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À Calais, la justice expulse en urgence le grand squat de l'usine Galloo

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À Calais, la justice expulse en urgence le grand squat de l’usine Galloo

24 juillet 2014 - Libération - Haydée Sabéran

La juge a choisi de réduire le délai d’expulsion de deux mois à dix jours. Une centaine de migrants campent dans ce squat de l’impasse des Salines.

Ils ont dix jours pour partir. Les migrants du grand squat de l’impasse des Salines à Calais ont appris jeudi après-midi la décision de la juge du tribunal d’instance de Calais. Ils s’étaient installés là aux alentours du 10 juillet, et avaient rendu publique l’existence du lieu après une manifestation de soutien aux exilés le 12. La veille, la maire de Calais avait signé un arrêté anti­regroupements, et anti­bivouacs.

Depuis, les migrants bivouaquent dans la cour de cette ancienne usine de recyclage de métaux du groupe Galloo, qui a déposé plainte. L’usine est polluée, mais les bénévoles des associations et le collectif No Border ­avec l’aide de Médecins du Monde, qui fournit des tentes, une toilette, et de rudimentaires cabines pour se laver à l’abri des regards,­ ont choisi d’y rester, et organisent la vie du lieu avec les migrants eux-­mêmes. Ils sont une centaine, des Soudanais, des Iraniens, des Érythréens, des Syriens, des Algériens, des Égyptiens, et un couple de Lituaniens.

La juge s’était déplacée sur le squat pour juger par elle­-même de la dangerosité du site, à la demande de Marie-­Hélène Calonne, avocate de la défense. La juge a découvert un lieu avec un coin cuisine, un groupe électrogène pour recharger les portables, un point d’eau venant des lances à incendie. Le site contient un hangar de cuves d’hydrocarbures encore pleines, dont l’accès a été condamné. À l’audience, le propriétaire du site avait plaidé le danger pour les migrants. « Tout cela est très hypocrite », répond Marie-­Hélène Calonne, « c’est sûr que ce n’est pas un hôtel 5 étoiles, mais c’est mieux que le site Seveso où ils seront renvoyés si on ferme le squat ». De fait, le site chimique Tioxide avec ses bosquets, tout près du port, est une des « jungles ». Les autres vivent dans les dunes, ou les parcs de Calais, « dont ils sont régulièrement délogés par la police », raconte Philippe Wannesson, du blog Passeurs d’hospitalités, présent au quotidien.

La juge a choisi de réduire le délai d’expulsion de deux mois à dix jours, arguant qu’il y avait « voie de fait ». Les habitants du lieu auront dix jours à compter de la notification par huissier, et le préfet pourra les faire expulser sur demande de propriétaire ensuite. Il n’a pas souhaité commenter la décision du juge, selon l’AFP. Les migrants, eux, devaient se réunir vers 20 heures en assemblée générale pour décider quoi faire. En attendant, « il y a des gens qui jouent aux cartes, d’autres qui commencent à préparer le repas, d’autres qui écoutent de la musique », raconte Philippe Wannesson.

À Calais aussi la vie continue, et les migrants continuent de passer. Ils sont de plus en plus nombreux, plus de 1 000 désormais, et n’attendent plus la nuit pour passer. Ils prennent d’assaut les camions sur le port en plein jour au grand dam des routiers et des employés du port. Philippe Wannesson rapporte que Jan, un des porte-­parole de la grève de la faim qui a eu lieu en juin sur le site de distribution des repas ­où ont vécu jusqu’à 700 exilés, évacué le 2 juillet­, est passé en Angleterre. Il a été cueilli à Douvres par les autorités britanniques, et est expulsable, vers la Roumanie ou l’Afghanistan.

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