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Le préfet interdit la manifestation anti-migrants à Calais, dimanche : « Une décision lourde à prendre »

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Le préfet interdit la manifestation anti-migrants à Calais, dimanche : « Une décision lourde à prendre »

12 avril 2014 - La Voix du Nord - Olivier Pecqueux et Ariane Delepierre

En visite ce vendredi matin à Calais pour l’inauguration des nouveaux locaux de la gendarmerie nautique, à la capitainerie du port, le préfet du Pas-de-Calais, Denis Robin, a annoncé qu’il interdit la manifestation « anti-migrants », à l’initiative du collectif « Sauvons Calais ». Une décision « rare », « lourde à prendre », pour éviter un affrontement entre les manifestants extrémistes, de la droite et de la gauche. Kevin Reche, le leader de « Sauvons Calais », n’exclut cependant pas d’afficher banderoles et slogans face au campement des migrants.

Le ton grave, Denis Robin a avancé trois raisons essentielles ayant motivé l’interdiction du défilé « anti-migrants » prévu ce dimanche à Calais. « Cette manifestation organisée par le collectif Sauvons Calais est à forts risques, avec des renforts venus de l’extérieur du département, des intentions et une capacité à passer à l’acte. Deux contre-manifestations sont prévues, dont l’une, par les No Borders, est composée de ressortissants issus de pays d’Europe du Nord. Ajoutons à cela la présence de plusieurs campements ou squats de migrants sur le trajet de la manifestation… J’ai considéré que les risques étaient trop élevés pour autoriser cette manifestation. »

Depuis qu’il est en exercice dans le Pas-de-Calais, c’est la première fois que Denis Robin signe un arrêté interdisant une manifestation publique. « C’est une décision rare, lourde à prendre, qui est une dérogation puisque le principe de notre droit est celui de la liberté de réunion et de manifestation. Ce n’est qu’en cas de risque lourd à l’ordre public que le préfet prend une telle mesure. »

Annoncée le mois dernier, la manifestation dont le départ devait être donné place d’Armes, « contre l’immigration de masse, l’insécurité, les pro-migrants, les journalistes vendus » selon le collectif Sauvons Calais qui faisait circuler ce message sur Facebook, a fait l’objet d’une demande écrite auprès des services de l’État. Sur cette demande déposée la semaine dernière, le motif de la manifestation est aussi explicite : « Contestation contre la manipulation médiatique à l’égard du collectif Sauvons Calais et les décisions des politiciens au sujet de l’immigration. » Kevin Reche, le jeune leader du collectif, a été reçu ce jeudi par le sous-préfet de Calais Alain Gérard, lequel a transmis à la préfecture ses sérieux doutes sur la sécurité du rassemblement à venir.

Dans l’arrêté d’interdiction, Denis Robin souligne que « Kévin Reche a déjà tenu des propos extrémistes et d’incitation à la haine, accompagnés de dégradations importantes sur une habitation squattée par les No Borbers lors d’un précédent rassemblement devant une habitation à Coulogne en février ». Un portrait sans concession du leader de Sauvons Calais, le jeune Calaisien qui arbore un tatouage en forme de croix gammée sur le torse, et qui dans nos colonnes ce jeudi avouait avoir pour idole Alexandre Gabriac, le fondateur des jeunesses nationalistes, exclu du FN après être apparu sur une photo en train d’effectuer un salut nazi. Alexandre Gabriac était invité au défilé de ce dimanche et s’il n’est pas cité par la préfecture, il est visé par l’arrêté : « Parmi les manifestants extérieurs qui ont annoncé vouloir se déplacer en nombre, figurent certaines personnes très défavorablement connues des services de police pour des faits de violences lors d’attroupements ou de propos incitant à la discrimination et à la haine raciale ainsi que des responsables de la mouvance ultra-droite. »

Prenant en compte la contre-manifestation prévue ce dimanche par les militants No Borders, qui dans un passé récent ont déjà tenté d’en découdre avec le collectif Sauvons Calais, plus la mobilisation pacifique du collectif Calais ouverture et humanité face au campement des migrants, Denis Robin a considéré que la mobilisation des forces de l’ordre aurait été trop importante.

L’annonce de l’interdiction de la manifestation s’est faite en présence du procureur de la République de Boulogne-sur-Mer Jean-Pierre Valensi, qui a souligné « les risques d’amendes » encourus par des manifestants qui souhaiteraient défiler en dépit de l’arrêté préfectoral. La sénatrice-maire Natacha Bouchart, également présente, s’est déclarée « solidaire de cette décision puisque j’avais moi-même donné à titre consultatif un avis défavorable. Maintenir ce rassemblement n’aurait pas été raisonnable. Je refuse tous les extrêmes. »

Kevin Reche face au campement des migrants ?

Convoqué ce vendredi après-midi au commissariat de police de Calais pour être informé de la décision du préfet du Pas-de-Calais, Kevin Reche laisse planer le doute sur une mobilisation différente. « La décision du préfet est une atteinte à notre liberté d’expression. Je ne comprends pas qu’on interdise le rassemblement de Sauvons Calais et que l’on ne s’oppose pas à la manifestation organisée par le collectif Calais ouverture et humanité. Si celui-ci maintient son rassemblement devant le campement des migrants, on sera présent avec des banderoles, qu’on soit dix ou cent. »

La bonne décision

Depuis des mois, le Calaisis observe avec inquiétude une montée des extrêmes autour de l’insoluble problématique de l’immigration clandestine. Avec toujours cette question lancinante : comment ce combat entre deux idéologies va-t-il se terminer ? À l’extrême droite, le collectif Sauvons Calais agite la peur de l’étranger et brandit une riposte souvent haineuse comme bouclier. À l’extrême gauche, des No Borders affluent de toute l’Europe, attirant dans leur sillage des militants antifascistes qui se cachent derrière leur foulard pour provoquer des affrontements avec leurs adversaires de toujours. Au centre, spectatrices impuissantes de cette bataille, deux populations subissent. Les Calaisiens d’abord, très majoritairement sensibles à la question des migrants, mais désormais habitués à leur présence qui se banalise. Les migrants ensuite, obligés de vivre clandestinement dans des conditions inhumaines et otages de certains radicaux qui les instrumentalisent. Car repoussés ou soutenus, détestés ou aimés, les migrants donnent paradoxalement un sens à la vie de ceux qui attisent les extrêmes, qu’ils soient de droite ou de gauche. En janvier, il a fallu l’intervention de CRS pour éviter que les manifestants n’en viennent aux mains. Le mois suivant, c’est une pluie de pierres et d’insultes qui s’est abattue sur des squatteurs à Coulogne. Dans ce contexte très tendu, devenu explosif avec l’annonce de la venue de personnages ayant fait l’apologie du nazisme, l’interdiction de la manifestation prise par le préfet du Pas-de-Calais est une bonne décision. Le choix de la sagesse, celui qu’attendaient les Calaisiens aspirant à un retour au calme.

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