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Frontex, tu me coutes cher !

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Frontex, tu me coutes cher !

8 octobre 2011 - Newrop Mag - Gabriel del Grande

Trois cent mille euros pour le rapatriement de 21 Burundais. Quatre cent mille pour 56 Irakiens et jusqu’à un demi-million pour 60 Nigérians. La machine des expulsions en Europe ne semble pas connaître la crise. Au moins à en juger au dernier rapport annuel de Frontex, l’agence pour la patrouille des frontières extérieures de l’Union européenne, qui en une année a été en mesure de dépenser bien 8.525.782 d’euros pour le rapatriement de 2038 personnes. Et le chiffre comprend seulement les frais de déplacement, et non pas les coûts pour la rétention dans les centres d’identification ni les coûts des tribunaux pour les procès pour la validation de la détention. En bref, avec un certain recul ces opérations de joint return annoncées avec tant de clameur sont un fiasco aussi du point de vue économique. Et dire que l’idée était née juste pour économiser en temps et en argent. Au lieu d’utiliser des vols réguliers, Frontex loue des avions de compagnies privées et leur fait faire plusieurs escales dans les différents pays européens pour les remplir de passagers à expulser et de leurs escortes de police. Sur l’existence de ces opérations, personne ne fait plus de mystères, tous les Éats membres y participent, y compris l’Italie. Et ils en sont fiers. Mais personne ne nous a dit jusqu’à présent leurs coûts.

Les pays avec lesquels l’agence Frontex a réussi à établir des accords sur les vols charters pour les rapatriements ne sont pas très nombreux : le Nigéria, le Cameroun, la Gambie, le Kosovo, l’Albanie, la Géorgie, l’Arménie, l’Equateur, la Colombie, le Burundi et l’Irak. C’est vrai, même avec l’Irak ! Le retour en Irak des potentiels réfugiés politiques est une question encore aujourd’hui très débattue à cause des risques évidents auxquels ces personnes sont exposées dans un pays qui est loin d’être pacifié. Pourtant des pays comme le Royaume-Uni, la Hollande, la Suède, la Norvège et l’Autriche n’ont pas eu de problèmes pour charger leurs demandeurs d’asile irakiens sur les charters à destination de Bagdad. L’Italie, pour sa part, participe surtout à l’organisation de vols charters à destination du Nigéria et du Cameroun, avec la participation sporadique aux charters pour le Kosovo, l’Ukraine et la Colombie. Les coûts sont à nouveau prohibitifs.

Un vol comme celui de Londres du 11 novembre dernier, avec 60 Nigérians expulsés à destination de Lagos, a coûté bien 423 940 euros. Toujours moins des 491 388 euros dépensés pour le rapatriement de 118 Colombiens et Equatoriens, le 26 janvier 2010 depuis l’Espagne, l’Italie, la France et la Hollande. Et le Burundi en proportion coûte encore plus cher. Le vol du 2 février 2010 à destination de Bujumbura a coûté 273 206 euros pour seulement 21 passagers, expulsés de Suède, Chypre, Pays-Bas et Norvège. Sans mentionner l’Irak : le 9 juin 2010, Frontex a dépensé 392 363 euros pour reconduire à Bagdad 56 Irakiens expulsés de Suède, Hollande, Grande-Bretagne et Norvège après que leur demande d’asile politique avait été refusée.

L’Union européenne, qui alloue près de dix millions d’euros pour 2000 rapatriements est la même région où d’après les estimes environ trois millions de personnes vivent sans permis de séjour et aussi le lieu où l’on considère que 100 000 personnes entrent chaque année de la Méditerranée et des frontières terrestres de l’Est, tandis que d’autres centaines de milliers de personnes arrivent dans nos aéroports avec des visas qui sont destinés à être périmés.

Pendant ce temps, sans faire de bruit, des centaines de milliers d’autres personnes quittent l’Europe pour faire le voyage de retour vers leur pays par leurs propres moyens, au point que dans des endroits comme l’Allemagne, l’Autriche et la Hollande la présence de la population immigrée a baissée de 10% ces dernières années, d’après un rapport d’Eurostat.

Alors on se demande à quoi cela sert de dépenser autant d’argent dans les opérations de rapatriement et plus généralement dans l’appareil de répression contre la mobilité des citoyens non-européens, alors qu’il est scientifiquement démontré que tout cela est inutile. Que les gens se déplacent du sud au nord et vice versa, indépendamment des lois sur l’immigration et de la machine à expulser. Et que tous les désordres causés le long de nos frontières par la désobéissance civile par ceux qui décident de violer les lois d’immigration en paix ne seraient rien de plus que de l’oxygène pour notre démocratie. Si seulement nous avions compris que, en 2011, la mobilité est un droit pour tous. Et que dans deux générations, les politiques d’aujourd’hui seront considérés comme la honte de notre époque. Une période de crise bien évidemment non seulement économique, dans laquelle l’Europe préfère investir dix millions d’euros pour expulser 2000 de ses nouveaux citoyens, plutôt que d’en soutenir autant et de leur donner autant de possibilités concrètes et des services.

Ci-dessous, vous pouvez télécharger le budget 2010 de l’agence Frontex pour les rapatriements conjoints sur les charters.

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