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La torture pratiquée dans une dizaine de prisons afghanes

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La torture pratiquée dans une dizaine de prisons afghanes

19 mars 2012 - Le Monde

La torture fait partie du quotidien des prisonniers en Afghanistan. C’est ce qui ressort d’un rapport publié samedi 17 mars par la Commission indépendante afghane pour les droits de l’homme (AIHRC). Selon l’ONG, la police et les services de renseignement afghans (NDS) torturent leurs détenus de "manière habituelle" dans au moins une dizaine de prison. Un constat tragique qui semble démontrer un accroissement des violences sur les prisonniers en Afghanistan.

"Des chercheurs ont trouvé des preuves crédibles de torture dans neuf établissements du NDS et plusieurs [autres] appartenant à la police afghane", pointe l’AIHRC. Parmi les tortures infligées figurent "des passages à tabac, des suspensions au plafond, des décharges électriques, des menaces ou des cas effectifs d’abus sexuels et d’autres genres d’abus physiques ou mentaux utilisés de manière habituelle pour obtenir des confessions ou d’autres informations", indique le rapport.

Ces accusations ne sont pas nouvelles. En octobre 2011, l’ONU dénonçait déjà, dans un autre rapport, les "tortures systématiques" de prisonniers dans cinq centres de détention afghans, ajoutant que 46 % des détenus interrogés qui avaient séjourné dans les geôles du NDS "avaient subi des techniques d’interrogatoire" semblables à la torture. Plus récemment, le gouvernement afghan avait rendu public samedi 7 janvier un rapport mentionnant des cas de torture et de mauvais traitements dans la prison de Bagram, près de Kaboul, un établissement tenu conjointement par les troupes américaines et afghanes.

L’ARMÉE AMÉRICAINE MISE EN CAUSE

L’AIHRC s’inquiète par ailleurs "sérieusement" du manque de transparence de "la politique américaine quant aux transferts de détenus". D’après le rapport, dans au moins trois cas, des militaires américains n’appartenant pas à la force internationale de l’OTAN (ISAF) aurait transféré des prisonniers afghans vers le centre du NDS de Kandahar, alors que l’ISAF n’y envoyait plus de détenus. Les trois hommes ont ensuite été torturés.

"Nous prenons ces allégations au sérieux. Nous nous renseignons à ce sujet", a commenté un porte-parole de l’ambassade américaine de Kaboul. Les Etats-Unis dirigent l’ISAF et lui fournissent environ quatre-vingt-dix mille de ses cent trente mille soldats. En réponse, la force internationale a indiqué, par un de ses porte-parole, qu’elle "enverrait des équipes pour inspecter les sites" épinglés par l’AIHRC. "Après la sortie du rapport de l’ONU en octobre, nous avons cessé de transférer des détenus dans seize établissements. Puis nous avons été vérifier si des violences y avaient, ou non, été commises. Douze d’entre eux sont à nouveau agréés", a-t-il poursuivi.

Le gouvernement afghan est également critiqué par l’AIHRC pour avoir "réorienté" des fonctionnaires "responsables d’abus sur des détenus" plutôt que de les avoir "révoqués et poursuivis". "Le fait que le gouvernement fasse l’objet de défis sécuritaires ne signifie pas que la torture est justifiable ou inévitable", affirme l’ONG.

LES SERVICES SECRETS AFGHANS DÉMENTENT

De leurs côtés, les services secrets afghans réfutent les accusations de maltraitances. Le travail de l’AIHRC est "sans fondement" et le NDS "rejette ses conclusions", a indiqué Lutfullah Mashal, leur porte-parole. Sediq Sediqqi, le porte-parole du ministère de l’intérieur, a lui aussi "totalement rejeté les allégations concernant la police". Selon lui, la police "n’enquête pas ni ne torture dans les prisons, où elle ne fait que garder" les détenus. "Mais nous enquêterons sur les cas de maltraitance mentionnés", a-t-il ajouté. "Ce rapport a été sorti intentionnellement à ce moment important et sensible, quand les Afghans se préparent à prendre le contrôle complet de la prison de Bagram", observe Lutfullah Mashal, pour qui l’AIHRC "ne veut pas que cela se produise".

Les Etats-Unis et l’Afghanistan ont, en effet, signé un accord au début de mars prévoyant le transfert d’ici six mois au gouvernement de Kaboul du contrôle de la prison américaine de Bagram, au nord de Kaboul, surnommée parfois "le Guantanamo afghan" pour le symbole qu’elle représente.

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