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De Kaboul à Paris : l'épuisement psychique de l'exil

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De Kaboul à Paris : l’épuisement psychique de l’exil

20 mars 2009 - Site de Médecins sans frontières

Comme beaucoup de ses compatriotes afghans, S. a été reçu au Centre d’Ecoute et de Soins de MSF, à Paris, destiné aux personnes venues chercher asile et protection en France, suite à des
violences politiques ou venant de zones de conflit. Lorsque l’équipe soignante le reçoit en consultation, à la fin de l’année 2008, peu après son arrivée en France, il est dans une grande détresse psychologique. Il évoque un long parcours, où la violence et la mort sont souvent relatées.

Le périple de S. jusqu’ici, à Paris, va durer presque un an et demi : Pakistan-Iran-Turquie-Grèce- Italie-France, avec plusieurs allers-retours entre la Turquie, la Grèce ou l’Italie. Comme beaucoup de ses compatriotes afghans, il est arrivé seul en France. Sa famille est restée là-bas, en Afghanistan ou, plus souvent, dans un pays voisin où des milliers d’Afghans, fuyant les années de conflit, se sont trouvés dans des camps de réfugiés.

S. lui, s’est réfugié avec une partie de sa famille au Pakistan, après l’assassinat de son père par les talibans. L’exil, le cauchemar continue. La route de l’exil, longue et dangereuse, se fait au péril de la vie pour
ces nombreux Afghans qui tentent de rejoindre l’Europe. Entre l’Iran et la Turquie, par exemple, nos patients décrivent souvent un voyage en camion avec, parfois, 200 personnes entassées et enfermées, sans nourriture ni eau. A l’arrivée, certains sont morts d’asphyxie.
Entre la Turquie et la Grèce, et de la Grèce vers l’Italie, le voyage se fait dans la cale d’un bateau ou à bord d’embarcations de fortune. Les chavirements ne sont pas rares, les noyades fréquentes. Puis, de l’Italie vers la France, le transport se fait de nouveau par la route, à l’intérieur de camions ou accrochés sous les essieux. Fin de parcours. Des soins psychologiques indispensables. Traumatisé par ce qu’il a vu et vécu en Afghanistan et tout au long de son exil, S. est suivi par un psychologue du Centre d’Ecoute et de Soins. Une vingtaine de patients afghans, comme lui, viennent en consultation à ce centre de MSF, dans le 10ème arrondissement de Paris.

Tous présentent des troubles psychologiques sévères qui se manifestent par un état d’épuisement psychique, associé à des sentiments de confusion mentale (perte de repères, troubles de la mémoire et de la concentration) ; une sensation de tension constante les rendant parfois peu disponibles, les fragilisant dans leurs relations aux autres. Des états d’anxiété sévères pouvant alterner avec des épisodes dépressifs où sont évoquées des idées suicidaires ; un sentiment d’envahissement des souvenirs douloureux relatifs aux événements vécus, pendant la journée ou au cours du sommeil.
En dehors des soins de santé mentale, S. bénéficie également d’un suivi médical et d’une aide sociale. En tant que mineur étranger isolé (MEI), S. a été pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) et bénéficie d’un hébergement jusqu’à ses 18 ans. Mais ce n’est pas le cas pour les adultes afghans qui arrivent en France et se trouvent sous le règlement de Dublin II. Ce statut ne leur confère en effet aucun droit (ni hébergement, ni CMU, ni allocations) et peu de chances d’obtenir l’asile en France.

Les « dublinés » doivent procéder à leur demande d’asile dans le premier pays européen où ils ont été enregistrés, généralement la Grèce, et sont donc susceptibles d’y être renvoyés.

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