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Calais : tensions entre CRS et habitants au Beau-Marais, une manifestation prévue ce mercredi

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Calais : tensions entre CRS et habitants au Beau-Marais, une manifestation prévue ce mercredi

23 avril 2014 - La Voix du Nord - Marie Goudeseune et Jean-Pierre Brunet

Un article de la Voix du Nord, édition de Calais, un peu long mais pas inintéressant car il laisse entendre à la fin que les migrants ne posent pas les problèmes de délinquance qu’on aurait pu craindre.

Un contrôle d’identité par des CRS dans un hall d’immeuble du quartier du Beau-Marais, rue Paul-Gauguin, a dégénéré lundi après-midi et provoqué des tensions jusque tard dans la soirée. Furieux du comportement violent, selon eux, des CRS, certains habitants ont annoncé qu’ils allaient manifester cet après-midi jusqu’à la sous-préfecture. Du côté de la police, on présente une toute autre version des faits...

Quand elle a vu que la situation dégénérait, la boulangère a baissé le rideau plus tôt que prévu. C’est lundi de Pâques, il est 14 h 30 et la tension monte d’un cran rue Paul-Gauguin : « Il y a eu une engueulade, ça a dégénéré et les CRS ont gazé, raconte la boulangère. Je n’ai pas vu la suite. Mais ici, on n’est plus étonnés de rien. » La suite, Valentin, 18 ans, nous la raconte en détails : « Un camion de CRS a foncé sur un jeune, ils étaient devenus fous, comme s’ils voulaient l’écraser. Alors avec mon père et d’autres on a voulu faire barrage pour les empêcher de foncer. Là ils ont percuté la voiture de mon père, ils ont remonté le terre-plein et ils ont sorti les flash-balls. Mon père a voulu prendre leur plaque d’immatriculation et il s’est fait gazer. Moi-même, j’ai pris un coup de matraque. » Le jeune homme arbore un gros bandage au torse : un papier de l’hôpital atteste qu’il a subi « un traumatisme costal », consécutif à un « coup de matraque ».

« Ils contrôlent sans arrêt »

Deux personnes, dont le père de Valentin, ont été interpellées pour outrage à agent après ce contrôle d’identité réalisé « sur réquisition du parquet », a expliqué ce mardi le chef de la police du Pas-de-Calais Thierry Alonso. Mais surtout, le quartier s’est enflammé dans la soirée : des dizaines d’habitants étaient encore dehors vers 23 h, furieux du comportement « violent » des CRS envers eux : « Ils ont gazé un enfant de 7 ans, vous vous rendez compte ! », s’est emportée ce mardi une maman.

Paolo, 15 ans, affirme qu’il s’est fait contrôler six fois vendredi par des CRS : « C’est simple, on se promène, on se fait contrôler. Ils demandent nos papiers, ils veulent savoir si on fume, ils nous fouillent sans arrêt et nous insultent. » « On n’a jamais vu ça avec la police nationale , ont expliqué des jeunes du quartier. Même avec la bac (brigade anticriminalité, ndlr) ça se passe correctement. On ne comprend pas les CRS, c’est pas Bagdad ici ! » Plusieurs poubelles ont été incendiées lundi soir et dans la nuit.

« Manifestement, la présence des CRS gêne certaines choses et en l’occurrence plusieurs personnes »

Interrogé ce mardi, Thierry Alonso a déclaré que « manifestement, la présence des CRS gêne certaines choses et en l’occurrence plusieurs personnes ». Il n’a pas souhaité préciser sa pensée, mais a indiqué qu’une enquête était en cours et qu’on en saurait plus d’ici quelques jours. Selon Thierry Alonso, aucun enfant n’a été gazé lundi : « À un moment, les CRS se sont retrouvés encerclés et ont dû se dégager. » C’est aussi cette version qu’a présenté, ce mardi, le syndicaliste d’Unité SGP Police-FO Gilles Debove. Selon lui, « les collègues ont été pris au piège : ils se sont retrouvés encerclés par 100-150 personnes et certains ont même mis des poubelles pour les empêcher de passer. Alors, ils ont poussé les poubelles pour sauver leur peau : c’était de la légitime défense. » « Les CRS sont de toute façon habitués à se retrouver dans des situations difficiles et à ne pas céder aux provocations », a déclaré l’adjoint à la sécurité Philippe Mignonet.

