de secours dans le tunnel, et de la création de station d’extinction. C’est un travail considérable ».

S’agissant du transmanche, Gérard Gavory se souvient aussi des difficultés liées aux pannes Eurostar dans le tunnel, ainsi que des répercussions inattendues consécutives aux perturbations entraînées par l’éruption du volcan islandais.

Gérard Gavory n’oublie pas enfin le travail engagé sur la question de l’emploi, travail largement contrarié par la crise économique mondiale. Le tissu économique en a été largement affecté, comme l’ont illustré notamment les difficultés de la dentelle et de SeaFrance.

Une réception sera organisée aujourd’hui à 17 heures, en sous-préfecture, à l’occasion du départ de Gérard Gavory. Son successeur, Alain Gérard, devrait prendre ses fonctions à Calais ce lundi 6 septembre.

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La face cachée de l’Angleterre

2 septembre 2010 - Le Nouvel Observateur - Gilles Anquetil, François Armanet

L’écrivain anglaise d’origine bangladaise publie « En cuisine », un roman qui explore le melting-pot londonien et le modèle multiculturel britannique Par Monica Ali

Le Nouvel Observateur - La cuisine de l’Imperial Hotel à Londres, qui sert de cadre à votre nouveau roman, est-elle un miroir de la société multiculturelle britannique, avec son cocktail de cultures, de dialectes et de religions ?

Monica Ali. - Oui, la cuisine d’un grand hôtel est un endroit formidable pour un écrivain, car elle fournit une diversité d’histoires et de parcours qui fait se télescoper les quatre coins du monde. De la suite royale du dernier étage jusqu’à l’employé qui vide les ordures dans les sous-sols, l’hôtel brasse toutes les classes. Au début du livre, le personnage principal, Gabriel, le chef des cuisines, est aveugle à ce qui se passe autour de lui. Puis il commence à ouvrir les yeux. On pense souvent que l’expérience de la diversité culturelle est tonique, qu’elle génère enthousiasme et énergie - et c’est du reste mon avis -, mais elle peut aussi se révéler écrasante et épuisante pour certains. C’est ce que je voulais explorer sans pour autant porter de jugement sur cette attitude. Gabriel a des problèmes personnels importants : il doit gérer ses histoires intimes et faire marcher son restaurant. Je ne voulais pas porter de jugement sur le fait qu’il soit au départ imperméable à toute cette diversité : le fait d’être confronté à la différence est censé être stimulant, mais parfois nous rejetons purement et simplement cette confrontation et choisissons de ne rien voir.

N. O.- En tant que Londonienne, quels changements culturels avez-vous observés dans votre pays ?
M. Ali. - « En cuisine » reflète les changements que l’on a pu constater dans les modes migratoires. Gabriel a grandi dans une ville du nord de l’Angleterre dominée par l’industrie textile - une ville qui ressemble d’ailleurs à celle où j’ai moi-même grandi. Il y a un schéma bien établi qui veut que certains groupes ethniques se concentrent dans quelques poches géographiques définies par une culture et une activité économique : les immigrants d’Asie du Sud iront par exemple travailler dans les industries textiles, et c’est bien sûr lié à l’héritage colonial de l’Empire britannique. Ces schémas sont assez constants, même s’il y a des problèmes dans certains quartiers. Les nouveaux migrants tels que les dépeint la cuisine de l’Imperial Hotel sont très différents : on y trouve des plongeurs somaliens qui ont fui un pays en pleine décomposition, des Philippins ou des émigrés d’Europe de l’Est venus chercher du travail en Grande-Bretagne. Tous mènent des existences fantomatiques auxquelles personne ne s’intéresse. D’une part parce qu’ils viennent d’un peu partout, mais aussi parce que c’est assez déstabilisant de se pencher sur leur sort. En un sens, nos vies sont tributaires de leur travail, de ce qu’ils font dans les coulisses de notre société. Cette société clandestine, on décide de l’ignorer. Les chiffres officiels de l’immigration, légale ou illégale, sont passablement douteux. Mais toute notre économie repose sur les épaules d’une armée de travailleurs que nous traitons comme s’ils étaient invisibles.

