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Interpellation de militants, évacuations de migrants : le point sur la situation à Calais

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Interpellation de militants, évacuations de migrants : le point sur la situation à Calais

4 juillet 2014 - La Voix du Nord - Marie Goudeseune

La préfecture « ne communique pas ». La police « ne communique pas, sur ordre de la préfecture ». Pour connaître les suites de l’évacuation de plus de 600 migrants mercredi matin à Calais, c’est donc vers les associations qu’il faut se tourner. Celles-ci, contrairement aux autorités, ont beaucoup de choses à dire...

Les migrants, d’abord. 610 ont été évacués mercredi, selon la préfecture. Le nombre de repas servis lors de la distribution de mercredi soir semble le confirmer : au lieu des 800 repas servis les jours précédents, l’association L’Auberge des migrants en a comptabilisé 160 à 180... En revanche, ce jeudi soir, plus de 400 repas ont été servis quai de la Volga (la mairie ayant souhaité garder le lieu de distribution fermé jusqu’en début de semaine prochaine). D’après Christian Salomé, de l’Auberge des migrants, de nombreux migrants sont revenus en ville dès mercredi soir : « Beaucoup sont revenus de Lille et d’un peu partout. Ils ont marché le long des autoroutes, ils ont pris le train... » On a pu croiser hier, en effet, de nombreux exilés portant leurs sacs et qui semblaient errer dans la ville. « Ils ont réinvesti les anciennes jungles et de petites coins peu visibles », selon l’associatif. Eux sont libres, mais environ 200 ont été enfermés dans des centres de rétention administrative (CRA), notamment en région parisienne et à Rouen.

Les militants interpellés, ensuite. Il y a eu trois, mercredi matin, pour outrage et/ou rébellion. Jean-Claude Lenoir, de Salam, François Guennoc, de l’Auberge des migrants et un militant No Borders, ont tous été libérés en cours de journée : ils écopent d’un simple un rappel à la loi. Le premier a dénoncé hier son interpellation. Il affirme qu’il n’a « pas bougé » et que les autorités l’ont interpellé sans raison. Deux autres militants ont été interpellés mercredi après-midi. Le motif de leur garde à vue restait flou ce jeudi soir. Eux aussi ont été relâchés quelques heures plus tard.

Les quelque 70 femmes et enfants du squat du 51, boulevard Victor-Hugo ont « déménagé » ce jeudi dans les locaux occupés jusqu’ici par le Secours catholique, route de Saint-Omer.

Salam veut parler au ministre de l’Intérieur

Dans un communiqué, l’association Salam a dénoncé « la répression aveugle » exercée mercredi matin envers les migrants. Elle affirme que « face à l’absence d’interlocuteur », elle en appelle directement au ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve : « Nous demandons qu’une délégation du mouvement humanitaire soit reçue. » Particulièrement remonté depuis l’opération de mercredi et son interpellation par les gendarmes mobiles (lire ci-contre), le président de Salam Jean-Claude Lenoir a affirmé qu’« avec les autorités, c’est fini ! » Il a ajouté qu’un comité directeur de l’association devait se réunir hier, et qu’il serait suivi par une assemblée générale : l’association pourrait décider d’arrêter ses distributions de repas aux migrants, a-t-il déclaré. À noter aussi qu’un nouveau collectif, United Voices Of Migrants In Calais, a envoyé fin juin une vidéo à différentes personnalités et instances politiques, dont François Hollande, le préfet Denis Robin ou encore la Commission européenne, pour dénoncer la situation à Calais. Deux élus ont répondu à leur démarche à ce jour : le député du Nord (PCF) Jean-Jacques Candelier qui leur a simplement dit « merci », et le député du Pas-de-Calais Stéphane Saint-André (Parti radical de gauche) qui s’est engagé à en parler à son groupe parlementaire pour éventuellement questionner l’assemblée nationale sur la situation de Calais. M. GO.

Emmanuel Agius : « Je me réjouis de cette opération »

Le premier adjoint de Natacha Bouchart s’est « réjoui » ce jeudi des évacuations réalisées mercredi à Calais : « La situation n’était plus tenable, toutes les heures nous recevions des appels ou des mails plus qu’inquiétants de la part de riverains », affirme Emmanuel Agius. Le fait que des centaines de migrants aient été emmenés dans des cars est « une bonne chose », juge l’élu, « même si certains groupuscules ont pris cela comme une agression de voir les gens partir ainsi en bus ». Ce mode opératoire n’est pas inédit à Calais, a-t-il rappelé, se référant notamment au démantèlement de la jungle en 2009. Depuis l’évacuation de la rue de Moscou, des travaux ont été réalisés par la Ville sur le site : « Nous avons mis une clôture et procédé à l’enlèvement des effets, que nous garderons une semaine à proximité de Calais pour que les associations les récupèrent, si elles le souhaitent », précise Emmanuel Agius. L’adjoint répète que son rôle « n’est pas de défendre les migrants, même si je compatis », et qu’il est là « pour défendre les riverains. »

Emmanuel Agius n’a pas souhaité nous préciser où avaient été emmenés les effets personnels des migrants. Mais le Secours catholique s’offusquait hier de constater qu’ils se trouvaient dans une benne à ordures, à la déchèterie.

« La France s’est moquée de la Cour européenne »

Maître Clément, l’avocat des migrants évacués de l’aire de distribution de la rue de Moscou, estime que « le gouvernement français s’est moqué de la Cour européenne des droits de l’homme » qui lui avait demandé, avant l’expulsion, quelles mesures avaient été prises pour assurer le relogement des personnes évacuées. « Le gouvernement a présenté ça comme une vraie opération alors que, de toutes parts, c’est le bordel. On se situait entre la république bananière et la dictature d’Europe de l’est telle qu’elle existait ! » Saisie par l’avocat, la Cour européenne avait décidé mercredi de ne pas suspendre l’évacuation : elle avait jugé avoir reçu suffisamment de garanties de la part de l’État français. Mais maître Clément n’en restera pas là : il a l’intention de poursuivre la procédure sur le fond. « Nous allons constituer un gros dossier rassemblant des documents écrits, les témoignages de tout le monde, et nous allons également saisir le Défenseur des droits. » Il faudra, selon lui, attendre « au moins un an » désormais avant que la CEDH ne se prononce sur ce dossier. M. GO.

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