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Six mois de prison avec sursis pour l'agression de migrants à Steenwerck

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Six mois de prison avec sursis pour l’agression de migrants à Steenwerck

12 juin 2010 - La Voix du Nord - Christian Taffin

Il y avait beaucoup de monde, hier matin, dans la salle d’audience du tribunal d’Hazebrouck, notamment des militants de Flandre terre solidaire. On y jugeait deux jeunes gens pour une agression sur des migrants accueillis par l’association, le soir du 1er mai, au presbytère de Steenwerck.

Il y a rarement autant de monde dans la salle du tribunal pour une audience à juge unique. Mais hier, outre une classe venue pour une leçon d’instruction civique (choix judicieux), des membres de l’association Flandre terre solidaire étaient assis sur les bancs du public ou debout dans la salle.
Ils étaient particulièrement concernés par un dossier qui a duré une bonne partie de la matinée.
Deux Steenwerckois, Alexandre, 30 ans, et Damien, 24 ans, y comparaissaient pour des faits qui n’avaient, certes, pas eu de graves conséquences, mais qui avaient provoqué un émoi certain.

Deux épisodes

Le soir du 1er mai, un groupe de jeunes gens était venu devant le presbytère, où étaient accueillis six migrants dans le cadre du camp d’accueil sanitaire mis en place d’abord à Bailleul, puis déplacé à cet endroit par l’association Flandre terre solidaire. De l’instruction faite à l’audience hier matin par Mme Robles, il ressort que les faits se sont déroulés essentiellement en deux épisodes.
Pour le premier, les deux jeunes sont allés à la porte du presbytère et Alexandre a mis le feu au paillasson avec du white spirit qu’il était allé chercher chez lui. Une voisine a vu ce qu’il se passait et son mari est aussitôt allé éteindre le feu et frapper à la porte du presbytère pour prévenir, tandis que les agresseurs avaient pris la fuite quand ils avaient vu de la lumière chez les voisins.
Pour le deuxième épisode, Alexandre et Damien, qui avait pris un marteau chez son ami, ont franchi le seuil du presbytère. Damien se voit soupçonner d’avoir mis une claque à l’arrière de la tête d’un bénévole de l’association, qui était de garde ce soir-là avec les migrants. Il était reproché à Alexandre d’avoir menacé le groupe avec le marteau puis de l’avoir jeté, sans qu’il atteigne qui que ce soit. Selon lui, c’était pour s’en débarrasser, par pour viser quelqu’un.
Dans cette affaire, le contexte a longuement été évoqué pour tenter de déterminer si la motivation de l’agression était liée au racisme et à la xénophobie, circonstance aggravante.
Les deux prévenus, comme leurs avocats, l’ont nié farouchement. Le procureur, Ludovic Duprey, tout comme l’avocate du bénévole agressé, ont pointé des déclarations faites par les deux jeunes gens aux gendarmes (ils avaient été arrêtés peu après, placés en cellule de dégrisement car ils avaient trop bu, puis interrogés le lendemain).
« Ces étrangers qui emmerdent le monde »
Pour le procureur, « il ne s’agit pas de racistes dégénérés mais, ce soir-là, ils ont eu un comportement raciste » et « ils ne sont pas allés au presbytère par hasard » car s’y trouvaient « ces étrangers "qui emmerdent le monde " pour reprendre les déclarations (d’Alexandre). » Le procureur y voit « une expédition punitive. Ils sont arrivés consciemment, l’un avec le white spirit et l’autre avec le marteau ». « C’est totalement inadmissible, a-t-il martelé, au-delà du simple fait d’avoir mis le feu au paillasson et d’avoir jeté un marteau. » Il a requis contre chacun des deux prévenus dix mois de prison, dont six avec sursis.
Les avocats de Damien et Alexandre ont tenté de convaincre la présidente qu’il ne s’agissait que de grosses bêtises sans connotation raciste ou xénophobe.
Le tribunal les a néanmoins reconnus tous deux coupables des faits qui leur étaient reprochés et les a condamnés à la même peine : six mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve pendant dix-huit mois.
Une somme de 1 000 E a été accordée au bénévole de Flandre terre solidaire qui s’était constitué partie civile. Son avocate a souligné qu’il continuait sa mission malgré la peur. Car, après les faits, il a aussi été menacé.

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