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Journée mondiale des réfugiés : Migr'action y était

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pour les migrants et les pays en difficulté

On a lu, on a vu

Journée mondiale des réfugiés : Migr’action y était

25 juin 2010 - JAVVA - Mélanie

Dimanche dernier, le 20 juin, a eu lieu la Journée mondiale des réfugiés. L’occasion pour le groupe Migr’action de faire des activités, notamment à Calais en collaboration avec l’association SALAM ou encore dans le centre pour demandeurs d’asile Fedasil à Rixensart. Découvrez le témoignage de Mélanie présente à Calais ce week-end et celui de Julia présente à Rixensart ! Bonne lecture !!!

La journée mondiale des réfugiés à Calais ...

Chaque visite à Calais est toujours une surprise, une aventure humaine... Ce week-end, c’était la quatrième fois que je m’y rendais et pourtant on ne peut pas parler de routine. Lorsque nous arrivons au lieu de distribution des repas, nous sommes d’office engagés par l’association. Ca tombe bien nous sommes là pour ça. Nous rencontrons J., un jeune journaliste irakien arrivé depuis peu à Calais. Il me demande si je peux lui consacrer quelques minutes, je lui réponds par l’affirmative et s’entame alors un débat philosophique de haut vol, sur Nietzche, le pragmatisme et son philosophe préféré John Dewey. J. se promène toujours avec une sacoche car lorsqu’on dort dans la rue il vaut mieux garder ses effets précieux sur soi... et les effets de J. c’est le savoir : une série d’articles sur ses philosophes préférés qu’il nous montre à l’envie... A Calais l’incongru est quotidien…
Il y a les surprises bien sûr comme ce débat avec J., une discussion sur NTM avec Mamie Jeanne la doyenne de SALAM.

Il y a aussi les impondérables : la difficulté de la situation à Calais, ces jeunes encore enfants dont la rue est le quotidien voire la norme, le sentiment mitigé qu’on ressent lorsqu’on voit un visage connu : content de le revoir mais triste qu’il soit encore là dans cette entonnoir infernal.
Les difficultés de la vie nous les avons touché du doigt le soir quand certains bénévoles de SALAM nous emmènent passer la soirée avec la communauté africaine de l’Est. Les temps sont durs pour eux, ils ont été expulsés de l’usine désaffectée qu’ils occupaient il y a peu ... Les premiers contacts sont difficiles, ils se sont installés sur un chemin près d’un terrain en friche avec un petit muret derrière lequel ils semblent cacher quelques effets. Nous ne savons pas trop où nous asseoir et comment engager la conversation. Quelques hommes regardent un plan du métro de Paris d’autres discutent.
Dans cet abri de fortune nous sommes reçus comme des rois : H. Un jeune Soudanais du Darfour nous propose de nous asseoir, il part dans les fourrés chercher un carton et le pose par terre. Nous rions ensemble sur le design de son canapé et nous lui demandons si nous pouvons faire le tour du propriétaire… Nous restons à discuter jusque tard, nos hôtes nous proposent un thé qu’ils font chauffer au feu de bois et tentent de nous apprendre quelques mots en arabe et en Tigrinya. Je pars en leur souhaitant bonne nuit en arabe même si je sais que la nuit n’est jamais bonne quand on est migrant à Calais.

Le lendemain c’est la journée mondiale du réfugié, SALAM a prévu une série d’activités pour les migrants et bien sûr JAVVA est de la partie. C’est dans le lieu de distribution que la commune met à disposition des associations qu’auront lieu les festivités. A Calais, pas de célébration officielle, on fête les migrants derrière un grand portail en fer. Après le repas du midi nous attendons le coup d’envoi de la fête : il se fait attendre mais finalement une bénévole arrive avec des drapeaux que nous devons accrocher : Kurdistan, Erythrée, Irak, Afghanistan, Soudan, Iran et Somalie et bien sûr sans oublier la France et l’Angleterre… Ce qui devait être un simple moment de mise en place devient une vraie fête où chaque communauté décide d’accrocher son drapeau en hauteur. K. un jeune mineur monte sur la structure en métal pour accrocher le drapeau de l’Afghanistan sous les cris de ses compatriotes. Puis c’est au tour des Kurdes, qui, une fois leur drapeau accroché entament ensemble l’hymne du Kurdistan. Puis c’est au drapeau de l’Erythrée, de l’Iran, puis K. notre jeune afghan décide d’installer le drapeau français sous les clameurs des migrants... allez sans rancune... Les soudanais peinent à accrocher leur drapeau mais lorsqu’ils voient que le drapeau anglais flotte de l’autre côté de la cour ils le déplacent juste à côté... « c’est mieux comme ça » , « l’Angleterre à deux pas » disent les panneaux...

Aujourd’hui, c’est la trêve, pas d’uniforme en vue seulement la sécurité du port qui vient lancer un ballon de foot par dessus les grilles. Ici, à l’abri des regards hostiles, de la police, des CRS, on se détend le temps d’un après-midi : football, volleyball, chamboule-tout, bowling et bien sûr danse traditionnelle. Aucune communauté n’est oubliée et le plaisir se lit sur le visage des migrants lorsque c’est au tour de la musique de leur pays. C’est déjà l’heure du repas du soir, la distribution se passe extrêmement bien. Les migrants ont passé une bonne journée et cela se sent. Je revois M. un migrants érythréen qui erre en Europe depuis presque 10 ans. Il a vieilli, et je me demande comment il est possible de prendre 5 ans d’âge en 2 mois... L’explication vient vite : M. a fait 1 mois en centre de rétention (centre fermé) parce qu’il a tenté de prendre l’avion avec un faux passeport… Il a perdu beaucoup d’argent et gagné quelques cheveux blancs… Mais il n’a pas perdu cette force intérieure qui irradie de beaucoup de migrants. « L’Europe ne veut pas de moi et bien l’Amérique me tend les bras » : il me confie qu’il souhaite allez au Guatemala pour ensuite rejoindre le Canada. J’objecte en disant que la traversée de la frontière mexicano – nord-américaine est dangereuse. Ce à quoi il me répond : « et ici alors c’est mieux tu crois ? » Je ne crois plus rien effectivement et lui souhaite de réussir et d’enfin mettre fin à cette errance…

C’est l’heure de la tombola, le clou de la journée. Un silence se fait lorsqu’on tire le gros lot. Un migrants a remporté une tente, quelques autres des couvertures ou encore des jeux de cartes ou de dominos : le luxe est définitivement une notion relative...
C’est déjà l’heure de partir, nous sommes exténués mais heureux. Le temps d’une journée, les différentes communautés ont dansé, joué ensemble, le temps d’une journée ils n’ont vu ni la police ni les CRS, le temps d’une journée la vie était presque normale...le temps d’une journée...

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