N. O. - Votre livre cherche-t-il à mettre aussi en lumière les conséquences de la déréglementation du travail en Grande-Bretagne ?
M. Ali. - La déréglementation du marché du travail est une question dérangeante à laquelle les gens n’ont généralement pas envie de s’intéresser. Au cours des dernières années, les acquis syndicaux ont été largement démantelés au point que dans certaines grandes chaînes de supermarchés, comme Sainsbury’s ou Tesco, plus personne n’est vraiment responsable de quoi que ce soit : tout est sous-traité à l’extérieur. C’est un réel problème : au nom de la flexibilité et de la réduction des coûts, on a transformé le travail en un produit marchand. Du coup, peu importe comment les rayons sont approvisionnés et comment fonctionne le magasin. Mais derrière tout cela il y a des vies humaines, et non des produits, et des gens qui devraient être traités autrement.

N. O. - Le modèle multiculturel britannique est-il actuellement en crise ?
M. Ali. - Il y a quelques années, la question du multiculturalisme occupait le devant de la scène. Ce débat continue d’agiter les esprits : nous nous posons la question de savoir s’il ne vaudrait pas mieux promouvoir une identité britannique plus cohérente. Mais tout cela n’a pas grand sens et vise surtout à proposer des solutions qui ne fonctionnent pas. Le multiculturalisme a ses qualités et ses défauts. Tandis que je faisais mes recherches pour le livre, je suis retournée dans le nord de l’Angleterre afin de discuter avec les gens, particulièrement les Blancs âgés. Je les ai interrogés sur les changements qu’ils avaient constatés au fil des années dans leurs villes. Une femme, par exemple, n’arrêtait pas de se plaindre que les musulmans font sans cesse des défilés, car elle vit dans la nostalgie des manifestations syndicales de sa jeunesse. Il y a quelque chose de profondément triste à voir se déliter les traditions de sa propre communauté, surtout lorsqu’on constate que d’autres communautés sont capables de faire exister ces rites. Cela engendre une sorte de jalousie. Et c’est quelque chose qu’il est très difficile d’évoquer sans se voir accuser de passéisme, voire de racisme. Ce sont des questions difficiles à traiter, mais ce n’est pas pour autant une raison de les ignorer. Après les attentats terroristes et les guerres d’Irak et d’Afghanistan, les critiques du modèle multiculturel sont devenues plus virulentes. Mais est-ce que la manière de se comporter dans la rue a changé ? J’en doute.

N. O. - Vous êtes née à Dacca, d’un père bangladais et d’une mère britannique. Vous avez quitté le Bangladesh au moment de la guerre d’indépendance, en 1971, et votre père n’a pu vous rejoindre en Angleterre que plus tard. Quel souvenir gardez-vous de votre pays natal ?
M. Ali. - « Sept Mers et treize rivières », mon premier roman, m’a permis d’évoquer le parcours de ma mère, qui était blanche, britannique et qui avait pris un chemin atypique en allant épouser mon père à Dacca, où elle avait connu une totale dislocation de son identité. Du Bangladesh, je ne me rappelle presque rien. J’ai quelques souvenirs diffus, mais il est difficile de déterminer s’ils sont réels ou si je les ai inventés après avoir entendu des histoires au fil des ans. Je me souviens mieux de mon arrivée en Grande-Bretagne que de Dacca, parce que l’exil a été une expérience assez traumatisante. J’imagine que le Bangladesh est devenu une sorte de mythe à mes yeux, ne serait-ce que parce que mon père est un excellent conteur d’histoires. Ses anecdotes, et celles de nombre de ses amis exilés, ont fini par alimenter mon premier livre. Mais cette nostalgie de la patrie que l’on laisse derrière soi fait partie du vécu de n’importe quel immigrant : beaucoup d’immigrés qui ont quitté leur pays vingt, trente ou quarante ans plus tôt nourrissent le rêve, rarement réalisé, de rentrer un jour chez eux.

