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"Paris illustre bien l'échec de la politique européenne en matière d'asile"

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"Paris illustre bien l’échec de la politique européenne en matière d’asile"

25 novembre 2011 - Metro

Matthieu Tardis est responsable du secrétariat administratif général de France Terre d’asiles. Sous sa direction et celle de Marc Ryschenkow, ancien responsable du Kiosque, vient d’être éditée une étude sur "le Paris des Afghans". Pour Metro, il revient sur la situation précaire de ces demandeurs d’asiles dans la capitale.

Sait-on combien d’immigrés venus d’Afghanistan compte la capitale actuellement ?

A la louche, je dirais qu’ils représentent 200 personnes. Mais il est impossible d’avoir un chiffre précis. Car si certains s’inscrivent dans une démarche de demande d’asile, mais d’autres sont "invisibles" car ils craignent, dans le cadre du règlement Dublin II (1), d’être transféré vers un autre pays ou ont peur de s’engager dans une procédure très longue.

Un nombre en augmentation ?

Au plan national, le chiffre des demandeurs d’asile a beaucoup augmenté ces trois dernières années. Paris n’échappe pas à cette évolution. C’est d’ailleurs la raison d’être du Kiosque, dont les maraudes du soir ont constaté une recrudescence d’Afghans de plus en plus jeunes.

Paris est-elle considérée comme une destination finale ou comme une ville de transit ?

Au départ, non. Quand elle quitte l’Afghanistan, la grande majorité se destine au Pakistan ou à l’Iran. L’Europe n’est qu’un troisième choix. Paris est vue avant tout comme une ville de passage, une étape de halte sur le chemin du Nord, pays scandinaves en tête. Mais il faut bien comprendre qu’après une si longue route, les objectifs ne sont pas toujours très précis. Ils n’ont pas une destination à atteindre à tout prix. Et si la possibilité de faire une demande d’asile existe, certains vont vouloir se poser, se reposer.

"Dans le Xe arrondissement principalement"

Où vivent-ils depuis le démantèlement de leur camp du canal Saint-Martin l’an dernier ?

On les trouvent disséminés sur plusieurs sites, principalement dans le Xe arrondissement. Ils se retrouvent sous le métro aérien à Jaurès et à Stalingrad, ainsi que sur la place Raoul Follereau. Car c’est dans ce secteur que se trouve les principaux dispositifs de soutien tels que le Kiosque pour l’aide juridique ou la permanence de santé de Médecins sans frontières. Bref, leurs seuls liens avec la société française. Au final, on ne prépare absolument pas l’avenir, on ne favorise pas leur intégration dans cette période d’attente. Alors même qu’ils ont de grandes chances d’obtenir l’asile politique, les taux de reconnaissance étant élevés.

La situation ?

Paris illustre bien l’échec de la politique européenne en la matière. Ici, la mairie finance le Kiosque pour assurer un accompagnement aux demandeurs d’asile, alors qu’il s’agit d’une mission relevant de la compétence de l’Etat. En outre, faute de leur assurer un hébergement d’accueil, ces immigrés sont obligés de se rabattre de facto sur celui d’urgence. Une situation qui pèse sur le Samu social. Car non seulement les centres sont saturés, mais en plus ils ne sont absolument pas adaptés à l’accueil de ces populations non francophones. Au point qu’entre eux, les Afghans les surnomment "les maisons de fous".

(1) Ce règlement vise à déterminer quel Etat de l’Union Européenne est responsable de la demande d’asile d’une personne. Habituellement,il s’agit de l’Etat par lequel elle est entrée dans l’Union européenne. Dans le cas des immigrés afghans, il s’agit le plus souvent de la Grèce.

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