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Sonia, du camp de l'extrême au camp des migrants

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Sonia, du camp de l’extrême au camp des migrants

21 juin 2014 - Nord Littoral - Delphine Kwiczor

Croisée sur l’aire de distribution des repas, rue de Moscou, Sonia Duquenoy est souriante. Elle papote avec les migrants, à l’aise. Et assure se sentir « dans son élément » et enfin « épanouie ». En février, elle était près de ceux qui caillassaient les No Border qui avaient investi une ferme abandonnée à Coulogne et criait haut et fort être contre les migrants. Elle passait son temps avec les membres de Sauvons Calais, un collectif qui lutte contre les migrants et les associations qui les soutiennent.

Amoureuse d’un frontiste, elle ferme les yeux

Fin 2013, Sauvons Calais pointe le bout de son nez, après l’appel à dénoncer les squats fait par la Ville. Rapidement Kévin Reche, un Calaisien de 19 ans, prend le devant de la marche. Les semaines passent, le jeune homme qui veut se battre contre un envahissement de migrants, se fait connaître, doucement. Cheveux courts, grand regard bleu, Harrington sur le dos, celui qui assure devant la presse « ne pas être raciste » ni avoir de lien avec le FN ? cache un autre visage. Sonia discute en privé avec lui, ils parlent de leur vie respective. Elle tombe sous le charme, derrière son écran. L’adage « l’amour rend aveugle » prend tout son sens. Elle ne voit qu’à travers lui. Point barre.

« J’étais à fond dans ses actions », avoue-t-elle sans tourner autour du pot. Et poursuit : « Avant Sauvons Calais, les migrants je ne les voyais pas, je ne faisais pas attention. » Puis la peur de l’autre s’est installée, solidement. Le collectif l’enferme dans des idées extrêmes. « Ils disaient que les No Border prendraient ma maison si je partais en vacances… » Elle croit, et suit.

À Coulogne, elle suit le mouvement

L’épisode du squat de Coulogne, elle s’en souvient. Chaque jour, elle y va. « Kévin nous disait que les migrants allaient arriver, qu’il fallait rester sur place, être présent souvent, de 14h à minuit. » Et parfois ça dégénère. Au fil des jours, les squatteurs ont été caillassés, ont reçu des cocktails Molotov. « Moi, je n’ai pas caillassé » assure-t-elle. Le comportement des autres se passe sous ses yeux. « Certains Coulonnois passaient la nuit, ils voulaient cramer la ferme. » Kévin Reche donne « les consignes. On savait qu’il ne fallait pas parler à Nord Littoral. Il appelait au boycott… » Avec du recul, elle s’aperçoit qu’elle s’est laissée embrigader. Le collectif elle le décrit aujourd’hui comme étant un nid à frontistes. Sans langue de bois, elle décrit les coulisses d’un collectif dont la réputation flirte avec des idées extrêmes et qui n’assume pas son lien avec le FN, ou du moins sa proximité. « Un jour pour un pari, j’ai dû accrocher le portrait de Marine Le Pen dans ma chambre… », raconte la jeune femme qui a fermé les yeux pendant de longues semaines.

Tatouage « de jeunesse » et un portrait dans le dos

« On a la haine », souffle-t-elle, expliquant que le jeune leader sait mener ses troupes. « C’est un manipulateur. Il fait tout pour être indispensable pour nous, et il savait que j’étais amoureuse… » Elle décrit un chef de meute, un jeune homme qui « aime être sous le feu des projecteurs », qui cherche une forme de gloire. Un homme qui, à l’interne, ne cache pas sa proximité avec le Front national. « Il nous disait de bien voter. » Quand les clichés de Kévin Reche paraissent dans la presse, un tatouage ressemblant ouvertement à une croix gammée stylisée, Sonia gobe ses explications. Kevin Reche tente de faire croire à qui veut bien l’entendre que c’est un symbole autre. Et à l’interne, il parle « d’erreur de jeunesse », confie la jeune femme soulignant que nombreux sont ceux à lui avoir ensuite tourné le dos. L’étiquette « raciste » lui colle à la peau après s’être affichée avec le collectif. Et d’ajouter, que ce tatouage ne serait pas le seul. « Il m’en a montré un autre, dans le dos… », souffle-t-elle en décrivant le visage d’un homme plus connu pour sa haine de l’autre que pour ses qualités de peintre. « J’étais vraiment amoureuse… » Amoureuse, avec des œillères.

Au squat, en pleurs

Après Coulogne, elle entrouvre les yeux. Et veut voir, par elle-même. « J’ai discuté avec Séverine de Calais Ouverture et Humanité et avec une fille qui a été à Sauvons Calais deux jours… » Elle décide d’aller sur un camp de réfugiés avec deux amis « pour voir par moi-même au lieu d’écouter ce que Kévin me dit ». Elle parle avec trois migrants « qui ne m’ont ni agressée ni violée ! » Elle voit la réalité. Puis, elle va au squat Victor-Hugo. Là, c’est la claque. Face aux femmes et aux enfants, elle craque. « J’étais en pleurs ! » Elle quitte Sauvons Calais où « tout est faux », et rejoint Calais Ouverture Humanité. Elle change son fusil d’épaule : « Les migrants et les associations m’apportent beaucoup. » Souvent elle va sur le camp, aide, parle, donne de son temps pour les autres et non plus contre.

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