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Bataille de l'eau pour les migrants

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Bataille de l’eau pour les migrants

9 août 2010 - Libération - Haydée Saberan

A Dunkerque, Médecins du Monde se démène afin d’améliorer des conditions sanitaires déplorables.

« C’est bien que tu sois venu, on n’avait plus d’eau. » Le jeune Afghan sourit à Vincent Hirel, logisticien de Médecins du Monde (MDM). C’était mardi dernier, à Loon-Plage, près de Dunkerque, dans un coin de dunes, près du terminal des containers vers l’Angleterre, transformé en camping par les migrants. Vincent Hirel apporte des brouettes de bouteilles. L’eau, il est là pour ça. « Notre but, c’est améliorer les conditions de vie des migrants sur le plan hygiène et sanitaire. L’accès à l’eau potable, à des latrines, et le ramassage des déchets. » Bref, dans le jargon humanitaire, le « WatSan », « water and sanitation », comme après un tremblement de terre à l’autre bout du monde, « parce qu’ici les pouvoirs publics ne font pas ce qu’il faudrait ».

Citerne démantelée. Depuis la fermeture de Sangatte, en novembre 2002, tout ce qui ressemble à du confort pour les migrants du littoral est suspect de créer un appel d’air. C’est pour ça que la « jungle » de Calais a été détruite l’an dernier. C’est pour ça qu’une citerne de 5 000 litres d’eau potable de MDM a été démantelée par le port autonome de Dunkerque (LibéLille.fr du 2 août 2010), le 31 juillet, après dix jours. Mais les besoins existent : « Sur 1 900 consultations de MDM en 2009, nous avons relevé 40% de dermatoses, dues au manque d’hygiène », explique Vincent Hirel.

Les maires de Grande-Synthe (PS) et Téteghem (UMP) ont donné leur accord de principe pour un point d’eau. A Téteghem, reste à convaincre la communauté urbaine (PS), propriétaire du terrain. « C’est facile, il y a des canalisations partout, dit Vincent Hirel. Une demi-journée de travail en théorie, mais quand il s’agit des migrants, les autorités tardent à se décider. » A Loon-Plage, sans point d’eau, « on doit trouver une solution. S’il le faut, on apportera 100 jerricans d’eau tous les jours ».

Une trentaine d’Afghans, et de Kurdes, jeunes, arrivent au signal, un coup de klaxon. Salam, association d’aide aux migrants, s’occupe de la nourriture. Dans la clinique mobile, MDM soigne. « En Afghanistan, on avait de l’eau, une salle de bains. On est parti parce qu’il y a 50 morts par jour. Et on se retrouve ici, à vivre dehors, avec des humanitaires qui nous aident, et des compagnons qui hurlent dans leur sommeil, à cause des cauchemars », dit un Afghan là depuis « huit mois ». Farman, 17 ans : « Vous nous soignez. Pourquoi vous ne nous laissez pas tout simplement passer en Angleterre ? La police prend nos empreintes et nous dit "Tu as quarante-huit heures pour quitter le territoire". On veut bien ! »

Cuisine. Mercredi, à Téteghem, une forêt de peupliers, des mauvaises odeurs, du papier toilette rose décomposé. « On veut éviter les champs de déjection, vecteurs de maladies », dit Vincent. Quatre Vietnamiens cuisinent. Du linge étendu, des brosses à dents accrochées aux arbres. Vincent montre le logo MDM sur son tee-shirt. « My friends, I want to make toilets. Where ? » Un Vietnamien lui montre, derrière les déchets. Un autre marche avec une brouette remplie de jerricanes vides vers la borne d’incendie. Vincent creuse la latrine. « Avec un demi-mètre cube, ça peut servir trois mois. » Après ? « On rebouche et on creuse plus loin. »

Un Kurde de 17 ans se prépare à manger, une bouillie de tomates. Il propose à manger, Vincent décline. Une visseuse, des planches, un trou, une bâche verte, il a fini. « Le prochain truc, des douches ». Un plancher, une bâche pour se cacher, « des seaux en métal pour chauffer l’eau ». Et aussi des fûts « pour brûler les poubelles ».

Jeudi, à Téteghem, près d’un plan d’eau, le camion de MDM, des gens de la paroisse, de Salam. Marie assure des navettes en voiture vers des douches une fois par semaine. Depuis vingt-cinq jours qu’il est là, Ali 29 ans, Kurde d’Irak, n’a jamais réussi à y aller. « Notre baignoire, c’est ça. » Il montre le plan d’eau. « Un peu salée, pas sale. » Boire ? « Un quart d’heure de marche ». Les poubelles ? « On essaie de ramasser. Certains s’en fichent. » Vincent Hirel : « Dans un village au Tchad, on peut s’appuyer sur des relais, le chef, le dispensaire. Ici, il y a toujours des nouveaux. Et ceux qui sont là pensent qu’ils sont partis le soir même. » Ou sont épuisés.

Gales. Ali sourit : « J’ai perdu cinq kilos. » Deux jeunes déboulent : « On a pris le mauvais camion, on arrive de Belgique. » Deux heures de marche et une nuit blanche. Voilà Kalim, Afghan, remis d’un pied cassé. « J’ai sauté du camion et je suis mal tombé. » Et puis Qais, 11 ans, fan de Lionel Messi, est tombé en jouant au foot. Delphine et Géraldine, internes en médecine, l’ont pansé. « Sa plaie s’était infectée. On a aussi des piqûres d’insectes surinfectées, des gales. Parfois, il suffirait d’avoir accès à une douche pour que ce soit réglé. »

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