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Niger - La chute de Kadhafi relance l'immigration illégale vers l'Europe

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Niger - La chute de Kadhafi relance l’immigration illégale vers l’Europe

4 septembre 2011 - Afreeknews - AFP

"A nous l’Italie, l’Espagne !", crie "Ermondo", un ressortissant nigérian à Agadez (nord du Niger) : comme lui, de nombreux candidats ouest-africains à l’immigration clandestine, profitent de la chute du régime de Kadhafi pour tenter l’aventure vers l’Europe via la Libye.

Le Bureau des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) à Niamey, relève "d’importants mouvements transfrontaliers" dans le nord du Niger, notamment "de migrants tentant de retourner en Libye".

"Kadhafi qui bloquait le passage n’est plus là, alors on fonce !", lance le jeune nigérian de 29 ans qui espère faire carrière dans musique en Italie.

"Après des mois de trêve en raison des troubles en Libye, les affaires reprennent", jubile Bachir Amadou, un passeur Touareg de 38 ans.

A l’intérieur du "ghetto" (une maison de clandestins comme les appelle la population locale), au coeur d’Agadez, une centaine de Gambiens et Nigérians, dont des femmes, attendent l’heure de départ, sous la canicule (40 degrés à l’ombre), allongés sur des nattes de fortune.

Dans un autre "ghetto", à Amarwat, autre quartier d’Agadez, une cinquantaine de candidats ouest-africains règlent les derniers détails avant l’embarquement.

Certains se ruent vers une échoppe pour en revenir les mains chargées de bidons d’eau, de couvertures ou de turbans et de cagoules qui les protègeront contre les redoutables tempêtes de sable et les nuits glaciales du désert.

Après une longue heure d’attente, quatre véhicules de type Toyota pick-up se rangent, une cinquantaine de personnes prennent place, puis ils roulent vers Dirkou, localité nigérienne proche de la Libye, à trois jours d’Agadez.

"Pour la traversée périlleuse de ce vaste désert, les chauffeurs n’ont que leur flair pour s’orienter", explique Mohamed "le passeur", un "vieux routier fier de ses 17 ans d’expérience".

"Nous leur offrons quatre jours de ravitaillement en eau, biscuits et lait en poudre" raconte-t-il.

"Chaque jour au moins trois véhicules partent pour la Libye avec 15 à 18 passagers chacun, contre une rotation mensuelle avant la chute de Kadhafi", raconte souriant Abdoulaye Abou, un autre passeur.

Pour le seul mois d’août, profitant du "chaos et des signes avant-coureurs de la chute de kadhafi, nous avons fait passer plus de 700 personnes vers la Libye avec destination finale l’Europe", poursuit-il.

Coût du voyage : 90.000 FCFA (130 euros) par personne jusqu’à Gatron, première ville libyenne à quelque 1.200 km d’Agadez. Les clandestins verseront ensuite l’équivalent 100 dollars à des passeurs libyens jusqu’à Tripoli, à un millier de km au nord.

Les plus chanceux arrivent à destination.

"Quinze de mes camarades partis d’Agadez en août nous ont téléphoné il y a deux jours d’Italie", note "Ermondo" : "nous voulons profiter du désordre en Libye, après les Blancs (les européens, ndlr) vont fermer la route", lâche-t-il.

En mars, Mouammar Kadhafi, dont le pays dispose de quelque 2.000 km de côtes sur la Méditerranée, avait cessé toute coopération avec l’Union européenne en matière de lutte contre l’immigration illégale.

"Sa chute semble avoir ouvert les vannes de l’Europe aux clandestins sub-sahariens fuyant la misère chez eux", estime un douanier d’Agadez.

A Agadez, la police ferme les yeux sur ce trafic juteux.

Avec la relance de cette immigration illégale, la belle ville ocre d’Agadez aux portes du désert, revit après trois années de rébellion armée touareg. Même si les récents rapts d’Occidentaux par Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb Islamique) à Arlit (nord) sont dans les tous les esprits.

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