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À Calais, un jour sans camp ou comment les migrants sont forcés de trouver leur place ailleurs

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À Calais, un jour sans camp ou comment les migrants sont forcés de trouver leur place ailleurs

30 mai 2014 - La Voix du Nord - Chloé Tisserand

Deux camps hébergeant près de 550 migrants, ont été rasés mercredi pour raisons sanitaires, à l’initiative du préfet du Pas-de-Calais. Des migrants se sont réfugiés sur le lieu de distribution des repas et ont jusqu’à ce vendredi pour trouver eux-mêmes une autre place sous peine d’une nouvelle expulsion…

Ce jeudi matin, on entend le jet d’eau des trois robinets carburer. Ils sont implantés dans l’enceinte du lieu de distribution. Torse nu et debout, des migrants se lavent à l’eau froide et se rasent. D’autres sont enroulés dans leur couverture, sur le goudron. Des tentes ont été dressées dans la cour. À quelques pas du lieu, le terrain, place de l’Europe, qui accueillait un bidonville de tentes bâchées noires, le camp dit « des Syriens », est désormais nu. Comme si personne n’avait vécu là.

En tailleur autour du « chef »

En ce jour de l’Ascension, leur réveil dans la zone de repli n’est pas radieux : le préfet du Pas-de-Calais, Denis Robin, leur a laissé 48 heures pour trouver un autre endroit où survivre. Certes, mais où ? La question est sans cesse posée depuis la fermeture du camp de Sangatte en 2002.

Toute la journée, les migrants, par communauté, ont débattu, discuté pour tenter de la résoudre. Un groupe d’Africains s’est formé dans la cour : des rangées de jeunes hommes, assis en tailleur, sont entourées par d’autres restés debout. Ils ont écouté le « chef » leur faire part de la situation et se creuser les méninges. Sans omettre cette équation : quelle place trouver qui soit la plus discrète possible ? C’est bien ce que souhaitent les autorités : l’opération de mercredi a prouvé que les camps n’avaient pas leur place en centre-ville. Investir les logements vides de Calais ? La chose est déjà faite : trois squats font l’objet d’une procédure d’expulsion. Alors un endroit en périphérie ? De quoi raviver les mauvais souvenirs de la destruction de la « jungle » en 2009 installée en pleine nature, zone des Dunes.

David, un Érythréen de 40ans, arrivé à Calais il y a une semaine, confie : « Je préfère rester dans le centre si on nous met des commodités. Sinon je préfère être hors centre mais toujours près de Calais. » Comme la plupart des autres errants, il rêve d’Angleterre alors la proposition faite par le directeur départemental de la cohésion sociale d’une place en hébergement dans le Pas-de-Calais est à côté de ses espoirs et attentes. Dans l’après-midi, les discussions entre exilés et associations ont duré quatre heures. Les communautés afghane et africaine n’ont pas trouvé d’accord. Jan, porte-parole des Afghans, préfère rester sur le lieu de distribution : « Nous voulons des garanties que la police ne viendra pas détruire notre prochain camp. Et nous avons besoin d’une meilleure vie. Ici, il y a le repas du soir et de l’eau. Tous ont décidé de rester. » Un Érythréen préfère partir mais est forcé de reconnaître : « Nous n’avons pas d’endroit sauf ici. » Les discussions devaient reprendre dans la soirée, pressées par les associations qui attendent une réponse précise avant d’interpeller le préfet.

Les associations d’aide aux migrants lancent un appel à la manifestation samedi à 14 h place d’Armes à Calais.

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