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« Je tenterai encore de rejoindre l'Angleterre, avec ou sans radeau »

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« Je tenterai encore de rejoindre l’Angleterre, avec ou sans radeau »

8 mai 2014 - Nord Littoral - François Devin

Assef a tenté lundi de traverser la Manche sur un radeau

Deux jours après sa tentative avortée de traversée de la Manche sur un radeau, Assef Hussein, migrant d’origine afghane de 33 ans, a rejoint le camp Lamy où il occupe une tente. Il revient sur son entreprise et en prévoit déjà une prochaine L’image d’Assef sur un radeau de fortune, pris en charge au large de Sangatte par les sauveteurs de la SNSM de Calais, a fait le tour des médias nationaux. « Je ne sais même pas où ils l’ont mis, mon bateau, plaisante cet Afghan de 33 ans, dans un anglais très approximatif. De toute façon, je tenterai encore d’aller en Angleterre, avec ou sans radeau », souffle-t-il dans un mouvement d’épaules.
Autour de lui, parmi les centaines de tentes recouvertes de sacs poubelles, dans le campement de la rue Lamy, des compatriotes, eux aussi perdus, sourient. « Il est vraiment motivé. L’Angleterre, c’est son rêve. Ses amis sont là-bas ». Comme pour beaucoup de ces migrants arrivés à Calais remplis d’espoirs bien vite déçus.

Sa troisième tentative

Sauf qu’Assef n’en est pas à sa première tentative. Arrivé à Calais il y a une quarantaine de jours, il s’est déjà mis deux fois dans les eaux froides du port calaisien. « À chaque fois, il a été repris par la police. Les policiers sont partout ». Son ami traduit ses paroles. Ému, Assef a repris sa langue maternelle. « Il est déçu d’avoir été repris par les sauveteurs ».
Assef reprend : « Quand j’ai mis le bateau à l’eau et que je suis monté dessus, je me suis senti libre. J’étais heureux. Quand c’est comme cela, on ne pense pas au danger ». Mais le jeune homme ne cache pas sa peur de la mort. « J’y pense tout le temps. D’ailleurs, d’autres migrants meurent ici à Calais, pour essayer de rejoindre l’Angleterre ».
Pas plus tard que dans la nuit de dimanche, la vie de Mengs Medahne, un Erythréen de 16 ans, s’est achevée sur l’A16, du côté de Boulogne-sur-Mer. Le jeune homme a sauté d’un poids lourd en marche, quand il s’est aperçu que le véhicule n’allait pas dans le bon sens. « C’est le risque avec les camions, glisse Assef. On ne peut pas savoir où ils vont. Je tenterai encore de rejoindre l’Angleterre, avec ou sans radeau, c’est sûr. Mais jamais en camion. C’est beaucoup trop dangereux ». La mer ne l’est-elle pas tout autant ? « Si, mais l’Angleterre est plus accessible à la nage... C’est la seule chance pour moi... »
Dans la conversation, le scénario du film Welcome fait inévitablement surface. « Je connais cette histoire mais je n’ai jamais vu le film ». Par peur ? Assef ne le dira pas. Une chose est sûre, ce ne sont pas les trente kilomètres qui séparent les deux pays qui lui font peur. Il a vécu bien pire. Assef a fui l’Afghanistan il y a 14 ans.

Fuir les Talibans

« Les Talibans attrapaient tous les hommes pour faire la guerre. J’ai quitté le pays ». Il dit l’avoir fait seul, vers l’Iran tout d’abord, puis la Turquie, la Grèce, la Macédoine, la Serbie, la Slovénie, l’Italie puis la France. « J’ai beaucoup marché. Mais j’ai aussi pris le bus, je me suis caché... » Il était au lycée, aimait le football et les travaux manuels. Son radeau en témoigne. « J’ai trouvé des clous ici, dans le campement. J’ai trouvé les planches sur la plage et le drap vient de l’hôpital ... C’est tout ce que j’avais sous la main ».
Il est 18 heures, Assef regarde vers le lieu de distribution des repas. « Des tentes en plein vent, pas de sanitaires, un repas par jour, le froid... C’est ça la vie, pour vous ? La mienne est de l’autre côté, pas ici ».

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