N. O. - Votre double culture est-elle un atout dans la Grande-Bretagne d’aujourd’hui ?
M. Ali. - Je crois que oui. Cela alimente mon travail d’écriture de manière assez profonde : les problématiques de l’identité, de la communauté, de l’appartenance et de la marginalité se retrouvent dans chacun de mes trois livres. L’avenir sera marqué par la montée en puissance de cultures qui n’avaient pas occupé une place dominante jusqu’ici.

N. O. - Quel jugement portez-vous sur le nouveau gouvernement britannique ? M. Ali. - Les gens ne se sont pas encore rendu compte de ce qui se passe : la réalité ne les a pas encore rattrapés. Nous savons que les coupes budgétaires - qui pourraient atteindre 40% - se profilent à l’horizon, mais personne n’en ressent encore les effets. Et je me demande quel sentiment de colère naîtra du choc avec la réalité. Après la crise financière, il y avait eu des destructions d’emplois temporaires dans la finance, mais maintenant c’est dans la fonction publique que les gens vont perdre leur travail.

N. O. - Quels sont les trois livres que vous emporteriez sur une île déserte ?
M. Ali. - « Guerre et paix » en ferait forcément partie. « La Maison d’Apre-Vent » [« Bleak House »] de Dickens, qui, même si c’est un livre plein de défauts, possède une inventivité langagière et ludique extraordinaire. Je choisirai enfin « Une maison pour Monsieur Biswas » de Naipaul. Il y a dans ce livre une humanité qu’il semble avoir perdu dans ses ouvrages plus tardifs, mais c’est un livre très drôle, au comique impeccable.

Monica Ali Née en 1 967 à Dacca (ex-Pakistan oriental), Monica Ali est arrivée en Angleterre à l’âge de 3 ans. Son premier roman « Sept Mers et treize rivières » a été un best-seller mondial en 2004. Après « Café Paraíso », elle publie chez Belfond un nouveau roman : « En cuisine ».

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Immigration : « La Libye n’est plus un problème »

2 septembre 2010 - Le Figaro - Pierre Prier

En visite à Tripoli, le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, reconnaît l’action préventive de Mouammar Kadhafi.

Pendant le ramadan, Mouammar Kadhafi vit la nuit. C’est vers 23h30, après le dîner officiel, que le secrétaire d’État français aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, s’assied avec le guide de la révolution et les représentants de dix pays riverains de la Méditerranée pour une réunion du 5+5. Ce club informel rassemble cinq États européens, France, Italie, Malte, Portugal, Espagne et cinq du Maghreb, Libye, Algérie, Maroc, Tunisie et Mauritanie. La réunion est expédiée en vingt minutes. Le représentant de la France rejoint ensuite le colonel libyen dans la tribune d’un hippodrome, où défilent jusqu’à 2h30 du matin des troupes folkloriques, des groupes d’enfants des écoles et des cavaliers lancés au grand galop, au son d’une litanie de louanges au guide de la révolution. Comme a son habitude, l’astucieux colonel a pris soin de convoquer une réunion internationale le jour anniversaire de son coup d’État du 1er septembre 1969.

Mais au-delà du folklore, le 5+5 fournit aux Européens un espace de discussion avec la Libye. À Tripoli, on a d’abord discuté boutique. La Libye souhaite l’élargissement à un 6+6, renforcé de la Grèce et de l’Égypte. L’Italie est favorable, d’autres pays plus réticents. Mais le 5+5 a surtout évoqué l’immigration illégale. Sujet brûlant : la veille, à Rome, Mouammar Kadhafi avait fait sensation en demandant à l’Europe de lui verser 5 milliards d’euros par an pour l’empêcher de devenir « noire ». Comprenez : de façon à ce que la Libye continue d’intercepter les migrants africains qui tentent de rejoindre les côtes italiennes et maltaises.

