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L'Otan aurait pu sauver 63 migrants en Méditerranée

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L’Otan aurait pu sauver 63 migrants en Méditerranée

29 mars 2012 - Le Figaro - Thomas Vampouille

Un rapport du Conseil de l’Europe accuse l’Alliance d’erreurs ou de manquements qui ont mené il y a un an à la mort de réfugiés africains fuyant, par la mer, la Libye en guerre.

Le 25 mars 2011, 72 Africains s’embarquent à Tripoli sur un navire qui doit les emmener loin de la guerre qui fait rage. Ils mettent le cap sur l’île italienne de Lampedusa. Quinze jours plus tard, le bateau s’échoue sur les côtes libyennes, vers Misrata. À bord, seuls neuf migrants ont survécu. Les autres, dont deux bébés, sont morts de faim ou de soif. Un an après le drame, un rapport d’enquête du Conseil de l’Europe tente de déterminer les responsabilités dans ce drame. Selon son rapporteur, la Néerlandaise Tineke Strik, l’Otan et ses membres européens sont coupables d’avoir laissé ces réfugiés mourir.

Quand l’avarie se déclare sur l’embarcation des migrants, après 18 heures de navigation, ils n’ont réalisé qu’un tiers du trajet et se trouvent à 100 km des côtes libyennes. Les passagers contactent alors, via le téléphone satellite du bateau, un prêtre érythréen basé à Rome, qui prévient les garde-côtes italiens. Le rapport établit que le centre de coordination des secours de Rome a bien été alerté. Dès lors, le droit maritime international commande que l’alerte soit relayée et que les vaisseaux les plus proches du navire en perdition se portent à son secours.

Un sauvetage aurait été « du gâteau »

Selon le rapport - que le quotidien britannique The Guardian s’est procuré avant sa présentation prévue jeudi après-midi -, le navire le plus proche des naufragés était la frégate espagnole Mendez Nunez, sous commandement de l’Otan. L’Alliance internationale intervient à ce moment-là en Libye pour protéger les populations civiles de la répression féroce menée par Mouammar Kadhafi, que fuient justement les 72 Africains. La frégate, équipée en hélicoptères, a les moyens d’intervenir, et un sauvetage aurait été, de l’aveu même d’un officiel de l’Otan, « du gâteau ». Le Borsini, un navire italien mais pas sous commandement de l’Otan, se trouvait également à proximité, affirme le rapport.

Le bateau en détresse a bien été survolé par un hélicoptère militaire, ont affirmé par la suite les rescapés, leur larguant même quelques vivres. Il n’a jamais été identifié. Au dixième jour de leur calvaire, toujours selon les survivants, c’est un navire militaire qui a croisé leur route. Celui-ci, dont le Guardian supputait il y a un an qu’il s’agissait du porte-avions français Charles-de-Gaulle, n’a pas non plus été identifié. Quoi qu’il en soit, les 72 Africains sont laissés à leur sort.

« Il n’y a aucun enregistrement montrant qu’un aéronef ou un navire sous commandement de l’Otan ait vu ou soit entré en contact avec le bateau des migrants », dit l’Otan, qui confirme néanmoins avoir reçu et transmis le 27 mars l’alerte émise par Rome. Une alerte qui, selon le ministre de la Défense espagnol, n’est pourtant jamais parvenue au Mendez Nunez. L’Alliance a-t-elle failli à ses obligations ? Les équipages européens ont-ils ignoré l’alerte ? Pire encore : ont-ils vu le bateau tout en choisissant de fermer les yeux ? Pour répondre à ces questions, le rapport, qui souligne que l’Otan et les États concernés n’ont pas pleinement coopéré à son enquête, recommande que ces derniers procèdent à leurs propres investigations. Et de rappeler que ce drame n’est que la face visible d’une « tragédie silencieuse » : en 2011, plus de 1500 personnes se sont noyées en tentant de traverser le Méditerranée.

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