Point d'orgue sur la santé des migrants

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Point d’orgue sur la santé des migrants

20 mai 2010 -

M. Thomas Hammarberg, Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, a organisé une réunion, mercredi 19 mai, avec les associations du littoral qui viennent en aide aux migrants. Son but était d’établir une analyse plus affinée de la situation de ces derniers, en vue d’une rencontre le jour suivant, avec le ministre français de l’immigration.

Passant sur le règlement Dublin II qui organise les questions de l’immigration dans l’espace européen, le Commissaire a ouvert le débat en évoquant d’emblée le harcèlement des forces de l’ordre. Elles ne se contentent pas d’effectuer des contrôles d’usage, mais s’évertuent à rendre le séjour des migrants inconfortables. D’autres problèmes d’une triste banalité ont été soulevés, tels l’hébergements (Plan Grand Froid) ou encore la question des Mineurs Isolés Etrangers.

On note cependant un bilan médical intéressant, dressé par le docteur Benoît Savatier, qui pilote l’équipe de Médecins du Monde sur le Dunkerquois et vient prodiguer des soins une fois par mois à la PASS de Calais.

© Thomas Baltes Dans un premier temps, il a évoqué les problèmes traumatologiques des migrants. A leur arrivée, ils sont déjà mal en point de par leur passé aventureux. Non seulement la route a été longue et périlleuse, mais n’oublions pas que pour la plupart, ils viennent tout droit de pays en guerre, dont ils portent des stigmates : blessures mal soignées dues à des explosions de bombes et de mines, balles perdues… Ici, cet état n’a pas l’occasion d’être amélioré, bien au contraire. Pour atteindre l’Angleterre, il faut franchir des murs, sauter dans les camions etc. Ce parcours du combattant répété plusieurs fois entraîne des fractures. A ces causes, s’ajoutent les rixes, inter-ethniques, avec les passeurs et aussi la police, notamment les CRS à Calais. Dr. Savatier n’a pas manqué de rappeler que les bagarres entre migrants et populations locales étaient quasi-inexistantes.

Nombreux sont également les symptômes liés au manque d’hygiène et de qualité de vie. Les cabanes des migrants étant systématiquement détruites (surtout à Calais), ces derniers manquent cruellement de sommeil et souffrent d’épuisement. Le manque d’accès à l’eau, malgré les efforts fournis, favorise le développement de pathologie comme la galle ou l’impétigo. Effectivement, l’accès aux douches reste insuffisant. Tandis qu’à Calais, un migrant peut se laver en moyenne une fois par semaine, à Dunkerque, on ne peut proposer qu’une soixantaine de douches hebdomadaires pour un total de 150 personnes environ.

D’abord opprimés dans leur pays d’origine, puis pourchassés en Europe et à plus forte raison dans le soit-disant « Pays des Droits de l’Homme », les migrants subissent de grands troubles psychologiques. Le temps d’attente précédant le passage espéré vers l’Angleterre peut être très long et angoissant, car la famille, qui s’est endettée pour payer les passeurs, fait pression pour obtenir de l’argent. Le retour en arrière est impossible, alors que l’impression de se trouver dans une impasse persiste. Cela mène à des dépressions et sinistroses, qui se manifestent chez certains par des poussées de violence, voire de l’automutilation (scarification).

Ce parcours médical type d’un migrant ne serait pas si dramatique si l’accès aux soins n’était pas si compliqué. Dr. Savatier a montré du doigt le manque de moyens pour soigner correctement les patients. Exemple éloquent : comment bien saisir la source du problème quand, défaut d’interprète, on n’est pas en mesure de comprendre le souffrant ? De même, la plupart d’entre eux n’osent même pas se rendre à la PASS, car il existe un risque de se faire arrêter en route. « Par peur de perdre leur liberté pour accéder à la santé », pour rendre les termes du responsable dunkerquois de Médecins du Monde.

Pour plus d’info sur la venue du Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, cliquez ici.

Photo : © Thomas Baltes