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Un migrant tente de s'évader en creusant un trou dans sa cellule avec une fourchette

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Un migrant tente de s’évader en creusant un trou dans sa cellule avec une fourchette

14 octobre 2010 - La Voix du Nord - Alexis Constant

Un détenu iranien a été présenté, hier, en comparution immédiate pour une tentative d’évasion.

Condamné à deux ans ferme pour ses activités de passeurs, Samir Ali Hamadi a cru naïvement qu’il allait pouvoir se faire la belle. Depuis des semaines, à l’aide d’une fourchette, il creusait inlassablement le plafond de sa cellule. Inspiré, peut-être, par le film L’Évadé d’Alcatraz, Samir opérait avec méthode et obstination.

Après avoir descellé une trappe du faux plafond, il montait sur un tabouret et creusait avec sa fourchette, parfois un petit canif, voire l’équerre qui soutient le lavabo, dans le matériau friable du plafond.

Auparavant, il prenait soin de boucher l’oeilleton de la porte de sa cellule avec du papier. Il commençait son minutieux travail de sape, dès que la ronde était passée. La poussière était récupérée dans une corbeille.

Lorsqu’il avait bien creusé, il replaçait la trappe. Afin de ne pas attirer les soupçons, avec de la mousse à raser ou du dentifrice, il recréait l’effet d’enduit entourant la trappe. Un bon scénario de film. Mais Samir, bien qu’ayant « creusé un trou considérable », note la substitue du procureur, n’aurait pas pu aller bien loin. « Il ne savait pas qu’au-dessus de la partie friable, se trouve une dalle de béton », poursuit le parquet. Même avec une bonne fourchette... Samir a finalement été dénoncé, samedi, par ses codétenus, quatre Irakiens avec qui il ne s’entend pas du tout. Dans la cellule, il règne une atmosphère à couper au couteau.

Les Irakiens se plaignent de violences de la part de Samir. Il est craint par tous les détenus. Il fait la loi. À la barre, lui, dit que c’est le contraire.

Qu’ils se sont ligués contre lui. Quand on lui demande s’il reconnaît la tentative d’évasion, il se récrie : « Ce sont des mensonges. Ce sont eux qui ont creusé ». Mais le président rétorque : « Quel intérêt pour eux ? Ils sont libérables en novembre. Pourquoi chercher à s’évader ? Alors que vous, vous avez encore une longue peine à purger. Pourquoi auraient-ils dénoncé les faits s’ils cherchaient eux-mêmes à s’évader ? ».

La substitue demande une peine d’un an d’emprisonnement.

La défense est persuadée qu’il n’a pas creusé tout seul. « Puisqu’il était en conflit sévère avec les Irakiens, pourquoi ne pas l’avoir dénoncé tout de suite pour se venger ? Parce que peut-être qu’eux aussi ils ont creusé. Le trou ne s’est pas fait en un jour ! Et puis de toute façon, c’est bien naturel de vouloir s’évader quand on est enfermé dans une cage, hein ? » Elle demande la relaxe au bénéfice du doute.

Pour la tentative d’évasion et la dégradation de biens publics, le tribunal a condamné Samir Ali Hamadi à dix mois ferme. Il est retourné en détention.

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