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Calais : le préfet n'évacuera pas les squats de migrants avant plusieurs semaines

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Calais : le préfet n’évacuera pas les squats de migrants avant plusieurs semaines

4 août 2014 - La Voix du Nord - M. GO.

Le préfet du Pas-de-Calais a réuni la presse ce lundi matin pour s’exprimer sur la situation des migrants à Calais. Il a annoncé deux décisions. Premièrement, il ne fera pas évacuer tout de suite le squat Vandamme et la « jungle » de la zone industrielle des Dunes : il souhaite que les migrants puissent être informés d’abord sur leurs possibilités d’hébergement et de demande d’asile en France. Seconde décision : il a obtenu la mise en place d’une demi-compagnie de CRS supplémentaire pour faire face à l’afflux de migrants au port de Calais.

Le préfet accorde « un temps supplémentaire » aux migrants installés dans les principaux squats de Calais (sur le site de Tioxide et au centre-ville, sur le site de l’ancienne usine Vandamme) : « Je souhaite qu’ils soient d’abord informés des différentes alternatives qui s’offrent à eux en termes de demandes d’asile, de demandes de retour au pays et de demandes d’hébergement d’urgence », a déclaré Denis Robin.

Des agents de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) et de la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS) se rendront sur place dès ce mardi, ainsi que vendredi prochain et « les mercredis des semaines qui suivent » « pour aller à la rencontre des migrants et pour les informer que d’autres solutions s’offrent à eux ». Ensuite seulement, les deux sites seront évacués par le recours à la force publique.

Pour rappel, avant les évacuations du 2 juillet déjà, le préfet avait mis en place ce dispositif. Mais peu de migrants en avaient bénéficié et l’opération était apparue clairement comme un échec.

Une demi-compagnie de CRS en plus

L’autre annonce faite par le préfet ce lundi concerne le port de Calais, confronté à un afflux de migrants ces dernières semaines : « Je suis très sensible à la situation », a affirmé Denis Robin, notamment au fait qu’elle nuise fortement à l’attractivité du port auprès des transporteurs et des exportateurs. Pour rappel, une bagarre générale a éclaté cette nuit encore entre des migrants – « entre 100 à 150 » – présents dans la zone industrielle des Dunes, non loin du port : elle a fait 16 blessés. D’après Denis Robin, « les CRS sont intervenus trois fois pour séparer des groupes de migrants qui s’affrontaient sans doute dans des logiques de territoire ».

Le préfet annonce donc que, pour faire face à cette situation de tensions, il a obtenu auprès du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve « des renforts supplémentaires » pour « augmenter la surveillance portuaire et celle des rocades d’accès ». Renforts qui seront désormais mobilisés « pour la totalité de la nuit, ce qui n’était pas le cas jusqu’ici ». Une demi-compagnie de CRS (soit 40 hommes) interviendra donc en plus des moyens déjà en place. Mais Denis Robin répète aussi que la responsabilité est collective dans cette affaire : le port notamment doit renforcer ses mesures de sécurité et les transporteurs doivent veiller à mieux fermer leurs poids lourds.

Réactions : « S’il n’y a pas d’accident ou de mort d’ici là, ça ira »

Jean-Marc Puissesseau, président de la CCI Côte d’Opale, gestionnaire du port de Calais : « Si le préfet annonce l’arrivée d’une demi-compagnie de CRS en renfort, je l’en félicite et l’en remercie. Il faut que le port puisse opérer en toute sécurité pour que les clients ne s’en aillent pas, que les marchandisent ne soit pas souillées, dégradées ou même volées. Tout ce qui peut aller dans ce sens est une bonne chose. »

L’usine Tioxide, propriétaire du site où est installée la jungle : « Nous respectons la décision et l’autorité du préfet, néanmoins la situation actuelle est vraiment très difficile pour Tioxide, car il est de plus en plus difficile de gérer le nombre croissant de migrants qui mettent en danger leur propre sécurité ainsi que celle du site et ses activités. Par conséquent, l’évacuation doit avoir lieu dès que possible, pour la sécurité des migrants et des sites. »

Catherine Guennoc, de l’association l’Auberge des migrants : « C’est comme d’habitude. Le préfet s’est donné un petit répit et va proposer aux migrants de demander l’asile ou de retourner chez eux, alors que ce n’est pas du tout ce que ces gens veulent : ce qu’ils veulent, c’est du travail ! Ils veulent aller en Angleterre car ils croient (ou c’est un fait) que travailler au noir là-bas, c’est plus facile. Ils ne veulent surtout pas retourner chez eux car ils ont déjà dépensé tellement d’argent pour partir que leur honneur leur interdit de toute façon de rentrer chez eux ! Si on leur accordait l’asile en France en trois mois, peut-être qu’ils accepteraient, mais pas si ça prend deux ans ! Eux veulent travailler, c’est leur urgence ! Le seul élément positif dans l’annonce du préfet, c’est que les migrants ne seront pas expulsés demain et qu’on a deux ou trois semaines devant nous. Mais malgré tout, la situation est catastrophique ici dans la jungle. »

Le propriétaire du squat de l’Impasse des Salines, Fabien Vandamme : « S’il n’y a pas d’accident et pas de mort à cause des cuves d’hydrocarbures, ça ira. Sinon, ce serait bien dommage et tout le monde regrettera de ne pas avoir évacué plus tôt. Après, je suis bien conscient qu’il faut laisser le temps au temps et que le problème des migrants est complexe : personne n’a de solution, c’est un problème européen et même international. Malgré tout, s’il y a un accident sur le site, l’ancien exploitant Galloo sera responsable tout comme moi. J’ai déposé plainte et je m’exonère juridiquement, certes, mais je reste responsable moralement en cas d’accident. »

Un militant No Border du squat Vandamme : « On espère que les autorités vont accepter d’entrer en dialogue avec nous : on le leur demande depuis le début, mais jusqu’ici c’est toujours resté lettre morte. On va voir ces prochains jours ce que va proposer l’OFII en matière de demandes d’asile, si elles vont ou non être traitées en urgence, si c’est fait sérieusement et sur plusieurs semaines. Si c’est le cas, ça permettra d’instaurer un climat de confiance. »

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