Surprise : le ministre des Affaires étrangères italien ne s’en offusque pas. Rejoignant Pierre Lellouche autour d’un Coca, dans les jardins d’un des hôtels de luxe qui ont poussé aux quatre coins de Tripoli, Frattini félicite Kadhafi pour son aide. « La source est tarie. Grâce à l’action de la Libye, le nombre de migrants clandestins parvenus en Italie a été de 300 en 2010, contre une moyenne de 23.000 les années précédentes. » Pierre Lellouche renchérit : « La Libye n’est plus un problème. Le trafic des êtres humains s’est aujourd’hui déplacé vers la Turquie, qui sert de pays de transit vers la Grèce et le reste de l’Union européenne. »

Renforcer les gardes-côtes

Les 5 milliards ? Franco Frattini relativise. Même s’il n’est pas question d’inscrire la somme sur un chèque, l’UE doit continuer à renforcer la police et les gardes-côtes libyens. Et surtout voir plus loin. « Il n’a pas demandé l’argent pour lui-même, mais pour le développement de l’Afrique », explique le ministre italien. L’Europe a besoin de la force de frappe financière libyenne pour faire décoller le continent. « Selon les prévisions de l’ONU, il y aura un milliard et demi d’Africains en 2030 » rappelle Lellouche.

Mais le secrétaire d’État français et le ministre italien ont aussi longuement discuté du dossier brûlant des Roms. Pierre Lellouche, qui se prépare à une confrontation avec le Parlement européen mardi prochain, a pu constater une fois de plus que Franco Frattini et lui étaient sur la même longueur d’ondes. La France et l’Italie souhaitent mettre la Roumanie devant ses responsabilités : intégrer les Roms chez elle. Pour recevoir les fonds européens, qui sont prêts, Bucarest doit présenter des projets précis, entre autres dans le domaine de la santé et de l’éducation.

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Visa pour l’image : des migrants en attente à Calais

1er septembre 2010 - La Croix - Armelle Canitrot

Les jours sont longs, rythmés par les distributions de repas et les occasions de se rendre en Angleterre. La plupart des migrants restent près du point de distribution de nourriture et ne font rien (© Carsten Snejbjerg / Reportage by Getty Images).

« Le problème de l’augmentation des immigrants illégaux est un sujet que je suis depuis plusieurs années. Quand la police française a expulsé violemment (les occupants de) la jungle de Calais en septembre dernier, jetant à la rue tous ceux dont le but était de rejoindre l’Angleterre, d’y trouver un travail pour payer leurs dettes et envoyer de l’argent à leurs familles, j’ai été stupéfait. Cela pouvait-il exister en Europe ? »

Six mois après, le photographe danois Carsten Snejbjerg décide de se rendre à Calais pour voir ce qu’étaient devenus tous ces migrants. « Beaucoup d’entre eux avaient peur de la presse et des conséquences que pouvait avoir le fait d’être exposés. Avant tout j’avais besoin d’être sûr qu’ils comprennent qui j’étais, d’où je venais et quelles étaient mes motivations. Qu’ils se sentent en sécurité avec moi et rassurés par ma démarche. »

L’insupportable attente

Le reporter danois de 44 ans photographie alors leur vie quotidienne rythmée par la recherche de la survie : accéder aux repas distribués par des associations, trouver un pont ou une voie ferrée où dormir, un endroit où se laver souvent avec les eaux industrielles usées qui provoquent des problèmes cutanés, échapper aux rafles de la police et aux gardes à vue.

Ses images révèlent surtout l’insupportable attente, le désœuvrement, l’ennui de ces jeunes perdus dans des journées vides qui s’enchaînent les unes aux autres avec l’unique espoir de tenter à nouveau leur chance.

« Ces migrants qui s’illusionnaient d’avoir survécu en fuyant la guerre en Afghanistan, atterrissent dans une tout autre réalité. La plupart souffrent d’entorses ou de fractures des mains ou des jambes suites aux poursuites nocturnes de la police, et à leurs tentatives désespérées pour s’accrocher sous un wagon ou un camion en partance pour l’Angleterre . » Carsten Snejbjerg doit recevoir, aujourd’hui, le grand prix Care du reportage humanitaire 2010.

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Nouvelle interpellation de migrants à Norrent-Fontes et survol inexpliqué du camp par la gendarmerie

1er septembre 2010 - .La Voix du Nord - R. C.

