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« A Médecins du Monde, on dit qu'un soin sans témoin ne sert à rien »

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On a lu, on a vu

« A Médecins du Monde, on dit qu’un soin sans témoin ne sert à rien »

26 avril 2012 - La Voix du Nord - Estelle Jolivet

L’association Médecins du Monde est présente à Calais depuis 2002, et à Dunkerque depuis 2006. Elle apporte aux migrants une aide médicale. Elle tente d’améliorer les conditions sanitaires dans les jungles. Elle témoigne de ce qu’elle y voit. Et ça demande beaucoup d’énergie. Cécile Bossy, 30 ans, a remplacé début marsMathieu Quinette en tant que coordinatrice des actions MDM dans le Dunkerquois.

Vous êtes arrivée il y a deux mois. Quel regard portez-vous sur la situation ?

« J’essaie de passer du temps sur site, pour voir ce que les migrants attendent de nous. Je rencontre aussi nos partenaires, je discute avec les bénévoles. Certains sont des exemples de force de conviction. Ils remettent l’individu au centre. Et dans ce cas, il n’y a pas de "on ne peut pas", c’est "vous allez voir, on pourra !". »

En décembre, la Police aux frontières annonçait que les migrants avaient quasiment disparu du Dunkerquois. Qu’en est-il ?

« S’il n’y avait plus de migrants, on ne serait plus ici. Il faut être prudent avec les chiffres : quand nous intervenons dans un camp, nous comptons le nombre de consultations médicales ou de repas distribués, mais on sait très bien qu’au moment où on agit, certains migrants dorment, d’autres sont en transit, d’autres à la PAF, d’autres n’ont pas besoin de soins urgents... Ce qu’on peut dire c’est qu’en ce moment, lorsqu’on va à Téteghem, on fait environ quinze consultations, et on estime que les migrants sont une quarantaine. »

Une partie de ce campement a d’ailleurs été détruite il y a quelques semaines.

« Oui, et les associations qui y interviennent au quotidien déplorent le fait de ne pas avoir été informées par la communauté urbaine (propriétaire du terrain). En tant que partenaires, on aurait aimé comprendre la logique de cette intervention. Et, s’il y avait injonction, voir quelles dispositions on pouvait prendre. Depuis janvier, des abris plus durables ont été installés par la CUD à Téteghem, et ceux-là n’ont pas été touchés par les pelleteuses. Le problème, c’est qu’ils ont une capacité d’accueil de 20 personnes, alors qu’il y en a 40 dans le camp. D’où les abris "temporaires" qui, eux, ont été détruits. On se demande si cette destruction avait vocation, pour la CUD, à poursuivre son projet de construction d’abris meilleurs, ou s’il s’agissait au contraire d’une rétractation. »

Ne peut-on pas avoir l’impression, désespérante, que les choses n’avancent pas ?

« Si, elles avancent ! À Calais, par exemple, les équipes mobiles de soin ont disparu (même si MDM reste présent) parce que la PASS (permanence d’accès aux soins de santé) fonctionne bien : le lieu est bien identifié par les migrants, il y a un médecin et un traducteur... Mais on est en train de réfléchir à une nouvelle déclinaison du projet MDM, via un volet santé mentale. Du fait de l’errance, certains migrants peuvent avoir besoin d’une écoute particulière, d’une aide psychologique. Et on peut y répondre. À Dunkerque, une PASS a été mise en place aux urgences du CHD mais il faut la faire vivre. On travaille notamment sur une plaquette pour informer les professionnels de santé (pharmaciens, médecins) de l’existence de cette PASS. Il reste encore des portes à ouvrir. »

Récemment, Médecins du Monde et l’AAE ont noué un partenariat éducatif, et six jeunes ont participé à l’installation de blocs sanitaires dans la jungle de Téteghem (notre édition du 5 avril). Il s’agissait d’une première. Sera-t-elle renouvelée ?

« C’est un projet que nous avons longuement réfléchi avec les éducateurs de rue qui sont en contact avec ces jeunes. Du point de vue de la sécurité sur le camp, et de la rencontre, forcément intense, entre eux et les migrants, ça posait pas mal de questions. Mais informer la population pour faire bouger les consciences, pour que les gens arrêtent de considérer les migrants comme des chiens galeux, c’est aussi notre job, à MDM. Ça ne se fait pas en claquant des doigts. L’évolution du regard s’opère par des projets, par le témoignage d’un bénévole qui parle à son entourage de ce qu’il a vu. Ces six jeunes de l’AAE, à la fin, nous ont dit : "On s’imaginait pas que c’était comme ça. Ils sont sympas, ils ont mon âge". Les parcours de vie ne sont pas comparables, mais la rencontre a eu lieu. »

MDM évoque d’abord pour le grand public l’accès aux soins. Parlez-nous de ce rôle d’information.

« À MDM, on dit qu’un soin sans témoin ne sert à rien, car cela revient à "prendre la place de". Nous, on est là pour mettre en lumière ce qui dysfonctionne, pour que ça change. Tout ce qui se passe ici est remonté à Paris et on s’en sert pour témoigner dans les sphères décisionnelles supérieures. Le volet "plaidoyer informatif" est une composante essentielle de notre action. »

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