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Le mythe de l'étranger profiteur est de retour

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Le mythe de l’étranger profiteur est de retour

20 octobre 2010 - Libération - Véronique Parel et Pierre Micheletti

Dans le contexte politique actuel, défendre l’accès aux soins des étrangers peut paraître incongru. Certains migrants sont éligibles à un dispositif de couverture sociale appelée aide médicale d’Etat (AME). Or les conditions d’accès à ce dispositif sont aujourd’hui remises en cause : il est envisagé de mettre en place un droit d’entrée de 30 euros. Ce projet du gouvernement met une fois de plus en scène la figure de l’étranger « profiteur ». Le raisonnement tenu par les pouvoirs publics est pourtant économiquement symbolique, politiquement fallacieux et aberrant en matière de santé publique.

L’analyse plus précise des données sanitaires et financières apporte un éclairage sur la mécanique qui aboutit, une fois encore, à stigmatiser les étrangers et leur « comportement ». La fraude, qui est évoquée dans les mesures en préparation, apparaît manifestement peu déterminante dans l’explication du coût croissant du dispositif. Selon l’Igas et les rapports annuels de Médecins du Monde, les soins sont non seulement effectivement dispensés à des personnes répondant aux critères d’éligibilité de l’AME, mais la moitié des personnes éligibles n’engagent pas les démarches nécessaires.

Par ailleurs, le risque de créer un motif supplémentaire d’immigration n’est actuellement pas un scénario crédible pour l’AME. L’observation de la nature des pathologies traitées dans ce cadre en témoigne. Les grossesses à risques représentent une des causes d’intervention les plus fréquentes et ne peuvent être interprétées que comme la conséquence de conditions de vie précaires et instables. L’augmentation du coût de l’AME ces dernières années, s’explique en revanche par une augmentation du nombre de pathologies lourdes qui sont essentiellement dues à une prise en charge trop tardive de ces patients : 73,3% du total des dépenses d’AME est en effet concentré sur 10% de personnes gravement malades (source Igas). On constate ainsi que c’est bien le système de santé lui-même qui, en écartant des soins courants un certain nombre d’étrangers, contribue à renforcer un financement rendu ainsi chroniquement déficitaire - et non pas le comportement incivique des personnes qui devraient relever de ce dispositif. Mais la tentation d’utiliser politiquement cette équation tronquée est tentante, CQFD.

Il convient par conséquent d’ouvrir davantage la médecine de ville aux étrangers en situation irrégulière et non pas l’entraver davantage. Rappelons pour finir que les instances internationales des Nations unies plaident aujourd’hui pour un retour à la gratuité des soins à l’égard des populations les plus déshéritées de la planète, dans le cadre des objectifs du millénaire, stratégie soutenue avec ferveur par les représentants de la France, pour les pays étrangers…

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