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Le passeur vietnamien qui n'a plusrien à perdre décrit toute la filière

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Le passeur vietnamien qui n’a plusrien à perdre décrit toute la filière

2 février 2012 - La Voix du Nord - Alexis Constant

À écouter « Phao », le surnom de ce passeur vietnamien qui opère à Ghyvelde depuis le mois de septembre, ...

sa filière d’immigration clandestine fonctionne comme une agence de voyage. Les candidats au passage vers la Grande-Bretagne ont le choix entre trois formules. La formule de base est appelée « herbe », ou plus cyniquement « CO2 », pour rappeler que l’on manque vite d’air, caché dans la remorque d’un poids lourd.

Trois formules

Pour cette formule, qui ne comprend, sur place, que l’ouverture des portes de la remorque du camion par le passeur, il en coûtera entre 3 000 et 4 000 E.

Pour la deuxième formule, dite « VIP 1 », il faut débourser entre 4 000 E et 5 000 E. À ce tarif-là, on peut monter dans la cabine du chauffeur routier, forcément complice et payé par la filière.

Enfin, avec « VIP 2 », à 5 000 E minimum, en plus de monter dans la cabine du chauffeur, on peut passer une nuit ou deux à l’hôtel, dans le Dunkerquois (plus confortable que la jungle !), et bénéficier d’une prise en charge à l’arrivée, en Angleterre.

« Phao », en réalité Tung Huong Nguyen, 22 ans, s’occupait depuis septembre de faire appliquer ces prestations, au rythme, dit-il, de 20 clandestins passés par mois depuis septembre.

Le prévenu ne savait pas qu’il faisait l’objet d’écoutes téléphoniques dans le cadre d’une enquête visant la filière vietnamienne s’organisant depuis Paris. « Aujourd’hui, il ne peut pas nier. Ces écoutes sont accablantes ! », affirme le vice-procureur.

Non seulement « Phao » ne nie pas mais, chose rare, il raconte comment la filière vietnamienne s’organise, donne des noms. Il n’a plus rien à perdre et a décidé de quitter le réseau, trop dangereux.

En effet, il a été interpellé en début de semaine, à sa sortie de l’hôpital de Dunkerque, où il a été soigné pour un coup de couteau. « Le réseau me reprochait d’aller trop souvent en Allemagne. J’avais un différend avec un des chefs parisiens. Ils ont envoyé un homme de main pour me poignarder », raconte Tung Huong Nguyen, qui comptait s’enfuir en Allemagne et tout arrêter. Sans vergogne, en garde à vue, il décrit comment fonctionne la filière : « Celui qui organise tout est au Vietnam. Il fait obtenir des visas touristiques aux clandestins, pour la République Tchèque.

De là, les migrants sont acheminés soit à Paris, soit directement à Ghyvelde. Sur place, il y a un chef de camp et trois ou quatre passeurs qui se relaient pour travailler. Moi, j’étais l’un d’eux. J’ai dû toucher 4 000 E depuis septembre. En fait, l’argent va au grand chef parisien. Les sous-chefs à Paris s’occupent de redistribuer les salaires des passeurs. » La défense s’émeut : « Son dernier salaire, c’est un coup de couteau ! ». Le parquet, moins attendri « Je ne vais pas lui proposer la formule "VIP 1 ou 2", mais la formule DEP : "directement en établissement pénitentiaire". » Dix-huit mois ferme et un mandat de dépôt sont réclamés. Le tribunal a condamné le passeur à un an ferme. Il a été écroué. Il est interdit de territoire français pour une durée de cinq ans. •

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