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Afghanistan : le courage de Fatima

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Afghanistan : le courage de Fatima

10 décembre 2011 - LaPresse.ca - Michèle Ouimet

(Kaboul, Afghanistan) Fatima avait 13 ans lorsque son père l’a vendue. Elle était menue. Il l’a mariée de force à un homme de 50 ans, un colosse, qui lui a promis de l’argent s’il acceptait de lui donner sa fille en mariage. Son père était pauvre.

Lorsque Fatima a vu son futur époux pour la première fois le jour de ses fiançailles, elle a paniqué. Elle le trouvait vieux et monstrueusement gros et grand.

« J’ai eu un choc, je n’oublierai jamais ce moment, se rappelle Fatima. C’était un géant. Il n’avait jamais été marié, aucune femme n’en voulait. Il n’était pas normal. »

Le mariage a été célébré 15 jours plus tard. La nuit de noces a été terrible. Son mari a traîné Fatima dans une chambre, il a fermé la porte, tourné la clé dans la serrure, puis il s’est tourné vers elle. Elle s’est évanouie, elle ne se souvient plus de rien. Il l’a enfermée à 16h, elle s’est réveillée au milieu de la nuit, seule et nue, sur le carrelage froid.

« Il voulait toujours du sexe, raconte Fatima. Je me cachais dans la maison. Il était brutal, il me frappait et me tirait par les cheveux. Ce n’était pas de l’amour. »

Fatima a couru chez son père, elle l’a supplié de la reprendre. Il a refusé.

« Mon père m’a répondu : « Tu ne peux pas revenir vivre avec nous, ça ne se fait pas. Ce n’est pas dans notre culture, c’est une question d’honneur. « »

Pourtant, ses parents voyaient les marques des coups sur son visage. Elle était prisonnière de son mari et personne ne venait à son secours.

La vie a continué : les coups, les pleurs, la panique, le sexe, toujours et encore. Elle a eu trois enfants. Aujourd’hui, ils ont 9, 10 et 11 ans.

« Ma vie était un cancer et il n’existait aucun remède pour me rendre heureuse », dit-elle.

Mari emprisonné pour vol

Son mari a été plusieurs fois en prison, condamné pour vol. Quand il était libéré, il revenait auprès de Fatima, mais elle le repoussait. Il était brutal et il avait une mauvaise influence sur les enfants.

« Je lui ai dit : « Si tu reviens, je m’immole par le feu. « » Les parents de son mari sont venus à sa rescousse. Son mari est parti en jurant de revenir. Aujourd’hui, il est encore en prison.

Un jour, Fatima a décidé qu’elle en avait assez. Elle a appelé l’émission Niqab. Ses parents étaient horrifiés. Ils lui ont dit qu’elle n’aurait jamais la force de se présenter sur le plateau.

Mais Fatima était prête. Elle n’avait qu’une envie : hurler à la face du monde sa rage et son désespoir, elle qui n’avait jamais osé parler en 15 ans.

Elle est passée à l’émission en février 2011. Je l’ai rencontrée à la fin du mois de novembre, neuf mois plus tard. Elle est arrivée sans faire de bruit. Elle ne portait pas de burqa, seul un voile couvrait ses cheveux. Elle a remis le masque créé par Sami Mahdi sur son visage délicat, elle a ajusté son foulard sur sa tête, puis, d’une voix calme, elle a de nouveau raconté son histoire : le jour de ses noces, sa peur, son mari insatiable qui courait après elle dans la maison et la violait avec brutalité, le rejet de ses parents, son isolement, ses enfants, son désespoir. Son « cancer ».

En passant à l’émission Niqab, Fatima a retrouvé sa fierté, même si ses parents, ses frères et ses soeurs l’ont reniée. Peu importe, elle ne regrette rien.

Lorsque l’émission a été diffusée, elle était chez elle. Elle a demandé à ses enfants de s’asseoir auprès d’elle devant la télévision. Elle leur a dit : « Ce soir, vous allez entendre ma vie. »

Fatima ne leur avait jamais parlé de son mariage forcé et de la brutalité de leur père. C’était le règne du silence et du non-dit, comme l’exige la tradition, car on ne parle pas de ces choses-là en Afghanistan.

« Avant, mes enfants ignoraient tout. Aujourd’hui, ils savent, explique Fatima. Ils croyaient que je ne me souciais pas de leur père. Je leur ai expliqué que c’était un homme mauvais. Depuis qu’ils ont vu l’émission, ils ne m’ont plus jamais demandé où était leur père. »

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