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Manifestation des migrants : l'avis des Calaisiens en marge du mouvement

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Manifestation des migrants : l’avis des Calaisiens en marge du mouvement

8 juin 2014 - La Voix du Nord - Chloé Tisserand

Les Calaisiens sont tombés ce samedi sur la manifestation de 200 migrants. Un mouvement né d’un rassemblement des différentes communautés pour un accueil plus digne. Rendez-vous en marge de la manifestation.

Ils étaient au moins 200 à marcher dans les rues de Calais. Un cortège festif qui a démarré du lieu de distribution des repas rue de Moscou. Le groupe d’exilés s’est arrêté au rond-point de Carrefour City à Calais-Nord. Des Africains dansaient, chantaient. « La migration n’est pas un crime », pouvait-on lire sur les pancartes. Une halte a aussi été marquée devant l’hôtel de ville où les exilés scandaient « Shame » (honte en anglais). Ils ont fini par applaudir des mariés et leur famille qui sont sortis dans une enfilade barrée de policiers, la mine fermée.

Ceux qui les aiment

Dans les petites rues qui mènent à la place d’Armes, une commerçante estime en les regardant passer « qu’ils font leur devoir comme ils sont expulsés ». Une bénévole de Salam râle : « Ils ont pris l’épidémie de gale comme prétexte pour détruire les camps, tout ça pour fêter les bateaux ! » La fête maritime a lieu ce week-end. Le cortège a avancé rue Royale avec des sifflements qui emplissaient l’espace. «  C’est honteux qu’ils soient chassés sans solution. Ces gens ne sont pas méchants  », commente une autre commerçante.

Ceux qui n’en veulent plus

Tandis que des No Border collaient des tracts expliquant les raisons de la manifestation sur les pots de fleurs installés par la mairie, des migrants ont délivré leurs messages sur des feuilles aux passants. Certains les ont rejetés d’un revers de la main. Le ton change au bout de la rue. Avec des doigts d’honneur du haut des balcons adressés au cortège. Des migrants ont répondu mais le reste du mouvement a fait fi. Un Calaisien est contre la manifestation à « 1 000 %. Ils auraient dû faire la révolution dans leur pays et faire supprimer leur dictateur. Un étranger de plus en Angleterre, c’est un Anglais qui perd son travail  ».

Le mouvement s’est dirigé vers le boulevard Jacquard. À leur passage, un quidam a fait le salut nazi. Ce qui a énervé plusieurs migrants vite calmés. « Je t’aime », lui a répondu une militante déguisée en clown. Une altercation est ensuite survenue entre l’adjoint aux finances, Gérard Grenat, prêt à en découdre et un militant qui le qualifiait de « voyou ».

Une fillette accompagnée de son père s’est émerveillée des tambours. Les manifestants n’ont pas fait le tour du théâtre. Sentant la fatigue venir à marcher un moment et avec un seul repas par jour dans le ventre, ils sont retournés tranquillement sur le lieu de distribution.

Un nouveau squat rue Masséna

Un nouveau squat a ouvert au 86 rue Masséna. Il s’ajoute aux trois squats existants (rue Masséna, rue Auber et rue de Vic) qui peuvent faire l’objet d’expulsions. Leur situation sera examinée par le juge le 20 juin. « On espère des solutions stables pour ces squats. La problématique de Calais est qu’il y a des expulsions mais aucune solution proposée, rappelle Camille des No Border. Les squats sont plus dignes que les camps a indiqué le préfet alors on le pousse à assumer ces paroles. Cela crée des solutions de relogement en petit nombre. » Le logement est occupé depuis le 1er juin.

Hier, l’adjoint à l’environnement, Philippe Mignonet, a indiqué que ce nouveau squat « suivrait la même procédure que les autres. Quel que soit le propriétaire, il y aura un dépôt de plainte pour violation de propriété et une expulsion ».

Il y a deux jours, Natacha Bouchart, sénatrice-maire, déposait une proposition de loi pour réclamer une extension du délai de flagrant délit permettant aux forces de l’ordre d’expulser le squat. La durée passerait de quarante-huit heures à quatre-vingt-seize heures. Autre point demandé par la sénatrice-maire : la possibilité de se substituer aux propriétaires injoignables ce qui permettrait à la municipalité de demander au préfet la mise en demeure de ses occupants.

Quant au squat Victor-Hugo, il est désormais géré par l’association Solid’Air depuis le 22 mai. Elle a pour mission d’accompagner administrativement et d’orienter vers les soins la quarantaine de femmes qui occupent le logement. Le lieu a fait l’objet d’une négociation entre les No Border et l’État. Il constituera probablement les prémisses de la future maison des migrants adoubée par le premier ministre Manuel Valls, lors de sa visite à Calais. Le projet propose d’accorder un accueil de jour aux exilés de passage. Cependant, le logement boulevard Victor-Hugo doit être rendu à sa propriétaire le 30 juin.

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