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Menacés dans leur pays, pourchassés dans le nôtre, les demandeurs d'asile

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On a lu, on a vu

Menacés dans leur pays, pourchassés dans le nôtre, les demandeurs d’asile

4 septembre 2010 - Médiapart - Martine et Jean-Claude Vernier

La main reste suspendue au dessus du clavier au moment de relater les avanies incroyables que doivent supporter des demandeurs d’asile un peu partout en France, en dehors de tout respect des engagements internationaux. Squat-prison à Gonesse, chasse à l’homme à Nice. Des regroupements de citoyens tentent tant bien que mal d’amortir les chocs.

Nous avons déjà exposé en juillet et en août la précarité imposée aux demandeurs d’asile, pourtant dûment enregistrés comme tels par les préfectures. La récurrence de situations scandaleuses nous conduit à reparler des calvaires endurés par un grand nombre d’entre eux.

Il leur faut attendre de longs mois pour obtenir la réponse de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) à leur demande de protection. A partir du moment où il les reconnaît comme demandeurs d’asile (ce qui est une première bataille), l’Etat doit leur procurer toit et nourriture, en vertu des conventions internationales signées par la France.

La galère niçoise a continué tout le mois d’août.

"Nous vous rappelons que le traitement réservé, le 11 août dernier, aux effets personnels des demandeurs d’asile (vol et destruction par des personnes en uniforme) a fait l’objet d’une plainte déposée auprès du Procureur de la République. (…)

Rappelons que ces jeunes, issus de la corne de l’Afrique et du Caucase, ayant fui les sévices et les dictatures, et ayant déposé une demande d’asile en France, après avoir passé l’hiver dehors puis au PECOS avec le soutien de citoyen-nes et d’associations, ont été hébergés quelque temps par la préfecture (contrainte par la Justice et en choisissant la solution la plus onéreuse !).

Depuis plusieurs semaines, de nouveau jetés à la rue malgré les règlements en vigueur,

Ils dorment sur la parking de Paillon, mangent et se lavent grâce aux associations.

Soutenus tant bien que mal par un tout petit nombre de citoyen-nes (autres êtres humains, leurs semblables…).

Ce ne sont ni des délinquants ni des profiteurs.

Ce sont des victimes de dictatures que notre pays a souvent soutenues ;

Ce sont des victimes d’une politique xénophobe de division ;

Ce sont des victimes d’une ambiance locale de mépris."

Le collectif de soutien aux demandeurs d’asile (Association pour la Démocratie à Nice, CIMADE, Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement-Terre Solidaire, COVIAM, Don Quichotte de Nice, Habitat&Citoyenneté, NPA, Pastorale catholique des Migrants, Secours Catholique, Vie&Partages... liste non limitative) et des citoyen-ne-s engagé-e-s à titre personnel veillent sur leurs abris et leurs maigres bagages, pourchassés qu’ils sont de parking en esplanade, car des opérations de "nettoyage" sont régulièrement organisées.

Fin août, une délégation de ces mouvements est reçue à la préfecture des Alpes Maritimes.

"On a donc été reçus. (…) Il a fallu entendre des "perles" du genre :

- "mais, ils ne sont que quatre ou dix maximum ces demandeurs d’asile" (rappelons qu’ils sont 89)

- "avec 320€ par mois et en se regroupant à quatre dans une chambre, ils doivent pouvoir se débrouiller"

- "on les a hébergés à l’hôtel parce qu’il y avait urgence climatique" (Cet hiver, ce sont les associations et les citoyens qui ont pris soin de nos amis)

- "on a mission de lutter contre les campements illicites" (cela veut dire, les amis, qu’il faut créer un campement...licite, non ?) (...)