La plupart des habitants interrogés ce mardi ne croient pas en cette version : certains ont même décidé d’organiser une manifestation ce mercredi après-midi à 14 h 30 de la rue Paul-Gauguin jusqu’à la sous-préfecture. « On veut savoir pourquoi ils mettent autant de CRS dans le quartier, a expliqué ce mardi un père de famille. Ici c’est la ZUP, c’est un quartier tranquille, on n’a pas de problème de délinquance, pas de grosse toxicomanie. Pourquoi donc venir provoquer tous ces dégâts ? »

« Le bilan des CRS à Calais est très positif »

Sans commentaires. C’est ce qu’a répondu le sous-préfet de Calais quand on l’a interrogé ce mardi sur les événements de lundi : « Une enquête judiciaire est en cours, je ne ferai donc aucun commentaire », a répété Alain Gérard. Le sous-préfet ne s’éternise pas non plus sur le renfort de CRS arrivé à Calais sur décision de Manuel Valls, le 12 décembre (lire ci-contre) : « Ce renfort a été décidé par le ministre et les résultats réalisés par les compagnies qui se succèdent à Calais sont très positifs pour ce qui concerne la sécurisation de Calais, les interpellations et tout ce qui a trait à la délinquance. » Les CRS n’ont pas été appelés en renfort uniquement sur la question des migrants, précise Alain Gérard, « mais pour assurer l’ordre sur l’ensemble du territoire ». Quant à ce que disent certains habitants qui se plaignent des CRS, le sous-préfet répond qu’il n’a en tout cas « pas eu connaissance d’un quelconque dépôt de plainte ou d’une main courante concernant des violences policières. Les CRS font leur travail et si des personnes étaient victimes de violences, elles sont supposées déposer plainte. » « J’ai surtout l’impression que la présence des CRS gêne certaines personnes », a conclu Alain Gérard.

« Avec les migrants, les CRS ne faisaient pas assez de chiffre »

Une soixantaine de CRS sont arrivés en renfort à Calais en décembre, sur décision de Manuel Valls, lors de sa visite à Calais alors qu’il était ministre de l’Intérieur. Ces CRS étaient déjà présents, mais de manière épisodique : ils sont désormais à Calais de façon permanente.

Manuel Valls avait précisé que cette unité aurait en charge « les missions de sécurité publique, permettant aux policiers de la PAF (police aux frontières, ndlr) de se recentrer sur leur mission dans l’ensemble du département et dans le port de Calais ». Toutefois, d’après le syndicaliste d’Unité SGP Police-FO Gilles Debove, « on nous a clairement dit qu’ils étaient là pour épauler les effectifs uniquement pour ce qui concernait les migrants ». Le premier adjoint de Calais Emmanuel Agius confirme la chose : « Ce renfort était dédié en particulier à la gestion des flux migratoires. Après, les CRS sont sur le secteur de Calais et je conçois tout à fait qu’ils fassent leur devoir de police quand ils estiment pouvoir le faire. »

Pour Gilles Debove, les CRS ont carrément « changé » de mission courant janvier-février, quand « la direction centrale des CRS s’est rendue compte que les migrants n’apportaient rien en matière de chiffre. Ils ont commencé à modifier leur mission parce que les migrants, ça ne rapportait pas assez. » Les CRS se seraient donc diversifiés en réalisant des contrôles notamment au Beau-Marais...

Le chef de la police du Pas-de-Calais a contesté ces propos ce mardi. Pour Thierry Alonso, les CRS sont arrivés à Calais avant tout « au profit de la sécurité publique » : « On est des généralistes et on prend en compte la délinquance, qu’elles concerne ou non les migrants. »

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