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Un an après la promesse du ministre Éric Besson, le champion de boxe française est toujours afghan

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Un an après la promesse du ministre Éric Besson, le champion de boxe française est toujours afghan

18 avril 2010 - La voix du Nord - Eric Holzapfel

Comme chaque dimanche, « La Voix du Nord » revient sur une personnalité du Nord Pas-de-Calais qui a fait l’actualité. Aujourd’hui, l’Afghan Sharif Hassan Zadeh, champion de boxe française tourquennois, sans-papiers régularisé par un titre de séjour... qui attend toujours sa naturalisation.

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Photo : Patrick James

Sharif Hassan Zadeh, jeune Afghan lâché par son passeur en gare de Lille à l’âge de 14 ans, est devenu célèbre à 17 ans. Les médias de toute l’Europe ont relaté son ascension sportive au sein du Punch boxe française-savate tourquennois, qui l’a amené jusqu’au titre
de champion de France espoir, le 28 février 2009. Dans la foulée, il était reçu par Éric Besson. Le ministre de l’Immigration lui avait alors remis une carte de séjour d’un an, avec les paroles de la Marseillaise et une promesse : « Dans quelques mois, vous pourrez demander à devenir français. Je ne pourrai qu’encourager cela et vous soutenir dans cette démarche », avait-il déclaré.

Un an plus tard, Sharif déchante. « J’ai fait ma demande en septembre au tribunal d’instance de Roubaix, raconte-t-il.
Mais en mars, on m’a envoyé un refus par courrier. L’acte de naissance que j’ai fourni n’était pas correct. Mais là-bas, on n’a pas le même système de papiers ! » Heureusement, on lui a renouvelé son titre de séjour, valable jusqu’en mars 2011.

Sharif est déçu. Il a dû faire une croix sur son projet de passer quelques jours au pays, pour rendre visite à ses parents... « S’il m’arrive quelque chose là-bas, la France ne pourra rien faire pour moi », dit-il. Le président de son club, lui, est inquiet. Car Sharif s’est qualifié pour les demi-finales junior qui ont lieu le 1er mai. « Et derrière il y a un championnat d’Europe au mois de juin, explique Aïssa Maroufi. Déjà, le fait qu’il ait pu boxer sans aucun papier, ça a fait du
bruit. Alors là, cette fois-ci, faire un championnat d’Europe sans être français, je ne sais pas ce que ça va donner. »
Très entouré Sharif, toujours très entouré par son staff sportif, vit dans un studio prêté par une association d’aides aux jeunes adultes à Tourcoing. Il poursuit son rêve de devenir éducateur sportif... un rêve un peu contrarié par ce qu’il appelle « une mauvaise orientation ». Il suit en effet un CAP d’assistant technique en milieu familial et collectif,
où il passe « plus de temps en cuisine qu’à apprendre le français et les maths ».

Conscient de son retard dans ces matières, il prend des cours pour adultes. Début avril, il a fait quelques essais réussis au pôle France de boxe française. Il espère l’intégrer à la rentrée, en parallèle à une formation d’éducateur sportif. Mais là encore, il se heurte à un problème : le coût est de 10 000 € par an. Aïssa Maroufi compte
bien aider son champion : « On cherche des subventions », indique-t-il.

Repères

Sharif Hassan Zadeh est né en Afghanistan. Avec ses parents, ses deux sœurs et son frère, il trouve refuge au Pakistan avant de partir seul, à 14 ans, destination l’Europe.
Lâché par son passeur à Lille, il est recueilli dans un foyer à Tourcoing. Par hasard, il intègre le Punch boxe française-savate tourquennois. Son président dit de lui « qu’il n’a pas été très bon tout de suite mais qu’il en voulait ». Tant et si bien qu’il devient en février 2009 le premier champion espoir français… sans papiers.
Il obtient dans la foulée un titre de séjour des mains du ministre de l’Immigration.

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