- on a même entendu l’un de nos interlocuteurs considérer que les familles sous EURODAC avaient vocation à rejoindre la Pologne sans délai et que rien n’obligeait à leur hébergement en attendant leur départ (et pourtant, elles ont gagné au Tribunal Administratif le droit élémentaire de se maintenir dans les hôtels jusqu’à leur départ. La justice est pour certain une inutile garniture de la République)

Il n’est si bonne compagnie qui ne se quitte. Alors, pardon pour cette personnalisation, mais j’en ai eu assez, je me suis levé et je suis parti en faisant l’économie des civilités. (...)

On humilie en France des demandeurs d’asile et nous on reste avec eux. Plus que jamais ! Nous explorons des pistes de mise à l’abri..."

30 août. A l’autre bout du pays, Le Parisien relate la découverte à Gonesse (Val d’Oise) par deux associations d’aide aux migrants d’une soixantaine de demandeurs d’asile squattant depuis plus d’un mois un immeuble désaffecté. "Nous vivons sous la surveillance constante de vigiles et de leurs chiens, nous avons peur de sortir pour nous ravitailler, raconte un réfugié."

Comment se fait-il que l’on rencontre un peu partout en France ces situations hallucinantes et indignes, qui sont dénoncées depuis des mois ? Cette situation était prévisible, sinon programmée.

La procédure de demande d’asile comporte trois étapes, étudiées en détail dans un rapport de La Cimade de janvier 2010, Voyage au centre de l’asile : le dépôt de la demande, son examen par l’OFPRA (22% d’accord de protection en 2009 après élimination des demandes jugées infondées dès leur réception) et un éventuel appel auprès de la Cour Nationale du Droit d’Asile (environ 26% de succès en 2009), Elle se déroule sur une durée de un à deux ans, période longue pendant laquelle l’Etat doit donner au demandeur les moyens de vivre correctement, l’autorisation provisoire de séjour ne valant pas autorisation de travailler.

La réponse institutionnelle à cette obligation, ce sont les Centres d’Accueil pour Demandeurs d’Asile (CADA), gérés par des associations sous contrat avec l’Etat. Le nombre de places en CADA étant généralement insuffisant, les demandeurs non logés reçoivent une Allocation Temporaire d’Attente (ATA) d’environ 316 € par mois, versée par les Pôles Emploi (pas encore résidents et déjà chômeurs... c’est toute une philosophie). Avec une telle ressource, si l’on ne peut pas se faire héberger par des connaissances pour dormir sous un toit, il reste la rue ou le squat.

Le début des années 2000 a vu une crise d’hébergement grave, due à une augmentation importante des demandes. Toujours selon La Cimade, "les demandes d’asile ont connu une augmentation continue de 1999 à 2003 puis les premières demandes ont commencé à baisser mais l’augmentation du nombre de réexamens a maintenu à la hausse le nombre total de demandes. Les premières demandes ont chuté de près de 50% entre 2005 et 2007 avant de répartir à la hausse." Tandis que le nombre de demandeurs d’asile passait de 30 000 en 2007 à 39 000 en 2009, la capacité d’accueil en CADA est passée de 20 700 places en 2007 à 21 400 en 2009 - sur l’ensemble du territoire métropolitain (mais aucune en Guyane, où survivent 900 demandeurs d’asile, ni à Mayotte).

Une note de mai 2010 décrit un dispositif d’accueil au bord de l’explosion. Au manque chronique de places d’accueil s’ajoutent les effets de la réforme de mai 2009, "qui oblige les demandeurs d’asile à déposer leur demande à la préfecture de région et non plus à la sous-préfecture la plus proche de leur lieu de « résidence » provisoire… Conséquence : un dispositif d’accueil déstabilisé et des demandeurs d’asile livrés à eux-mêmes."

En bon français : peut-être que la France va accepter de vous prendre sous sa généreuse protection mais, en attendant, demerden sie sich ! ou, pour les latinistes, demerdate fratres !. Les associations et les citoyens de bonne volonté, aussi motivés et inventifs soient-ils, ne peuvent pas, à eux seuls, combler la béance de cet abandon.

Source

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