• Liste de diffusion

Plus de 600 migrants évacués à Calais ce mercredi : pour aller où ?

Soutenons, aidons, luttons, agissons
pour les migrants et les pays en difficulté

On a lu, on a vu

Plus de 600 migrants évacués à Calais ce mercredi : pour aller où ?

3 juillet 2014 - La Voix du Nord - M. GO. et Bruno Mallet

Ils ont été « interpellés » et devaient être « emmenés dans des lieux d’audition pour faire le point sur leur situation administrative ». Dixit le préfet Denis Robin ce mercredi à 9 h. Deux heures plus tard, un communiqué de la préfecture apportait quelques précisions : « Il y avait 540 migrants sur le lieu de distribution des repas et 70 au total dans trois squats. Parmi eux, 270 majeurs sont actuellement en cours d’audition administrative, 219 étant toujours sur le lieu de distribution des repas dans l’attente d’être auditionnés. 121 mineurs sont dirigés sur des centres d’accueil. » La préfecture avait annoncé qu’elle enverrait un nouveau communiqué de presse, en fin de journée, avec davantage de détails sur cette opération, mais ce mercredi à 20 h 30, elle ne s’était toujours pas manifestée.

C’est du côté des associations que filtraient quelques informations. Certains militants ont tenté de suivre les autocars (selon une source, au moins 25 bus ont été affrétés hier) qui ont quitté Calais, remplis - à moitié parfois - de migrants. « Ils ont pris l’autoroute direction Boulogne pour certains, et Paris pour d’autres », affirmait ce mercredi une No Borders. Des coups de fil ont été passé par des exilés qui se trouvaient dans des cars à des membres d’associations. « Ils ont expliqué qu’on les emmenait pour certains à Saint-Omer, à Boulogne, à Dunkerque, selon Philippe Wannesson, auteur du blog Passeurs d’hospitalités. D’autres ont été emmenés en région parisienne, et jusqu’à Rennes. » On ignore combien ont été placés en centres de rétention en vue d’une expulsion, combien ont été libérés ou orientés vers des demandes d’asile... Les 121 mineurs auraient été placés à Boulogne-sur-Mer et dans le Béthunois. D’autres majeurs, enfin, ont été emmenés au centre de rétention de Coquelles. Une partie d’entre eux aurait été libérée en cours de journée : selon le collectif « Calais, ouverture et humanité », ils erraient dans les rues ce mercredi, sans savoir où aller.

Des choses à cacher ?

Combien étaient-ils, les migrants évacués du lieu de distribution des repas hier matin ? 250 ? 540 ? À vrai dire, personne ne le sait vraiment. Pas même le préfet du Pas-de-Calais, qui a donné ces deux chiffres contradictoires en deux heures de temps. Les journalistes présents sur place auraient pu lui éviter ce cafouillage, au préfet, si ce dernier ne les avait pas empêchés purement et simplement de faire leur travail. Évacués sans ménagement du site en même temps que les militants, ils ont été repoussés loin, très loin du lieu de l’évacuation, empêchés de photographier, de filmer, de témoigner. On comprend mal les raisons qui ont poussé le préfet à écarter la presse. Y avait-il des choses à cacher ? Des violences ? Des exactions ? Ou bien est-ce simplement la prodigieuse absurdité de la situation que l’on souhaite ainsi dissimuler ? Car, qu’ils soient 250 ou 540, la plupart des réfugiés expulsés hier reviendront bien vite à Calais, et trouveront refuge où ils pourront. Jusqu’à la prochaine expulsion. Dont les journalistes tenteront de rendre compte. Bruno Mallet

Les réactions

Yann Capet, député du Pas-de-Calais, conseiller municipal (PS) : « Le lieu de distribution évacué, et après ? Il va se passer quoi ? On va continuer longtemps à se complaire dans ce constat d’impuissance ? À lancer des opérations de communication ? Depuis longtemps, nous avons des propositions, j’en parle avec le préfet, avec le ministre de l’Intérieur, et on se heurte toujours à une fin de non-recevoir de la part de la Ville. On se demande si elle ne veut pas utiliser le sujet, plutôt que de le traiter. L’idée des maisons des migrants, amenée par Manuel Valls, lors de sa visite, revient à proposer un accueil digne, humain. Ce serait un lieu d’information, aussi, où l’on expliquerait que l’Angleterre n’est pas l’eldorado qu’ils imaginent, on leur offrirait d’autres interlocuteurs que les mafias et les passeurs. Ma crainte, c’est de voir les associations se décourager. Car le peu d’humanité que reçoivent les migrants, ce sont les associations qui le donnent. »

