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Dans la Libye libre, les migrants africains désespèrent.

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Dans la Libye libre, les migrants africains désespèrent.

28 octobre 2011 -

Quel avenir pour ces centaines de migrants africains ? Désormais trop stigmatisés pour trouver du travail, la majeure partie croupit dans un camp de réfugiés sordide.

Sur la côte près de Tripoli, des centaines de migrants africains croupissent dans un camp de réfugiés sordide, désormais trop stigmatisés pour trouver du travail, mais incapables pour autant de rentrer chez eux.

Dans ces ruines jonchées d’ordures d’un ancien centre d’entraînement des forces spéciales de Mouammar Kadhafi, ils espèrent chaque jour que quelqu’un va venir leur proposer un emploi ou leur apporter de la nourriture, même si leur quotidien est surtout marqué par le racisme, les attaques et les vols.

"Depuis que nous sommes arrivés ici, nous espérons, nous prions Dieu, en croyant que l’aide viendra un jour de quelque part", explique Anthony, qui travaillait sur un site de construction avant que le conflit ne l’oblige à trouver refuge dans le camp de Sidi Bilal.

"J’ai été passé à tabac et détroussé plusieurs fois, même ici au camp. Des fois quand nous sortons dans la rue, les gens nous jettent des pierres, parce que nous sommes noirs", ajoute-t-il.

La plupart de 700 habitants du camp sont de jeunes Nigérians qui ont fui Tripoli fin août, lorsque la capitale a été prise par les forces du Conseil national de transition (CNT).

Ils lavaient les voitures, labouraient les champs, travaillaient sur les chantiers... Autant d’emplois boudés par les Libyens, mais qui leur sont interdits depuis que Mouammar Kadhafi a recouru en masse à des mercenaires d’Afrique subsaharienne pour tenter de mater la rébellion.

La population locale, qui tolérait déjà à peine la présence des Africains chers à l’ancien "Guide de la révolution", est devenue franchement hostile, et il ne fait pas bon avoir la peau noire dans la nouvelle Libye.

"Cela pose un problème d’avoir les Africains ici", explique froidement un ancien combattant pro-CNT affecté à la sécurité du camp. "Ce n’est pas sain. Ils mangent mal, ils se battent entre eux, et certains sont venus sans passeport, apportant avec eux des maladies, simplement pour passer en Europe".

"Le mieux c’est de les renvoyer dans leur pays", ajoute-t-il.
Des centaines de milliers de migrants ont déjà quitté la Libye depuis le début du conflit en février, mais les naufragés de Sidi Bilal représentent une toute petite portion des dizaines de milliers qui sont encore dans le pays, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Dans le camp, la plupart disent que même après la fin des combats, ils ne se sentent plus en sécurité et veulent rentrer chez eux. Mais sans argent ni passeport, et en l’absence de représentation consulaire nigériane à Tripoli, ils sont bloqués.

"Certains ne veulent pas rentrer. Ils ont tout risqué pour arriver jusqu’ici", explique Jeremy Haslam, chef de mission de l’OIM en Libye. "Mais il y en a d’autres qui sont impatients de rentrer, et ils attendent désespérément une autorisation temporaire de voyage".

La situation est d’autant plus délicate que le CNT semble vouloir limiter sa politique d’immigration et restreindre l’aide au camp, par crainte de voir les migrants s’y installer de manière permanente.

"Maintenant que la Libye est libérée du joug de l’ancien gouvernement, cela devrait être une Libye libre pour tout le monde", estime Anthony, qui tient à rester, malgré les risques. "Rentrer dans ma famille les mains vides ne serait pas une bonne idée", explique-t-il.

Mais rares sont ceux qui, comme lui, s’imaginent un avenir dans la nouvelle Libye. "Je suis venu ici pour travailler et gagner de l’argent pour ma famille. Mais quand la crise a commencé, tout a changé.

Maintenant je veux seulement rentrer chez moi et recommencer ma vie", déclare Larry, 33 ans et père de trois enfants.

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