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« La police ne m'avait jamais frappé avant »

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On a lu, on a vu

« La police ne m’avait jamais frappé avant »

6 juin 2014 - Nord Littoral - Julie Hamez

Au cœur de l’aire de distribution des repas, tous connaissent l’histoire. Tous savent que la veille, trois migrants sont rentrés avec des plaies et des hématomes. Dans le camp des Afghans, l’un d’eux raconte : « La nuit dernière, un Érythréen a été frappé par la police. Ils l’ont blessé à l’œil. » Quelques minutes plus tard, la victime passe le grillage entrouvert de l’aire de distribution. Il a seize ans, et a posé le pied sur le territoire français il y a un mois. Sa paupière est enflée ; sous l’œil, on remarque une petite plaie ouverte.

Blessés, mais pas découragés

L’adolescent n’était pas seul, mais la seconde personne est parvenue à s’enfuir. Lorsqu’il rentre à l’aire de distribution le soir même, quelqu’un le conduit à l’hôpital.« Ils ont pris mon nom et ont regardé mes yeux. J’ai attendu cinq heures et je suis parti. » Ce n’est pas la première fois qu’il est repéré par la police alors qu’il tente de passer. « Mais ils ne m’avaient jamais violenté avant », précise-t-il.

Dans la nuit, deux autres migrants sont également rentrés blessés. Un Afghan âgé de 23 ans se présente, un bandage autour de l’avant-bras.« Ils me l’ont fait sur le camp. Je ne suis pas allé à l’hôpital. » L’un de ses amis lui sert d’interprète et raconte : « Il rentrait et se trouvait près de l’aire de distribution. Il était 3h30. La police l’a vu, l’a attrapé et lui a donné un coup de matraque sur le bras. » Pour lui aussi, « c’était la première fois ». Un Syrien aurait également été blessé dans la nuit, et serait rentré avec une plaie sur le crâne.

Tous s’accordent à dire qu’ils n’avaient jamais vécu ces violences auparavant. Pourtant, d’après Médecins du monde, elles ne sont pas rares. « On rencontre régulièrement des migrants qui ont été frappés par les policiers. L’histoire de ces trois personnes n’est pas une exception. » L’association remarque par ailleurs que c’est l’une des raisons pour lesquelles ils ne veulent pas quitter le lieu de distribution des repas. « Les forces de l’ordre ne les violentent jamais devant des témoins. A chaque fois, les migrants sont seuls. Sur leur campement, ils sont plus nombreux et se sentent plus en sécurité. » Avant l’évacuation des camps Lamy et de la Batellerie, certains migrants ont installé leur tente ailleurs. « Et ils se sont fait déloger à coups de pieds. »

Les traits tirés, l’air résigné, les nouvelles victimes de ces violences déplorent la façon d’agir des forces de l’ordre. Mais leur désir d’une vie meilleure est plus fort que leur crainte de rentrer blessés. Le jeune Erythréen tente de passer régulièrement la frontière : « Et je n’arrêterai pas. Je veux aller en Angleterre. »

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