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La Roumanie, porte de sortie de l'enfer pour des milliers de réfugiés

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La Roumanie, porte de sortie de l’enfer pour des milliers de réfugiés

14 février 2012 - Rue 89 - Mihaela Carbunaru

(De Timisoara) A l’ouest de la Roumanie, le Centre de transit en régime d’urgence de Timisoara accueille des centaines de réfugiés en provenance de zones de conflits. Cette structure mise en place en coopération avec les Nations unies est unique au monde. Pendant quelques mois, elle aide les naufragés des guerres à reprendre pied et à se préparer une nouvelle vie.

Avant novembre dernier, Aseb ne savait même pas placer la Roumanie sur une carte. Aujourd’hui, ce jeune Erythréen voit dans ce pays, pourtant à l’opposé de sa culture et de ses traditions, un tremplin vers une nouvelle vie.

A 29 ans, Aseb est arrivé au centre de Timisoara après avoir échappé deux fois à l’enfer. Il a d’abord fui le service militaire forcé dans son pays natal, d’une durée illimitée. Installé en Libye, il est alors devenu la cible de la population dès les débuts de la révolte contre Kadhafi : comme la plupart des Sub-Sahariens, on le soupçonnait d’être un mercenaire à la solde du raïs. Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs été torturés, voire tués.

Obligé de fuir les violences, il a encore pris la route de l’exode pour atterrir dans le camp improvisé de Choucha, à la frontière tuniso-libyenne. Un quotidien violent, où la survie ne tient qu’à un fil.

Et puis un jour, le mot « évacuation » est prononcé : ce sera la Roumanie, avec sa femme et son enfant. Mais la peur est encore tenace, les blessures toujours douloureuses. Il n’ose d’ailleurs pas révéler son identité complète :

« La situation à Choucha était terrible. Ici je suis enfin en sécurité, j’étudie l’anglais et mon enfant profite de tout ce qu’on peut lui offrir. »

Mais bientôt sa vie va radicalement changer : dans un mois, il partira s’installer aux Pays-Bas.

Ce début d’année, une majorité d’Erythréens

A Timisoara, les histoires se croisent dans un va-et-vient permanent. Quelques 65 réfugiés occupent actuellement les lieux, mais 200 places sont disponibles. En fonction de l’actualité, le Centre se remplit puis se vide.

En ce début 2012, la plupart des pensionnaires sont d’origine érythréenne, et tous attendent leurs documents pour repartir vers de nouveaux horizons.

Grâce aux volontaires des ONG Salvati Copiii (Sauvez les enfants) et Generatie Tanara (Jeune génération), Aseb et sa famille apprennent l’anglais et suivent des cours pour s’acclimater à la société qui va les accueillir.

Gérée de façon conjointe par le HCR (agence des Nations unies pour les réfugiés), l’Office mondial pour les migrations (OIM) et l’Office roumain pour l’immigration, la structure accueille les réfugiés pour une période maximale de six mois, avant leur relogement souvent aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas ou en Suède.

Tout dépend des accords internationaux avec chaque pays, le HCR privilégiant aussi le regroupement familial, quand il est possible, pour faciliter l’insertion sociale.

« On parle de destins, pas de chiffres »

Chaque minute dans le monde, huit personnes sont obligées de quitter leurs maisons pour échapper aux conflits et aux persécutions, selon les statistiques des Nations unies.

Mais derrière ces chiffres se cache une histoire à connaître. Souvent par l’intermédiaire d’un interprète, ce qui demande du temps et de la patience.

Camelia Nitu, la coordinatrice du centre et représentante sur place du HCR, explique :

« L’année dernière, nous avons surtout accueilli des réfugiés d’Afrique du Nord, suite au conflit en Libye. En ce moment, nous travaillons avec deux groupes d’Erythréens : l’un vient du camp de Choucha, l’autre a été évacué de la Tanzanie. Nous avons aussi un troisième groupe composé de Somaliens et d’Ethiopiens évacués d’un camp provisoire à la frontière entre la Libye et l’Egypte. »

Elle ajoute :

« Mais on parle avant tout de destins, pas de chiffres. »

Une grande ouverture d’esprit dans la région

Au total, environ 900 personnes ont transité par le centre depuis sa création en 2008 et 9 enfants y sont nés.

Le choix de cette région n’a pas été aléatoire, indique le directeur du centre, Filimon Pitea :

« Près de 27 nations et ethnies différentes vivent ensemble dans cette ville, un fort esprit de tolérance s’est développé. »

Timisoara a été désignée pour héberger cette structure unique dans le système onusien d’abord parce qu’elle dispose d’un aéroport international et d’un centre universitaire ayant formé beaucoup de demandeurs d’asile, notamment arabes, qui ont ensuite intégré le milieu local. D’où une grande ouverture d’esprit à l’échelle régionale.

L’aménagement du centre a coûté 900 000 euros, dont le tiers a été financé par l’Etat roumain. Et son bon fonctionnement enorgueillit les politiques du pays, qui y voient « un modèle au niveau international », selon l’ex-premier ministre roumain, Emil Boc.

Au Centre, une cohabitation parfois difficile

A l’intérieur du centre, l’ambiance est calme et l’hygiène respectée. Mais cela n’a pas été toujours le cas, se souvient l’ex-directeur, Constantin Daminescu :

« Il y a des groupes ethniques avec des sensibilités et des cultures tellement différentes que ce n’est pas toujours évident de faire cohabiter tout le monde, ou de leur faire accepter leur situation de réfugié. Je me souviens qu’avec les Palestiniens cela a été plus difficile par exemple. »

Un bâtiment est réservé aux femmes, un autre aux hommes. Les espaces communs sont les salles pour le sport, l’espace pour Internet et les cours, ainsi qu’un cabinet médical.

« Parfois, les réfugiés ont vécu des évènements tellement atroces et difficiles, qu’ils développent un instinct de survie nécessaire mais qui peut les faire basculer dans la violence », remarque Camelia Nitu.

Cette juriste, qui a travaillé cinq ans à Genève, est non seulement l’interface des Nations unies avec les résidents, mais se veut aussi une conseillère et une amie. Elle connaît le nom de chaque refugié, et évoque avec empathie l’histoire de chaque famille.

« Hassan est resté chez nous pendant une année, avant d’être installé aux Etats-Unis. Régulièrement, je reçois des lettres dans lesquelles il me donne de ses nouvelles. »

« Pas chez nous »

« C’est intéressant de constater que lorsqu’on demande de la solidarité ou une contribution pour partager l’accueil des réfugiés, ce ne sont pas forcément les pays auxquels on pense habituellement, comme la France ou l’Angleterre, qui se dépêchent de proposer des solutions », remarque Jean-François Dubost, responsable du programme « Personnes déracinées » à Amnesty International France.

« Suite aux événements en Libye, la position de la France et des pays riches de l’UE c’était “oui, il faut les protéger, mais pas chez nous”. »

Source

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