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Démantèlement des camps de migrants à Calais : de « l'improvisation » pour les associations d'aide

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Démantèlement des camps de migrants à Calais : de « l’improvisation » pour les associations d’aide

29 mai 2014 - La Voix du Nord - Chloé Tisserand

Les associations d’aide aux migrants sont en état de choc depuis l’annonce du préfet il y a une semaine de fermer les camps. Hier, elles dénonçaient « une organisation catastrophique de l’opération ».

« Sur 600 migrants, à peine 50 personnes ont bénéficié d’un accès aux douches, 17 pour la proposition d’hébergement, c’est ridicule. Ce qu’on a vu est improvisé et c’est une solution inadaptée », souligne Maël Galisson, coordinateur de la plateforme de service aux migrants. Vincent De Coninck du Secours Catholique a employé le terme de « maltraitance institutionnelle » pour qualifier l’opération. L’évêque d’Arras, Jean-Paul Jaeger, s’est demandé : « Jusqu’à quand se poursuivra sur nos rivages un déni d’humanité qu’une sournoise indifférence s’efforce de cacher ? » Cécile Bossy, coordinatrice de Médecins du Monde, soupire : « Il y a un manque de préparation et d’anticipation. Il fallait effectuer un travail en amont pour trouver une solution alternative. » Comme elle, Christian Salomé, président de l’Auberge des migrants, estime que « le traitement de l’épidémie de gale est un échec ». Une activiste s’indigne : « Il fallait voir comment ils ont proposé d’aller aux douches, il y avait 300 policiers. À quel moment voulez-vous qu’ils leur fassent confiance pour monter dans les bus ? »

« C’est une erreur lamentable d’avoir laissé les associations de côté, martèle Jean-Claude Lenoir, président de Salam. C’est dramatique d’autant que c’est une opération très coûteuse quand on voit qu’un avion surveillait la zone. C’est dommage alors que depuis un an et demi, nous avions l’impression d’avoir un dialogue avec la préfecture. Rien n’a avancé et les gens sont à nouveau à la rue. L’opération a cassé la confiance du mouvement associatif dans les autorités. » Jean-Claude Lenoir regrette que ces dernières aient d’abord usé de la force avant d’entamer la négociation. « J’ai trouvé que c’était une journée particulièrement violente au niveau du lieu de distribution des repas », décrit Christian Salomé en évoquant la confrontation entre les exilés et policiers au moment où ces derniers tentaient de pénétrer dans l’enceinte du lieu de distribution des repas.

« Vouloir passer par la force n’est pas une bonne solution », insiste Joël Deseigne du Secours Catholique, qui souligne toutefois qu’en quinze ans de bénévolat « c’est la première fois qu’on laisse les migrants choisir un terrain (après le démantèlement) pour s’installer et qu’on fait reculer les pouvoirs publics ». Habituellement, le démantèlement se termine par une simple évacuation. Là, c’est la négociation qui a primé. « Il y avait beaucoup de médias et les migrants étaient déterminés et unis », raconte Joël Deseigne. Jean-Claude Lenoir n’oublie pas de constater que « c’est parce qu’il y a eu des stades de préviolence latente pendant l’opération qu’ils en sont venus à la négociation ».

Du visible à l’invisible

Le terrain, appartenant à la Région, et sur lequel s’était implanté le camp dit « des Syriens » était déjà le fruit d’une négociation. En octobre dernier, les Syriens avaient manifesté au port pour revendiquer des conditions de vie plus dignes et un endroit où ils pouvaient s’installer. La place de l’Europe avait été choisie et « on leur avait dit qu’on les laisserait tranquilles », rappelle Philippe Wannesson, auteur du blog Passeurs d’hospitalités.

Hier, le préfet a indiqué qu’il laissait un jour de répit aux exilés pour qu’ils trouvent avec les associations un nouveau terrain. « Il dit aux gens d’aller squatter ! », résume Philippe Wannesson. « Les pouvoirs publics tournent en rond », analyse Joël Deseigne du secours Catholique. Aucun terrain n’a été proposé par les autorités. Le préfet fait confiance aux associations pour qu’elles le trouvent. « Il leur demande de trouver des endroits discrets hors du centre-ville de Calais », ajoute Christian Salomé. Le retour à l’invisibilité, c’est le « retour à la jungle de 2009 », indique une bénévole. Et ignorer la prise en charge d’une migration à Calais devenu inévitable.

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