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« Entre-deux », l'intermède bailleulois des migrants vu par Nicolas Straseele

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« Entre-deux », l’intermède bailleulois des migrants vu par Nicolas Straseele

22 juin 2010 - La Voix du Nord - Marc Le Tellier

Étalonneur pour France 3, Nicolas Straseele a mis ses compétences au service d’un film, « Entre-deux », projeté au Flandria ce soir. Le Bailleulois de 46 ans, bénévole de Flandre Terre solidaire (FTS), a promené sa caméra six mois au centre d’accueil des migrants. Sans véritable ligne directrice, il dépeint, en une heure dix, l’humanité réunie autour de quelques tentes.

Comment avez-vous appris l’existence de Flandre Terre solidaire et l’implantation du centre Intermed ?

« Par la presse. Au mois de novembre, j’ai participé à la réunion de préparation, à la salle Yourcenar, le soir où les Bailleulois en colère ont fait irruption. C’est peut-être cela qui a provoqué mon adhésion. Je me suis dit "il faut du monde pour soutenir l’initiative de FTS". Vu que je suis bricoleur, je me suis associé au montage des tentes. »

Vous avez mis un certain temps à imposer votre caméra ?

« C’est vrai. J’avais déjà réalisé des petits films militants sur l’écologie, mais là, c’était autre chose, même si la solidarité reste de l’écologie, c’est-à-dire une préoccupation pour l’avenir des hommes. Sur Intermed, le tournage a commencé au cercle du silence, le dernier mardi de décembre. C’est d’ailleurs l’accroche du film. Le principe du cercle est intrigant, méconnu. Je voulais qu’il ait davantage de portée.
Ensuite, pendant deux-trois mois, je me suis rendu au centre d’accueil pas quotidiennement, mais souvent. Je n’avais pas forcément en tête la trame, je voulais juste être admis, petit à petit, que ce soit à Bailleul, à Saint-Jans-Cappel ou au presbytère de Steenwerck. »

Convaincre les migrants d’être filmés a-t-il été difficile ?

« Les Afghans, les Iraniens ont accepté, à condition que les images ne puissent pas se retrouver sur Internet. Le problème ne se posait pas vis-à-vis d’eux, mais vis-à-vis de leurs familles, des pressions qu’elles subissent. Au final, j’ai recueilli deux témoignages assez détaillés sur des trajectoires personnelles compliquées. Il y a des moments durs, comme la peine d’hommes auxquels on vient tout juste de refuser des papiers. »

Redoutez-vous que le film soit perçu par les opposants d’Intermed comme un moyen de justifier l’utilité du camp, comme un outil de propagande ?

« Selon moi, Entre-deux n’est pas un film d’opinion mais un film d’action. J’ai essayé de garder le maximum de neutralité. Il n’y a que trois phrases de commentaires pour resituer le contexte de l’arrivée des migrants à Bailleul. J’ai essayé de capter des moments de vie. Des petits défauts apparaissent dans l’organisation du camp, des petites "engueulades" entre bénévoles. Au montage, j’ai retiré une discussion qui portait atteinte à l’image des personnes impliquées. Ce que j’ai voulu montrer, c’est le côté expérimental de l’opération, ses débuts pas forcément évidents. »

À aucun moment n’apparaissent les Bailleulois en colère. Pourquoi ?

« Simplement parce qu’ils ne sont jamais intervenus pendant le tournage. Si cela avait été le cas, je leur aurais donné la parole. »

À titre personnel, quel enseignement tirez-vous du film ?

« L’Europe est un labyrinthe. J’ai l’impression qu’en termes d’immigration, les pays se renvoient la balle et fuient leurs responsabilités. »

« Entre-deux » propose-t-il des solutions ?

« Le film n’apporte pas de solutions, il crée la possibilité d’une sensibilisation. C’est un outil qui permet d’aborder la question des migrations. J’espère qu’il sera projeté ailleurs qu’à Bailleul. » •

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