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Sangatte : dix ans après, le Secours Catholique se souvient

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Sangatte : dix ans après, le Secours Catholique se souvient

29 novembre 2012 - Secours Catholique - Jacques Duffaut

Le 28 novembre à Calais (Pas-de-Calais), le Secours Catholique a commémoré la fermeture du centre de Sangatte. Cercle de silence, repas partagé, témoignages et soirée festive ont réuni plusieurs centaines de bénévoles et de migrants.

« Cette journée est un moment pour rappeler que la dignité de la personne humaine ne se divise pas et ne se négocie pas. » Mgr Jaeger, évêque d’Arras, était l’un des premiers à intervenir ce 28 novembre devant les quelque deux cent cinquante bénévoles, salariés du Secours Catholique et membres d’autres associations venus sous la halle Minck à Calais, pour se souvenir de la fermeture, il y a dix ans, du centre de Sangatte.

Journée de commémoration, en souvenir de ce mois de novembre 2002 quand le gouvernement de l’époque décide de fermer le centre de Sangatte, grand camp près du tunnel sous la Manche créé en 1999 pour héberger les étrangers prêts à passer clandestinement en Angleterre. Ce centre capable d’accueillir 800 personnes en accueillait plus du double peu avant sa fermeture.
Pas en soi un regret

Que Sangatte ait été fermé n’est pas en soi un regret. Laurent Giovannoni, responsable du département Étrangers au Secours Catholique, s’est souvenu d’un « endroit ingérable sur la durée. C’était un lieu où les migrants se retrouvaient coincés. Ce qui est regrettable, c’est que les pouvoirs publics n’ont pas apporté d’autre réponse que cette fermeture. »

Les migrants se sont alors retrouvés livrés à eux-mêmes. Ils ont aussitôt bâti un autre campement, sur un terrain vague de Calais, si sauvage et si insalubre qu’il avait été baptisé la « jungle ». La « jungle » à son tour a été démantelée en 2007. Depuis, les migrants se sont dispersés le long du littoral et aujourd’hui on estime à 250 le nombre d’étrangers qui vivent à Calais. Ce ne sont pas les mêmes. Beaucoup arrivent à passer en Angleterre. Mais tous vivent sur ce coin de France dans des conditions de vie extrêmes.
« Vous, les bénévoles, vous empêchez cette logique »

« Plus on les décourage, a expliqué François Soulage, président du Secours Catholique, plus leurs conditions de vie sont impossibles. Nous refusons cette logique. Vous, les bénévoles, vous empêchez cette logique. » M. Soulage a rappelé l’historique du combat mené par la délégation d’Arras, sa ténacité face aux obstacles : difficulté de maintenir un accueil en centre-ville, d’en obtenir un nouveau, d’obtenir un permis de construire des douches qui, une fois construites, ont subi plusieurs incendies et des vols par effraction à répétition. « Nous avons même fait de la désobéissance civile, a poursuivi le président, faisant allusion au « délit de solidarité » qui conduisait à poursuivre des personnes ayant porté assistance à des étrangers clandestins. Votre présence permanente sur ce terrain démontre le sens de l’accueil du Secours Catholique. »
Maryam et Jacky

Les hôtes de cette journée étaient Véronique Devise et Vincent de Coninck, la présidente et le délégué locaux du Secours Catholique, tous deux extrêmement actifs tant auprès des équipes que des pouvoirs publics. Mais les chevilles ouvrières de cette présence quotidienne auprès des migrants, ce sont bien Maryam et Jacky, incontournables piliers de l’association. Leurs témoignages empreints d’émotion ont donné chair à ces milliers d’étrangers qui ont, grâce à eux et aux dizaines de bénévoles venus des quatre coins du diocèse pour les épauler, trouvé une oreille à qui parler, un local où se réchauffer, une aide juridique pour accéder à un droit.
Une simple lampe-tempête

Peu après 11 heures, les acteurs du Secours Catholique ont quitté la halle Minck pour rejoindre le parc Richelieu où les attendaient d’autres sympathisants du Secours Catholique. Sous une pluie acérée et glaciale et pendant trois quarts d’heure, 350 personnes ont formé un cercle de silence autour d’une simple lampe-tempête, symbole de vie et d’espoir.

Vers 13 heures, le groupe a rejoint un grand espace bitumé, sur le port, à l’endroit où l’association Salam distribue chaque jour des repas aux migrants. Là, bénévoles et migrants ont partagé leur déjeuner avant de revenir tous ensemble sous la halle Minck pour passer la soirée. Bénévoles et migrants ont tour à tour pris la parole. Les uns pour décrire leurs parcours souvent chaotiques. Les autres pour dire la richesse découverte dans ces rencontres inattendues, ces vies jusqu’ici inimaginables. Puis quelques migrants ont tiré de leurs fourreaux des instruments de musique et la soirée s’est achevée sur des notes universelles.

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