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Les migrants délogés ont migré sur le trottoir d'en face, et après ?

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Les migrants délogés ont migré sur le trottoir d’en face, et après ?

30 mai 2014 - Nord Littoral - D. K.

Au lendemain de l’évacuation, les associations s’interrogent

Vont-ils faire de la résistance et rester sur l’aire de distribution des repas ? Colère, déception, crainte... Au lendemain de l’évacuation des camps de migrants, les réfugiés s’interrogent, réfléchissent où aller. Les associations se serrent les coudes pour agir humainement et trouver des solutions L’aire de distribution de repas s’est transformée en refuge pour migrants, certains ont pris la route de la "jungle" de l’Hoverport, d’autres ont trouvé une place dans les squats et beaucoup s’interrogent. « On ne sait pas où on va dormir ! », lâche un migrant. Les associations pestent et martèlent que le problème est déplacé. Les migrants du camp Lamy ont traversé la route pour se retrouver sur l’aire de distribution des repas. Une situation humainement critiquée après l’évacuation de plusieurs camps mercredi. Près de 600 migrants sont à la rue.

Les associations et les No Border soudés pour la même cause

En début d’après-midi hier, les associatifs passent la clôture à tour de bras. Assis à même le sol, ils réfléchissent à la suite. La veille, le préfet a autorisé l’utilisation de ce site temporairement, pour 48 heures. « Et après ? » La phrase résonne comme une triste ritournelle. Salam, Calais Ouverture Humanité, Médecins du monde, les militants No Border.... Tous sont regroupés pour la même cause. « Nous sommes inquiets et très soudés », confie un activiste No Border. « Mais là on manque de tentes, de couvertures... On manque de tout. » A quelques mètres, les Africains sont aussi réunis et discutent de la suite, votent à main levée.
A l’endroit où d’habitude les migrants se posent pour avaler leur unique repas, des Africains sont couchés. Au sol des bâches de plastique. Plus loin, quelques tentes ont été installées. Des Pakistanais discutent. Un autre épluche à même le sol un oignon avec une lame de rasoir.

Des gamins de 14 ans

Khalid, un Algérien, avoue être en colère quant à la situation. « Ils nous disent de trouver une place loin d’ici mais on peut continuer à acheter dans les magasins ? ! (...) J’ai parlé avec un Afghan, il me dit que c’est pire que dans les autres pays d’Europe ! Et le gouvernement ? Les tentes, c’est les associations. A manger, c’est Salam. » Et d’ajouter : « La police regarde les gens comme des chiens ! » Un jeune syrien s’approche, passe le balai sur le bitume de cette cour devenue un refuge. Ahmed a 14 ans. Un adolescent seul qui a pour seul objectif de franchir la Manche. « J’ai essayé dix fois ! » Et il n’est pas le seul gamin à entendre près du port pour tenter sa chance outre Manche.
La situation est complexe, l’avenir flou. « On ne sait pas quoi faire... », soupire Séverine Mayer du collectif Calais Ouverture Humanité après la réunion. « Certains veulent rester sur l’aire de distribution, d’autres veulent un statut, des papiers, que la France leur permettre de vivre. Les migrants ont aussi passé beaucoup de temps à remercier tout le monde... » La liberté de leurs droits est évoquée par les migrants. Et Séverine Mayer de poursuivre : « Certains ne veulent pas rester sur l’aire de distribution mais dans un lieu sûr, pas sur un terrain privé pour être expulsé après. » Le contexte est difficile. « On a tous compris à demi-mot que le préfet tolérerait des petits squats, des petits camps... Mais les gars finissent toujours par se regrouper car ils se sentent plus en sécurité. » Sur l’aire de distribution des repas, humainement, le tableau est sombre.

« J’ai mal dans ma chair »

Seul avec ses questions, ses doutes, sa peur. Assis sur une planche de bois, emmitouflé dans une couverture, Koné est à l’écart des autres migrants. A quelques mètres, d’autres Africains sont assoupis, au sol, sur des bâches de plastique. La douleur se lit dans le regard de Koné. Cet Ivoirien de 25 ans ne sait plus. Renoncer, avancer ?

Vivre en paix

Les événements de la veille lui ont mis un énième coup en pleine face. « J’ai mal dans ma chair », lâche-t-il doucement, dans un français impeccable. Venant d’un pays colonisé par la France, Koné est arrivé à Calais il y a une semaine, avec d’énormes espoirs. Il déchante. Il n’a pas eu le temps d’accuser le coup, se poser, réfléchir à l’avenir. Mercredi, il a dû quitter le camp Lamy. En venant ici, il voulait « vivre en paix. J’ai plus envie de tout ça... Ce n’est pas une vie », soupire l’homme dont le regard laisse entrevoir les blessures accumulées.

« Je n’arrive plus à dormir »

Koné voudrait rester en France. Mais là, il doute. Perdu. « Je préfère rester ici... », confie-t-il tout de même. Son arrivée est récente, il ne sait pas comment faire, à qui parler. Livré à lui même, très discret, l’homme est pudique. « Ma famille est restée. Ici, je suis toujours dans mon coin. » Parmi les Africains, il est « le seul à parler français ». Mécanicien et chauffeur, il aimerait « travailler. Je pourrais le faire, mais comment ? » Depuis l’évacuation, il a clairement la peur au ventre. « Je n’arrive plus à dormir, je me demande si la police va revenir... » Désormais, il envisage de tenter sa chance en Angleterre. Il pourrait essayer de passer, cette nuit peut-être « en suivant les autres »... Tenter de passer, et prendre des risques. Les doutes, la crainte permanente et un seul souhait : « J’ai envie de vivre. »

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