Il y a moins d’une semaine, à l’initiative de la Police aux frontières, sept migrants

érythréens du camp de Norrent-Fontes étaient interpellés sur l’aire d’autoroute de Saint-Hilaire-Cottes (lire nos éditions du vendredi 27 et du mardi 31 août). Dans la nuit de lundi à mardi, une opération similaire a été déclenchée par la gendarmerie.

Là, dix étrangers en situation irrégulière ont été placés en garde à vue à la brigade de Norrent-Fontes. Quatre d’entre-eux étaient en possession d’un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière. Ils ont été relâchés une heure plus tard. Ashenafi, 27 ans, en était. « Les policiers ne sont pas mauvais avec nous. Mais ces interpellations sont ennuyeuses. Nous attendons maintenant le retour de nos compatriotes. » Et pour cause, les six autres ont été dirigés vers le centre de rétention administrative de Coquelles. La police aux frontières, qui dispose de la capacité opérationnelle en la matière, a procédé à l’identification des gardés à vue. « Ces personnes étaient en infraction vis-à-vis de la législation sur les étrangers. Il nous appartient notamment de vérifier s’ils sont recherchés », explique-t-on à la PAF. À l’issue de cette vérification, les six Érythréens ont quitté libre les locaux. Aucune poursuite de quelque nature que ce soit n’a été décidée à leur endroit.

Lilye Boilet, présidente de l’association humanitaire Terre d’errance, croit savoir que ces derniers reviendront très vite à Norrent-Fontes, probablement par le train. Simple question de temps.

La bénévole s’interroge par ailleurs sur les conditions de l’interpellation qui lui ont été rapportées par les migrants. « Les Érythréens se sont rendus sur le parking de l’autoroute dans le but de monter dans un camion en partance pour l’Angleterre. Ils ont repéré les forces de police et ont rebroussé chemin. Et sur le retour, les gendarmes les ont interpellés. Ils n’en voulaient que dix. Les migrants se sont auto-désignés volontaires. »

La compagnie de Béthune de gendarmerie démentait hier cette information.

Elle n’a pas non plus livré d’explication sur la présence d’un hélicoptère de la gendarmerie, hier vers 10 h 30, au-dessus du campement de fortune.

Tout juste a-t-on appris qu’il s’agissait peut-être d’une « coïncidence ». Pour la représentante de Terre d’errance, cet hélicoptère était bien là pour les migrants. « Il a survolé à deux reprises le camp à très basse altitude puis s’est dirigé vers l’aire d’autoroute. Je n’en suis pas certaine mais il me semble qu’une personne à bord filmait. » Bref, coïncidence ou pas, difficile de savoir ce que les autorités cherchaient à obtenir depuis le ciel norrent-fontois.

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Salam dénonce de nouvelles répressions contre les migrants

1er septembre 2010 -

Alors que le ramadan n’est pas fini

La répression est à nouveau montée d’un cran dans le Calaisis à l’égard des migrants. C’est du moins ce qu’affirme l’association Salam dans un récent communiqué.

« Il est vrai que certaines compagnies de CRS sont "réputées" pour leur agressivité lors des interventions systématiquement musclées. Aujourd’hui ce sont à nouveau les abords du lieu officiel de distribution des repas, (situé rue de Moscou, NDLR) qui sont les cibles des forces de l’ordre. Incompétence des autorités à se faire respecter par les forces de l’ordre ou mensonges perpétuels ? » s’interroge l’association qui oeuvre au quotidien en faveur des migrants dans toute la région Nord-Pas-de-Calais.

Chasse à l’homme

« Pire, poursuit-elle, c’est à l’heure où les migrants brisent le jeûne en fin de soirée que les forces de l’ordre renforcent la chasse à l’homme... Ce niveau de harcèlement n’avait jamais été atteint et présente une connotation des plus inquiétantes... De telles pratiques sont indignes d’un pays démocratique. Salam Nord-Pas-de-Calais les dénonce une fois de plus. »

Sourc



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