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Nehmat Alizada, adolescent afghan, sans parents, élève exemplaire

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Nehmat Alizada, adolescent afghan, sans parents, élève exemplaire

18 décembre 2011 - La Voix du Nord - T. F.

Nehmat est Afghan, il a un peu plus de 17 ans. Dans la profondeur de son regard, il y a un enfer à enfouir et un avenir à construire, en France.

Il raconte sobrement son parcours d’adolescent que la vie n’a pas gâté. Avec son père Issa, sa mère Akhinée et son petit frère Hamad, il a fui son village. « Avec mes parents, on a quitté l’Afghanistan parce que là où je vivais, c’est un petit village dans la montagne : Shekiban, près d’Hérat. Il y avait deux familles et on n’avait pas le même nom. Mon nom de famille, c’est Alizada et c’était toujours la guerre entre les deux familles à cause de la terre. » En Afghanistan, le droit de propriété n’est pas le même qu’ici : la terre appartient à celui qui la revendique le plus fort. Un jour, les Américains ont bombardé le village de Nehmat. Son oncle, l’homme fort du clan, est mort. Commence alors l’exode pour le petit berger et sa famille. À pied et en camion, le voyage est une véritable épreuve. « On est partis à pied, puis on est montés dans un camion. Des fois, on était 120 ou 150 dans le camion. On était l’un sur l’autre. L’un s’assoit sur ta tête et un autre sur tes jambes, comme ça pendant cinq à six heures sur des routes défoncées... » Nehmat a compté qu’ils étaient 195 à franchir la frontière entre l’Afghanistan et l’Iran, mais il est arrivé seul en France. « J’ai perdu mes parents en Turquie. Je n’ai plus de nouvelles d’eux. C’était la nuit, près de la mer. On était nombreux, on devait arriver en Grèce. Le passeur a dit : "Je compte 1,2,3 et tout le monde court vers les bateaux !". J’ai couru et je suis arrivé dans un bateau, mais mon père, ma mère et mon petit frère sont partis dans un autre bateau. J’ai crié pour dire que mes parents n’étaient pas là, le passeur m’a dit de ne pas crier parce qu’il y a la police et si elle vient, tout le monde sera pris... » Le bateau est parti, la nuit cachant les larmes du petit berger afghan. Arrivé en Grèce, Nehmat attend ses parents qui ne viennent pas. Il apprend que des bateaux ont coulé et que la police turque a attrapé des migrants. « En Grèce, je suis resté trois mois dans la rue. Je mangeais n’importe quoi, les gens me jetaient des choses, parfois, c’était pourri. » Pour passer en Italie, il embarque dans le réservoir vide d’un camion. Il y restera 35 heures recroquevillé, sans voir le jour, dans le froid, la faim et la peur au ventre. « Quand je suis arrivé en Italie, le policier m’a trouvé, je ne pouvais pas descendre, j’avais tellement froid que je ne pouvais plus bouger. » Après six mois d’un voyage éprouvant, Nehmat arrive tout seul en France, en février 2009, il n’a pas encore 15 ans. « Quand je suis arrivé à Paris, je ne savais pas du tout où j’étais. Je ne savais pas ce que je pouvais faire. Des Afghans m’ont recueilli et m’ont expliqué ce qui allait se passer pour moi. Ils m’ont dit que comme j’étais mineur, que je n’avais nulle part où aller, j’irais dans un foyer jusqu’à ma majorité.

 » Nehmat est dans un foyer à Gravelines, il est scolarisé au lycée professionnel Guynemer à Saint-Pol-sur-Mer, Il y prépare un CAP de céramiste mosaïste. Il a appris le français et en deux ans, il le parle très bien. Il est même le premier de sa classe, depuis le début de sa scolarité, avec 15,5 de moyenne générale à chaque trimestre. Il fait la fierté de ses professeurs et de son proviseur qui apprend à le connaître et à l’apprécier depuis la rentrée de septembre.

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