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Qu'ils reposent en révolte

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On a lu, on a vu

Qu’ils reposent en révolte

15 novembre 2011 - Les Inrocks

Qu’ils reposent en révolte de Sylvain George - 2011
Un documentaire d’une puissance expressive sidérante sur les migrants de Calais.

Pendant plus de trois ans, entre juillet 2007 et janvier 2011, Sylvain George a filmé les migrants de la ville de Calais.

Par fragments syncopés (Archie Shepp a discrètement déposé sa musique sur le film) pour la plupart dépourvus de réels dialogues – quand il y en a ils sont souvent lointains – entre migrants d’origines diverses, sans commentaire explicatifs, Qu’ils reposent en révolte décrit la vie de ces sans-papiers sans domicile qui fuient la police française, dorment où ils peuvent, etc.

Les mots parfois tuent.

Au XIXe siècle, Victor Hugo écrit Les Misérables ; à la fin du XXe siècle, un Premier ministre de gauche, Michel Rocard, évoque “la misère du monde”. Le glissement sémantique est grave.

La pire manière de qualifier Qu’ils reposent en révolte serait peut-être de le dire militant. Non parce que la militance serait une honte, au contraire, mais parce que le mot aujourd’hui, grâce à une rhétorique patiemment édifiée par la droite, est devenu un enclos où l’on entend parquer tous ceux qui ont la volonté de se révolter.

Sylvain George est avant tout un cinéaste, un vrai. Il n’y a pas de migration dans son film, mais des individus qui migrent. De là la beauté flagrante, cinématographique, de Qu’ils reposent en révolte.

Il faut absolument dire deux mots de l’image : un noir et blanc extrêmement contrasté, des effets de ralenti en fin de plan, des contre-plongées. Le miracle, le talent, c’est que le film ne tombe jamais, au grand jamais, dans l’exercice arty mais demeure dans l’expression la plus juste d’une vérité immédiate.

Il vous sera impossible d’oublier ces longs plans

où, sans aucun pathos, Sylvain George filme en gros plan des hommes à la peau sombre tenter de faire disparaître leurs empreintes digitales à l’aide d’un rasoir jetable ou d’une vis chauffée à blanc afin que l’on ne puisse pas les identifier, les faire entrer dans un fichier général européen.

Tout cela avec un sourire un peu triste et fataliste, comme si ce n’était rien d’être obligé d’en passer par là, de s’ouvrir soi-même sa peau noire en y laissant des cicatrices blanches pour faire disparaître son identité, ce que l’on est.

La scène que nous venons de décrire n’est pourtant pas montée en épingle comme une scène choc insolente et obscène, mais comme une petite partie dans un grand tout de plus de 2 heures 30 d’une pâte formelle, humaine et expressive sidérante, sans effet de cinéma tonitruant, sans putasserie aucune.

Le film bouleverse, oui, mais tout en respectant à la fois la dignité de ceux qu’il filme et de ceux qui le regardent. Au cinéma, l’intelligence est la meilleure consolatrice.

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