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Les étudiants afghans toujours dans la tourmente

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Les étudiants afghans toujours dans la tourmente

25 juin 2012 - Jol Press - Chris Sand

L’engagement américain en Afghanistan, malgré de nombreux déboires, aura permis la scolarisation de millions d’enfants afghans. Mais le départ des troupes, prévu pour 2014, laisse présager un futur incertain pour tous ces étudiants. Etat des lieux.

Résurgence des talibans

L’accès à l’éducation était un des rares aspects de la vie quotidienne des Afghans sur lequel les Etats-Unis et les pays membres de la coalition pouvaient se prévaloir d’une once de succès.
Depuis peu, une série d’agressions sur des écolières du nord du pays amènent à s’interroger sur l’habilité des professeurs et des hommes politiques à assurer le fonctionnement d’un système éducatif, après le départ des troupes alliées en 2014.

« Si les gouvernements n’y prêtent pas davantage d’attention, l’avenir sera très sombre , » estime Mawlawi Abdulwahab Erfan, un sénateur représentant la province de Takhar, où les incidents se sont produits.

En effet, des centaines d’étudiants sont tombés malades après avoir bu de l’eau contaminée, alors qu’elle était censée être potable. Du poison a également été pulvérisé dans plusieurs salles de classes.

Toute ces attaques ont relancé les débats sur la retour en force des talibans, et leur capacité à reprendre le pouvoir. Lorsque le mouvement fondamentaliste régnait sur l’Afghanistan, de 1996 à 2001, l’éducation des filles avait été sévèrement restreinte. Seul un million d’enfants au total fréquentaient les bancs de l’école.

Le bon côté du bilan

D’après le gouvernement, ce chiffre s’élève désormais à neuf millions d’élèves, dont 40% de filles. C’est d’ailleurs une des raisons invoquées pour défendre l’engagement américain à Washington, où cette guerre est devenue extrêmement impopulaire.

Alors qu’aucun mouvement ne revendique les événements de Takhar, une certaine confusion règne. Les talibans ont décliné toute responsabilité et les médecins ont affirmé que quelques filles souffraient d’hystérie de masse. Les forces de sécurité afghanes ont, quant à elles, annoncé l’arrestation de quinze suspects, dont douze militants talibans.
L’Associated Press cite un porte-parole du service de renseignement disant que « les talibans cherchent à créer la terreur et la peur ». Celui-ci ajoute qu’ils ciblaient les systèmes d’éducation et de santé parce qu’ils « étaient les deux principales réalisations depuis l’arrivée des troupes américaines »
Bien que les attaques à l’encontre des étudiants ne soient pas un fait nouveau, l’ampleur des incidents récents n’a fait qu’augmenter le sentiment d’anxiété qui prévaut dans tout le pays, alors que les forces de l’OTAN entament leur retrait.

Des agressions constantes contre les étudiants

En 2010, les enfants et les enseignants de l’école Totya pour filles, à Kaboul, avaient du être hospitalisés après avoir été empoisonnés. La principale du collège, Zarmeena Esmat Samadi, ne sait toujours pas s’il s’agissait d’une agression délibérée. « Evidemment, nous sommes inquiets, mais nous devons garder le moral. Si nous commençons à exprimer nos inquiétudes en public, les gens vont quitter l’école avant même la fin de la deuxième année, » explique t-elle.

On sent malgré tout la pression talibane sur la population étudiante. Dans la province méridionale de Ghazni, par exemple, le gouvernement a tenté d ‘étouffer les activités des insurgés en interdisant l’utilisation de motos non enregistrées. Les talibans ont répondu avec un édit rédigé de leur main, exigeant la fermeture des écoles dans la région jusqu’à ce que l’interdiction en ait été levée. Certaines sont encore fermées aujourd’hui.

Des femmes afghanes qui se battent comme elles peuvent

L’intimidation des élèves est monnaie courante, même lors d’un court trajet en voiture depuis Kaboul. Selon Humaira Haqmal, une militante, des centaines de filles ont cessé de fréquenter l’école secondaire de la ville voisine de Maidan Shahr.
« Les élèves m’ont contacté pour me dire que même les professeurs leur demandaient de ne pas venir et de renoncer à avoir une éducation, » déclare t-elle.
« Toutes ces filles disent « Nous n’avons pas peur de la mort, mais nous sommes effrayées à l’idée qu’une mine puisse nous laisser estropiées, que quelqu’un nous jette de l’acide au visage ou que nous commettions un acte qui nous fasse honte dans ce monde et le prochain » ajoute t-elle.

Malgré toutes ces difficultés, Humaira Haqmal, professeur de Droit et de Sciences politiques à l’Université de Kaboul, estime que le système scolaire peut être protégé si les Etats-Unis et leurs alliés soutiennent son pays après 2014.
« Si la communauté internationale tient ses promesses, la situation devrait continuer à évoluer normalement. Mais s’ils décident de couper les aides, les problèmes s’accentueeront, » affirme t-elle.

Tenir ses engagements

Les responsables du ministère de l’éducation sont désireux de minimiser les risques auxquels sont confrontés les étudiants. Ils affirment que, malgré les 500 écoles encore fermées, 15 500 établissements restent ouverts dans le pays.
La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a, de son côté, promis « de sauvegarder le droit des femmes », même si un accord politique n’est jamais conclu avec les talibans pour mettre fin au conflit.

Beaucoup d’afghans doutent qu’une telle entente soit possible. Shahla Rasheed a quitté sa patrie dans les années 1990 pour fuir la guerre civile, qui suivit le retrait des forces soviétiques. Elle est retournée en Afghanistan en 2003 et a mis en place l’Institut d’Enseignement Supérieur Maryam, une université privée de Kaboul.

« Toutes les femmes célibataires d’Afghanistan ont les mêmes inquiétudes, » déclare-t-elle. « Même dans nos pire cauchemars, nous ne pouvons pas imaginer que les talibans reviennent et nous empêchent d’étudier »

Pourtant, ce scénario se profile déjà. Un raid aérien de l’OTAN dans la province de Logar a causé la mort de plusieurs civils, selon le gouvernement afghan. Les militants locaux auraient ensuite ordonné aux écoles d’un district de fermer pour une période de deuil de trois jours. Personne n’était disposé à - ou capable de - les arrêter.

Global Post / Adaptation Henri Lahera pour JOL Press

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