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A la frontière libyenne, l'interminable attente pour 3000 réfugiés africains

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A la frontière libyenne, l’interminable attente pour 3000 réfugiés africains

27 mai 2012 - Nouvelle Tunisie, le Libéblog - Léa Baron et Edouard de Mareschal

Près de 3000 travailleurs africains et quelques familles vivent dans le dernier camp de transit tunisien de Choucha, à la frontière libyenne. Venus de tout le continent, ils ont fui la guerre en Libye. Certains attendent de partir pour un pays d’accueil, d’autres n’ont nulle part où aller.

Soleil de plomb sur sable brûlant dans le désert du sud-est tunisien. Sur cette terre hostile se dresse une ville de tentes blanches en pleine zone militaire, à dix kilomètres de la frontière libyenne. Aujourd’hui, le camp de transit de Choucha abrite encore près de 3000 personnes venues de toute l’Afrique. Des Somaliens, des Soudanais, des Ethiopiens, des Erythréens mais aucun Libyen.

Au plus fort des combats en Libye, plus de 18 000 personnes ont trouvé refuge ici, rejoignant le camp à pied, alors que des dizaines de milliers de personnes se retrouvaient sur les routes. Deux des trois camps ouverts dans le sud tunisien ont depuis fermé, mais pas celui-ci.

A peine sorti de son bureau à l’entrée du camp, Rocco Nuri, l’un des responsables du HCR, Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU, est interpellé par Bliss. Ce réfugié somalien de 31 ans, arrivé en mars 2011, ne veut qu’une chose : partir pour les Etats-Unis qui ont accepté son dossier. « Tu sais que ce n’est pas moi qui prend la décision. Sois patient. », lui répète Rocco Nuri. Mais l’attente se fait longue. « Vous dites tout le temps attends, attends… Si vous ne m’aidez pas, je vais partir par mes propres moyens. », insiste Bliss.

Les Etats-Unis, premier pays d’accueil

Au total, près de 3 700 demandes de statut de réfugié ont été déposées. Moins de la moitié ont été acceptées. Plus de 700 réfugiés ont quitté le camp pour l’Australie, la Norvège ou la Suède et, surtout, les Etats-Unis, qui n’ont pas fixé de quota et en accueillent donc la majeure partie. Mais le départ effectif peut parfois prendre plusieurs mois.

Si Bliss attend toujours de partir, tous n’ont pas la perspective d’une destination d’asile. « Une minorité d’entre nous a été reconnue comme réfugié », s’insurge Constant Paul Climbie, Ivoirien de 40 ans présent sur le camp depuis mars 2011. « Pas question de retourner en Côte d’Ivoire, qui vient de vivre onze ans de guerre. Nous sommes devenus orphelins, discriminés. On se sent délaissés ici. »

Pour les 1500 personnes dont le statut de réfugié leur a définitivement été refusé, la situation devient incertaine. Le HCR leur demande de retourner volontairement dans leur pays d’origine, suffisamment stable à ses yeux. Une décision qui suscite des mécontentements dans les communautés.

Faute d’accepter un retour volontaire, ces migrants passent sous autorité tunisienne qui les tolère sur son territoire sans pour autant leur accorder un droit d’asile. 80% sont des hommes, souvent seuls. Les familles restent rares, même si le HCR recense encore plus de 400 enfants.

Certains trompent le temps, et la routine s’installe. Alïd Aljawhari Ali Ali, Egyptien de 64 ans, a été peintre en bâtiment pendant neuf ans en Libye. Son statut de réfugié rejeté, il n’a nulle part où aller. « J’attends qu’un pays vienne me chercher. Ils m’ont torturé en Libye et m’ont pris tout ce que j’avais. » Atteint de tension artérielle, il occupe ses journées lentement. « Je sors de ma tente, je marche un peu, j’entretiens mon jardin et c’est fini ».

L’espoir de migrer vers l’Europe

Le plus important pour de nombreux migrants reste la sécurité, garantie dans le camp. L’atmosphère s’y est apaisée, après une violente bagarre entre des travailleurs tunisiens et des réfugiés du camp qui perturbaient leurs trafics locaux de contrebande (essence et devises). Les affrontements ont fait deux morts et 19 blessés. Aujourd’hui, la vie du camp est paisible et les ONG subviennent aux besoins matériels des migrants.

Dans ce contexte d’attente, certains décident de s’investir dans la vie du camp, comme Youssif Aliwalad. A 33 ans, ce Tchadien peintre en bâtiment en Libye est devenu assistant sanitaire pour différents organisations présentes à Choucha. Il vit dans la complète incertitude quant à son avenir sans rêver d’un pays d’accueil en particulier. « Je suis venu ici seulement pour avoir une protection », souligne-t-il. D’autres membres de sa communauté reconnaissent à mi-mot qu’ils viennent aussi ici dans l’espoir de migrer vers l’Europe.

Abdikarim Mohamed Muhumed, un Somalien de 23 ans, a déjà tenté de quitter la Libye. « Quand j’ai fui la première fois pour Lampedusa, notre bateau a été arrêté à 30 km de la côté par les autorités tunisiennes. J’ai été envoyé directement au camp de Choucha. Je n’ai pas le statut de réfugié », raconte-t-il. Il n’exclut pas d’essayer à nouveau de quitter le camp pour l’Europe.

Plus d’un an après son ouverture, le camp de transit de Choucha a toujours des allures de village international, où se côtoient plus d’une vingtaine de nationalités. Initialement prévue pour avril 2012, sa fermeture a été repoussée jusqu’à mi-2013. Pour l’instant.

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