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L'incendie, les migrants et les "criminels" : pourquoi je porte plainte contre C.Guéant

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L’incendie, les migrants et les "criminels" : pourquoi je porte plainte contre C.Guéant

7 octobre 2011 - Rodolphe Nettier, président SÔS - Le + Nouvel Obs

LE PLUS. Il y dix jours, six migrants sont morts dans l’incendie d’un immeuble de Pantin qu’ils squattaient. Pour Rodolphe Nettier, président de l’association SOS soutien ô sans-papiers, il y a des responsables physiques à ce drame.

Lorsque nous - c’est-à-dire l’association SOS soutien ô sans-papiers - avons appris la mort des six migrants, nous n’avions pas prévu d’intervenir. Ce sont les propos de Claude Guéant, quelques heures plus tard, qui nous ont rendus fous.

Selon le ministre de l’Intérieur, l’événement est lié "à une réalité tragique, dramatique de l’immigration clandestine". Il a dénoncé "des filières criminelles, qui rançonnent les candidats à l’immigration, (...) et les laissent face à une vie d’errance et de malheur".

Or il s’agit là d’un mensonge, la plupart des personnes terrées dans ce taudis n’étaient pas des sans-papiers (et quand bien même) puisqu’elles avaient des visas Schengen. De toute façon, tout être humain a les mêmes droits et la même dignité avec ou sans papier. C’est le sens de notre combat.

Repoussés... jusqu’à disparaître

Nous suivions ces migrants depuis le début, à savoir le mois de mars 2011. Nous les avons vus tous les soirs Porte de la Villette, à Paris, se faire virer à coups de gaz et matraques. Ceux qui ne fuyaient pas étaient systématiquement embarqués par la police, même s’ils étaient en règle. Cela a commencé en mars et perdure encore aujourd’hui avec d’autres à la Porte de la Villette, à Belleville, à Courcouronnes, à Colonel Fabien etc, etc...

Si ceux-là se sont retrouvés à Pantin, c’est parce qu’ils ont été repoussés physiquement depuis la porte de la Villette. Ils se sont terrés dans cet immeuble car il a bien fallu trouver un abri dans le périmètre imposé. On leur demandait, à peine implicitement, de le faire. Il leur fallait se cacher au point, si possible, de disparaître.

La responsabilité revient donc à Monsieur Lambert, préfet de la police de Seine-Saint-Denis et à son chef, le ministre de l’Intérieur et de l’immigration, M. Guéant. Lorsque des instructions visent à faire disparaître des gens, à les pousser toujours plus loin afin qu’on ne les voit plus, cela conduit forcément à des drames. En l’occurrence, à Pantin : six morts.

Le procureur de Bobigny - auprès de qui nous avons déposé la plainte - ne peut pas ignorer ces faits et il faudra bien que les avancées de l’enquête soient rendues publiques au plus vite.

Pas un cas isolé

Les victimes de l’incendie de Pantin ont eu une certaine visibilité médiatique. Pourtant, les mêmes méthodes très risquées de la police sont fréquemment employées.

A Calais, dès que les migrants se regroupent, car plus nombreux ils sont moins à la merci de la pression des passeurs, ils sont tabassés et arrêtés par la police. Donc, mieux vaut rester isolé et caché. Résultat : ils se retrouvent seuls dans des endroits reculés, parfois avec seulement quelques couvertures alors qu’il fait un froid glacial. Ils ne prennent pas tous le risque d’aller vers les associations qui sont, elles aussi, sous haute surveillance policière. On peut donc dénombrer tous les ans des migrants morts de froid. A ceux-là s’ajoute, par exemple, ce gamin de 16 ans mort percuté par une voiture en traversant l’autoroute sur un tronçon non éclairé, pour ne pas être repéré par la police...

Madjiguène Cissé, une des porte-parole des sans-papiers de St Bernard disait cette phrase très juste : "Avant : l’esclavage, après : la colonisation, aujourd’hui : sans-papiers".

Il faut bien comprendre que ce n’est pas de gaieté de cœur que des personnes traversent le monde pour se réfugier en France. Nous avons récemment recueilli une famille de quatre enfants, âgés de 2 à 6 ans. Elle avait tant souffert en France que je leurs ai bêtement demandé s’il ne fallait pas mieux repartir. Honteux de mon intrusion dans leur vie privée, j’ai compris que retourner chez eux signerait l’arrêt de mort du père de famille.

Diviser les Français pour mieux régner

Depuis des années que je milite aux côtés de migrants et de sans-papiers, j’ai compris une chose : si nos patrons s’en prennent aux étrangers - stigmatisant plus spécialement les musulmans ou les Rroms - mais tout aussi bien aux fonctionnaires, aux handicapés ou aux chômeurs, c’est pour que ne naisse pas une solidarité avec les Français, particulièrement avec les classes ouvrières, ce qui conduirait à la grève générale.

Tout le reste n’est que préservation ponctuelle d’un semblant de paix sociale maintenue par les différentes associations ou syndicats subventionnés pour ce travail.

Les politiques nous divisent pour que nous luttions tous dans des luttes sectorielles et ce, pour nous prendre nos acquis sociaux. On commence par tout enlever, même la dignité, aux sans-papiers. Mais c’est ensuite tous les travailleurs qui sont touchés. On le voit bien avec les retraites, l’assurance maladie, etc.

La lutte pour les sans-papiers n’est pas une lutte anti-raciste, c’est une lutte de classes. Ce sont les politiques qui cherchent à "racialiser" tout ça.

Notre engagement consiste à inciter les gens à résister, aussi bien autour d’eux en étant présent en soutien auprès des sans-papiers que pour ceux prêts à franchir le pas et à prendre contact avec nous pour s’engager à cacher des gens.

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