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À Calais, des migrants de plus en plus nombreux, dans des conditions indignes

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À Calais, des migrants de plus en plus nombreux, dans des conditions indignes

15 mai 2014 - La Voix du Nord - Chloé Tisserand et M. GO.

En l’espace d’un mois, le nombre de migrants à Calais a fortement augmenté. Les associations qui leur viennent en aide sont en difficulté. Les camps de misère grossissent à vue d’œil et les exilés, bloqués à la frontière, endurent des conditions d’accueil indignes.

La hausse

Depuis un mois, ils sont au moins 600. Les nouvelles arrivées correspondent surtout aux exilés venus de la Corne de l’Afrique. Le sous-préfet Alain Gérard s’est rendu sur le lieu de distribution lundi de manière non officielle. « Quand j’ai vu le nombre de repas distribués hier, 633 !, lâche-t-il, je suis venu rappeler aux bénévoles que je les soutiens. Sans leur aide, la situation serait une catastrophe. » L’État a donné une subvention de 10 000 euros en 2013 pour financer les denrées alimentaires.

La distribution des repas

Plus de 500 migrants sont compactés en file entre une barrière en plastique et la paroi du préau qui mènent jusqu’aux barquettes de nourriture. « Il y a beaucoup de nouveaux, des jeunes de plus en plus. Ils n’identifient pas forcément les bénévoles en tant que personnes donnant du temps pour eux : ils voient la police, les grillages… On perd aussi nos repères avec ceux qu’on ne connaît pas », constate Philippe Wannesson qui anime le blog Passeurs d’hospitalité. L’Auberge des migrants a distribué 510 repas dimanche midi contre 250 début avril et 150 en 2013 au même moment. « Pour des questions logistiques, on ne distribue plus de thé, ni de lait chaud. Ils sont trop nombreux. On est sur une gestion de foule plutôt qu’une gestion de personnes », regrette Christian Salomé, président de l’association. Les bénévoles sont dépassés. Perché pour que tous les migrants le voient, Jean-Claude Lenoir, président de Salam, hausse le ton et tente de freiner chaque mouvement de foule des exilés affamés. Leurs ventres n’ont plus qu’un repas par jour depuis que l’association La Belle Étoile a arrêté la distribution du midi. « Tous ne viennent pas. Pour eux, c’est un cauchemar de se retrouver dans cette situation de file avec des bousculades. Ils n’ont jamais vécu comme ça, ils ne le supportent pas », rappelle Mariam Guerey, du Secours catholique.

Une plus grande précarité

Plus de monde, c’est avoir moins. Il faut attendre pour les douches (il n’y en a que sept à Calais), pour changer de vêtements – la majorité les porte depuis des mois. Les migrants n’ont pas directement d’accès à l’eau, ni aux toilettes, ce qui les contraint à faire leurs besoins dans la nature. Fragilisés, ils sont victimes d’épidémies de gale. Une grande partie d’entre eux vit sous des tentes installées depuis des mois près du port ou le long des quais. La Région, propriétaire de ces terrains, affirme que les conditions d’hygiène et de sécurité continuent à se dégrader. Le cabinet du président Percheron reconnaissait hier avoir demandé au préfet du Pas-de-Calais, il y a une dizaine de jours, de prendre « les mesures nécessaires, de façon humaine », pour remédier à la situation. À suivre.

Vers la frontière, que le chemin est long et risqué…

Avant d’arriver à Calais, et de tenter le passage vers l’Angleterre, les migrants survivent dans des camps plus ou moins structurés.

Boulogne-sur-Mer. Reculer pour mieux sauter. C’est un peu l’idée qui traverse l’esprit des migrants. Basés à Calais, ils s’éloignent afin d’embarquer dans des camions qui traversent le Boulonnais. Ils échappent ainsi aux contrôles plus importants dans le Calaisis. Les migrants gagnent la gare de Rinxent en train puis, à pied, effectuent un trajet de quelques kilomètres pour rejoindre l’aire de l’Épitre, sur l’A16, entre Boulogne et Marquise. Là, ils se faufilent dans les poids lourds en espérant gagner l’Angleterre.

Mais les risques sont aussi grands qu’autour de Calais. En mars, un Albanais de 25 ans avait été poignardé à mort sur l’aire de l’Épitre dans une histoire de lutte de territoire entre passeurs. Dans la nuit du 4 au 5 mai, un Érythréen de 16 ans est décédé après être descendu d’un camion sur l’A16, à hauteur de Condette. L’adolescent s’était rendu compte que le véhicule se dirigeait vers Paris et non vers l’Angleterre.

Flandre intérieure. Le camp d’hiver de Steenvoorde, installé sur un terrain communal, accueille une soixantaine d’Érythréens. Depuis lundi soir, ils ont migré dans un bosquet tout proche du camp, qui ferme chaque année à la mi-mai. « Il y a toujours un accueil de jour à la maison paroissiale, où ils peuvent se préparer à manger », explique Damien Defrance, président de l’association Terre d’errance Steenvoorde, qui a lui aussi remarqué que les migrants étaient « progressivement plus nombreux », depuis la fin de l’hiver. À quelques kilomètres, à Bailleul, le camp d’accueil médical n’a pas rouvert cet hiver, faute, dit-on, d’être adapté à tous les problèmes, notamment psychologiques, des migrants. Mais « Flandre terre solidaire mène toujours une action importante avec la collecte de vêtements et de nourriture, et une équipe va tous les quinze jours à Calais afin d’apporter son aide », explique Alain Deroo, de l’association.

Dunkerquois. Depuis la destruction du camp de Loon-Plage, les migrants se regroupent à Téteghem et Grande-Synthe. Le travail de Médecins du Monde (MdM), l’implication de la Communauté urbaine (qui a installé des abris il y a deux ans) et la compréhension des municipalités qui pourvoient au remplissage des cuves d’eau, permettent de soulager les pénibles conditions de vie d’une population dont le nombre demeure stable, constate la coordinatrice de MdM, Cécile Bossy. « Il y a une autorégulation. Ils savent quelles sont les capacités d’accueil et ils font en sorte de ne pas surcharger les camps au sein desquels l’hygiène demeure précaire. » Dans le Dunkerquois, les migrants (beaucoup d’Iraniennes avec enfants, de jeunes Afghans seuls et de Syriens), sont une centaine. Certains tentent le passage via le terminal ferry de Loon-Plage. Les autres poursuivent la route jusqu’à Calais.

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