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Ces ados migrants envoyés loin de chez eux

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Ces ados migrants envoyés loin de chez eux

25 juin 2012 - Nord Eclair - B. R.

Ils viennent du Congo, du Maroc, de Côte d’Ivoire, d’Afghanistan ou d’Albanie. Quinze mineurs étrangers, convoyés par des passeurs dans la région, vivent dans un foyer de Ronchin.

C’est une grande maison avec une façade en briques, à Ronchin. Pas une maison comme une autre : c’est un foyer de l’Aide sociale à l’enfance, baptisé Samie (1), où vivent 15 « mineurs isolés étrangers ». Un « sas » avant d’être placés autre part, dans un foyer stable ou une famille. En principe, le séjour ici dure trois mois au maximum, mais dans les faits, cela peut durer beaucoup plus, six mois, un an...
Ces adolescents souvent âgés de 15 à 17 ans ont été attrapés par la police aux frontières (PAF), mais ne peuvent être expulsés, puisqu’ils sont arrivés seuls dans la région, alors que leur famille est toujours au pays.

Enfin seuls, pas vraiment, puisque la plupart ont bénéficié de l’aide de passeurs qui leur indiquent le chemin moyennant finances. « Une fois, il y en a même un qui est arrivé ici en taxi. Cette maison a ouvert en 2006 et commence à être connue des filières », raconte la directrice du foyer, Fatima Landy, qui est fière de son métier où elle « travaille sur l’humain ».
Aidés à apprendre un métier

Un humain souvent en détresse. Elle se souvient de cet ado venu de Sierra Leone, qui était un enfant soldat et avait bu le sang de ses victimes. « Dans ce genre de cas extrême, c’est difficile de parler, de comprendre, confie-t-elle. Mais tous ces ados ont vécu des situations très dures, ils sont séparés de leurs familles, qui les envoie loin de chez eux, soit pour les protéger, soit pour qu’ils envoient de l’argent... »

En tant que mineurs, ces ados sont considérés comme « à protéger » avant tout. Car même s’ils sont débrouillards au possible et qu’ils s’adaptent très vite, ils seraient en danger en restant à la rue. « Certains ont des dettes envers leur passeur, qui peut les retrouver » , soupire une éducatrice.

Ils s’appellent Pedro, Reagan, Patrick, Souleymane ou encore Toumani. Treize garçons et deux filles pour sept éducateurs. Ils vivent dans des chambres par deux ou trois. Filles et garçons séparés. Les règles sont strictes, avec des horaires à respecter et des rôles à tenir dans la maison : nettoyage des parties communes, vaisselle, débarrasser... Et lorsqu’ils sont ensemble, ils doivent s’efforcer de parler français.
Ils ont aussi chacun leurs activités quotidiennes, notées sur un tableau blanc. L’un est à l’école, où il est scolarisé, l’autre est en stage de plomberie dans un hôpital, un troisième est au Foyer de l’enfance de Lille, en train de perfectionner ce qu’il sait faire : travailler le bois. « Oui je suis capable de vous fabriquer cette table », plastronne Souleymane, « 16 ans et six mois ». Parti de Tanger « il y a deux ans et demi », il raconte son périple à travers l’Espagne. Séville, Cordoue, Barcelone. Puis l’Italie : Turin, Gênes. Et enfin la France et Lille. C’est ce qu’on appelle un « mineur errant », qui va de ville en ville en survivant comme il peut, délinquance comprise. « On est obligé de nous baser sur ce qu’ils disent, même si parfois, ce n’est pas la vérité », précise une éducatrice.

Toumani, 16 ans et demi, raconte avoir été placé par sa mère dans l’avion « le 23 mai ». Son père a été tué dans une manif à Abidjan, après laquelle deux amis de Toumani ont été arrêtés. « Ma mère m’a demandé de fuir », dit-il, le regard fixe. Il est passé par le Ghana puis par Paris avant de prendre le train pour Lille. Lui rêve de devenir footballeur professionnel. Son voisin Mohamed, Guinéen de 17 ans, espère être peintre... Une illusion ? « Ils peuvent vraiment s’intégrer, et d’ailleurs, beaucoup ont la rage, ils réussissent souvent mieux à l’école que leurs copains français, ils veulent réussir à tout prix, ils sont arc-boutés sur leur objectif : le titre de séjour », raconte Fatima Landy.

Jusqu’à leurs 21 ans, ils sont sous la protection de l’Aide sociale à l’enfance. Après, c’est le saut dans l’inconnu puisqu’ils sont expulsables. Mais les résultats sont parfois étonnants. Certains reviennent voir les éducateurs après avoir été régularisés, s’être mariés, avoir trouvé un job... « Dans ce cas, c’est un vrai bonheur, sourit Fatima. Car même si beaucoup passent par ici, on ne peut oublier aucun d’entre eux... » .

(1) Comme Service d’accueil des mineurs isolés étrangers.

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