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Calais : dans la nuit de lundi à mardi, des migrants et des activistes occupent le lieu de distribution des repas

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Calais : dans la nuit de lundi à mardi, des migrants et des activistes occupent le lieu de distribution des repas

27 mai 2014 - La Voix du Nord - Chloé Tisserand

Dans la nuit de lundi à mardi vers 2 h, plusieurs centaines de migrants des camps du quai de la Gironde et rue Lamy, accompagnés d’activistes français et étrangers - des No Border entre autres - ont occupé le lieu de distribution des repas, rue de Moscou.

Ils sont arrivés avec leur couverture sur le dos ou vêtus de ponchos en plastique protégeant de la pluie. Par petits groupes et dans la nuit noire, ils ont posé des bâches sur un sol encore trempé. Ils se sont installés : certains trouvant tout de suite le sommeil, d’autres attendant de voir ce qui se passe. Les activistes rappellent que l’action a été décidée par les migrants à l’issue du point d’échange qu’ils ont eu avec les associations. Celles-ci se sont rassemblées samedi pour leur annoncer la volonté du préfet de fermer les camps. « Les Afghans voulaient résister lors du démantèlement, les Africains préféraient une manif et finalement ils se sont réunis par petits groupes et l’idée leur est venue d’occuper ce lieu », explique Philippe Wannesson, auteur du blog Passeurs d’hospitalités. Cette action intervient à la veille du démantèlement des camps de fortune, initialement programmé ce mardi.

Cette même nuit, un Afghan a aperçu les exilés venus du camp de la Batellerie, quai de la Gironde et marchant vers le lieu de distribution des repas tenu par Salam. Son camp, dit « camp des Syriens », est situé juste en face : « On m’a dit Go to Salam, je ne sais pas pourquoi. » Deux Érythréens, eux, le savent : « On attend de voir ce que fera la police. Mais nous avons mené cette action parce que nous voulons montrer que nous sommes un tout et que tous nous voulons passer en Angleterre. » Un Syrien d’Alep explique qu’il a eu envie de rejoindre l’occupation à la distribution car il est lassé des conditions de vie en France. Un militant craignait qu’ils ne soient chassés ou arrêtés à l’aube, ce mardi, à cause de cette action. Un autre activiste indiquait que les « migrants ne pouvaient pas se faire expulser des camps sans rien dire ». Ils sont venus se réfugier vers un lieu voué de toute évidence à devenir une zone de repli. « Il ne faut pas prendre l’action de cette nuit comme une provocation, souligne Jean-François Corty, directeur des missions France de Médecins de Monde. Il n’y a plus beaucoup d’alternative et d’espaces où les migrants peuvent se dispatcher. Ici, ils peuvent s’allonger, il y a les auvents. Très clairement ils s’exposent mais entre les camps et le goudron, il n’y a pas beaucoup de différence. »

Les associations ont écrit une lettre à Manuel Valls pour dénoncer les conditions du démantèlement.

Le traitement contre la gale distribué avec peine

Ce mardi, l’agence régionale de santé (ARS) et l’hôpital de Calais sont intervenus sur le lieu de distribution des repas pour proposer un traitement contre la gale aux migrants. Il s’agit du début du protocole sanitaire mis en place par la préfecture et qui aboutira probablement, aujourd’hui, à la destruction des camps. Le préfet, Denis Robin, sera présent à Calais pour donner une conférence de presse dès 8 h. Il communiquera sur le nombre de traitements délivrés ce mardi, faible compte tenu du taux de volontaires.

Sur le lieu de distribution des repas, ce mardi, Salam a distribué des tickets. Des migrants se sont défendus en disant qu’ils n’étaient pas malades. La police était présente dans l’enceinte. Le personnel hospitalier en blouse blanche et gilet jaune a installé à la vue de tous des tables au milieu de la cour, avec gobelets. « Pour une fois que les migrants voient des tables et des chaises ici !, lâche une activiste. Ce traitement est inutile, c’est une supercherie. » Cécile Bossy, coordinatrice à Médecins du Monde, confie : « C’est inhumain et indécent, comme ça sous la pluie. » « Ils ont oublié de mettre un rideau pour les galeux ! », ironise Philippe Wannesson, auteur du blog Passeurs d’hospitalités.

Les exilés ont continué à manger ou à faire mine de vouloir prendre leur traitement. Les interprètes de la permanence d’accès aux soins de santé (PASS) et ceux de la police aux frontières (PAF) se sont approchés d’eux. « Ils ne veulent pas prendre le cachet parce qu’ils ne veulent pas être filmés par les caméras », explique une interprète de la PAF. Aussitôt contredit par une bénévole de Salam qui insiste : « C’est surtout parce qu’ils ne veulent pas se montrer devant tout le monde et avec la présence de la police, c’est foutu ! » Des activistes ont dressé une banderole en tissu sur le grillage : « La France des abrutis et des pourris, on la combat ou on lui obéit », est-il écrit. Le personnel de l’ARS et de l’hôpital, guidés par leur mission de santé publique, a accompagné des exilés vers les tables. Certains soignants ont confié leur malaise d’être là et ont souligné leur « position délicate ».

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