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SOUDAN DU SUD. "Nous ne voyons pas la fin de la souffrance"

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SOUDAN DU SUD. "Nous ne voyons pas la fin de la souffrance"

13 juillet 2012 - Le Nouvel Obs - Céline Lussato

"S’il n’y a pas un accroissement de la riposte, la mortalité va encore s’accentuer", alerte, depuis le camp de réfugiés de Jamam, la coordinatrice de MSF.

Depuis le camp de réfugiés de Jamam au Soudan du Sud*, la coordinatrice d’urgence de Médecins sans frontières Tara Newell alerte sur la situation critique dans la région.

Quelle est la situation au Soudan du Sud où vous vous trouvez ?

- L’année passée, en octobre et novembre, lors du début de la guerre dans les Blue Nile Mountains, la population a commencé à fuir vers le Soudan du Sud. Et la région enregistre désormais quelque 120.000 réfugiés séparés dans plusieurs camps où ils sont toujours installés.

D’autant qu’il y a eu une seconde vague de déplacement de population, en mai, lors des bombardements, ce qui a encore renforcé ce nombre. MSF a été témoin, via les vagues d’arrivées, de la violence dont a été victime cette population. Mais, en plus, l’endroit où on se trouve, là, à Jamam, est très malcommode : les réfugiés y manquent terriblement d’eau et il est difficile d’accès. Donc tout doit arriver par cargo : le matériel, le staff… La qualité de vie est très mauvaise et les besoins médicaux énormes.

Le manque d’eau a de graves conséquences sur les réfugiés ?

- En principe, on considère qu’il faut au minimum 5 litres d’eau à boire pour une famille par jour. Aujourd’hui, c’est le nombre de litres dont nous disposons par famille pour tous les usages : se laver, laver le linge… Ces derniers besoins ne peuvent donc pas être satisfaits et cela crée un souci évident d’hygiène dans le camp, qui entraîne bien sûr des maladies : 65% des réfugiés souffrent de diarrhée par exemple. Il y a une grande part de la mortalité qui est due à ce manque d’hygiène contre lequel nous ne parvenons pas à lutter.

Mais la saison des pluies a commencé…

- Oui et cela crée de graves problèmes en plus. Avec la saison pluvieuse, le camp est victime d’inondations. Nous nous transformons en grand lac avec une île au milieu. Voilà à quoi ressemble la zone des réfugiés ! Les tentes tombent, tout est mouillé… on ne parvient pas à sécher les enfants car les couvertures sont elles-aussi trempées. Les plus petits, les moins de 5 ans, sont touchés par le paludisme, des infections respiratoires. Nous avons un pic d’enfants malades actuellement. Sans parler évidemment du fait que tout cela intervient dans un climat général de malnutrition très grave.

Comment la vie s’organise dans le camp pour la nourriture, la gestion des morts ?

- Nous avons mis en place une surveillance pour la gestion des corps et leur décompte. Nous opérons une vigilance sur trois niveaux : un porte-à-porte hebdomadaire de chaque tente, un décompte des cadavres auxquels nous avons accès et aussi un dialogue constant avec les cheikhs. Il est très important de maintenir une vigilance très forte, étant donnée la fréquence des décès. On considère que le niveau d’urgence est atteint à 1 mort par jour sur 10.000 personnes et 2 enfants de moins de 5 ans par jour pour le même seuil. A Jamam, nous comptons 9 à 10 morts par jour dans un camp qui compte 35.000 personnes.

Pour la nourriture, il y a en place une distribution du PAM – le Programme alimentaire mondial – mais malheureusement cela ne suffit pas. Il y a un vrai manque de céréales et de protéines animales. Il manque des programmes ciblés pour le monde arabe ou les enfants. MSF a essayé de palier à ces manques mais c’est très difficile et nous sommes encore très préoccupés par les questions d’alimentation, sur le plan de la quantité autant que sur celui de la qualité.

Avec des conditions de vie si difficiles, les réfugiés parviennent-ils à vivre dans des conditions de paix ?

- C’est une population incroyable. Malgré les maladies continuelles, les inondations, les morts, chaque nuit on entend de la musique. Ils parviennent quand même à célébrer qu’ils sont encore en vie, alors que nous, nous ne voyons pas de fin à leur souffrance énorme. Où cette population va-t-elle bien pouvoir aller ? Il y a des projets de relocalisation. Mais ils en ont pour des années. Les réponses ne sont pas à la hauteur du besoin. Et s’il n’y a pas un accroissement de la riposte, la mortalité va encore s’accentuer.

*MSF a lancé exceptionnellement et compte tenu de la situation une opération d’appel au don pour le Soudan du Sud

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