Jacky Hénin, conseiller municipal d’opposition (PCF) : « Je n’étais pas sur place, mais les échos que j’ai eus de cette opération ne sont pas très favorables. Apparemment, il y a eu beaucoup de gaz, des blessés… Ce n’est pas une manière. Le problème de fond reste entier, il n’existe aucune structure sur le territoire. Depuis l’embryon de projet posé par Manuel Valls lors de sa visite en décembre, il n’y a rien, rien et rien. Il s’agit de mettre en œuvre les conditions de l’humanité, parce que des expulsions de ce type, il risque d’y en avoir beaucoup, car personne n’est dupe, les migrants évacués aujourd’hui vont revenir très vite. Manuel Valls, qui veut faire croire qu’il est aussi ferme que la droite, est fautif. La municipalité aussi. Ils ne cherchent qu’à gagner des électeurs, pas à régler les choses. »

Françoise Vernalde, conseillère municipale d’opposition (FN) : « Ça fait quatorze ans que ça dure, tant que le gouvernement ne prendra pas de mesures contre l’immigration, légale et illégale, cela continuera. La visite de Manuel Valls n’a rien changé. Seul le programme du Front national est cohérent pour lutter contre l’immigration. »

Plusieurs associations et partis politiques dont Salam, Calais, ouverture et humanité et Europe-Écologie - Les-Verts, dans un communiqué inter-associatif : « Cette énième expulsion sans aucune concertation ou proposition de relogement adaptée se situe dans la droite ligne de toutes les précédentes : quand donc arrêtera-t-on ces violences qui ne font qu’empirer une situation déjà catastrophique ? (...) Une partie de ces personnes reviendra et restera à Calais, une autre se dirigera vers les autres lieux de passage de la région où la pression et la précarité n’en seront que plus fortes : la question ne sera que déplacée, une fois de plus. (...) Nous dénonçons cette expulsion, dont nous connaissons les conséquences, pratiquée avec une rare violence envers les exilés et leurs soutiens et avec la volonté délibérée d’écarter tout témoin. »

Retenue au Sénat puis par une réunion, Natacha Bouchart ne nous a pas répondus ce mercredi.

Le témoignage d’une militante

Sonia Duquenoy se trouvait sur le lieu de distribution de la rue de Moscou ce mercredi matin, quand les gendarmes mobiles sont intervenus. Tous les militants ont été évacués de force du site, sauf elle : la Calaisienne raconte comment elle a réussi à se cacher et ce qu’elle a vu...

- Tous les militants ont été évacués de force, sauf vous : comment avez-vous fait pour rester sur place ?

« J’ai couru pour qu’on ne m’attrape pas. Avec un autre activiste on s’est caché. Un migrant m’a passé une couverture, une femme m’a voilée et m’a mis des lunettes. Les gendarmes mobiles n’y ont vu que du feu. »

- Que s’est-il passé ensuite ?

« La police a expliqué aux migrants qu’ils allaient partir dans les centres de rétention, et les enfants dans des foyers. Ensuite ils ont regroupé les migrants par nationalité. Ils criaient Soudanais ! et les Soudanais devaient se montrer et se rassembler. J‘ai vu deux interprètes sur place. »

- Comment ont réagi les migrants ? Est-ce que c’était tendu comme au début de l’opération ?

« Non, c’était beaucoup plus calme. Comme si c’était envers les activistes que la police avait eu la rage. Les migrants, eux, ont suivi ce que la police leur disait de faire, de toute façon ils n’avaient pas le choix. La police a pris beaucoup de photos des petits groupes qui étaient formés. »

- Quelles nationalités étaient représentées ?

« Il y avait beaucoup de Soudanais, mais aussi des Érythréens, des Afghans, des Égyptiens... »

- Les migrants ont-ils pu récupérer leurs affaires avant de monter dans les bus ?

« Beaucoup de personnes n’ont pas pu les récupérer. Ils attendaient assis par terre, puis ils devaient se mettre en ligne devant un policier, et les CRS venaient les chercher pour les emmener dans les bus. Il y avait cinq femmes et plusieurs jeunes de 14-15 ans environ. Ça a été très long, la police venait chercher un groupe de migrants, les amenait dans un bus, et dix-quinze minutes après, elle revenait pour prendre un autre groupe. »

- Comme a réagi la police quand elle a vu que vous aviez réussi à reste sur place ?

« Ils ne m’ont pas crue. Je leur ai dit que j’avais été plus maligne qu’eux. Ils m’ont laissée partir. »

Source de l’article

Association Loi 1901, parution au J.O. du 31 mai 2003 | Mentions légales | Webdesign & réalisation : Le Sens de Votre Image